PNOD : le grand chantier du RGA est lancé
Au ministère de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire (Masa), la rentrée 2026 ne s'apparente pas à un simple retour sur les bancs de l'école. Ce mardi 8 septembre, la ministre Annie Genevard, épaulée par son homologue de l’Éducation nationale Édouard Geffray, a officialisé le lancement du Programme national d’orientation et de découverte des métiers du vivant (PNOD). Une initiative clé pour accélérer le renouvellement des générations en agriculture et répondre aux défis démographiques et climatiques du monde rural.
Capter les vocations dès le plus jeune âge : l’ambition du PNOD. Face aux enjeux cruciaux de souveraineté alimentaire, de transition écologique et de gestion des ressources, la France se heurte à une réalité brutale : la méconnaissance persistante de ses métiers du vivant. De la production agricole à l'agroalimentaire, en passant par la gestion forestière, l'aménagement paysager, la santé animale ou les services aux territoires ruraux, les parcours demeurent souvent invisibles dans le paysage de l'orientation scolaire. Pour inverser la tendance, le gouvernement déploie le PNOD, prévu par la loi d'orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations en agriculture (Losarga) du 24 mars 2025. « Le renouvellement des générations en agriculture constitue l'un des grands défis de notre pays [...]. Nous devons former davantage de professionnels. Cela suppose d'abord de mieux faire connaître les métiers qui s'y exercent », souligne Annie Genevard dans son éditorial. Même constat du côté d’Édouard Geffray, qui rappelle le rôle moteur de l'institution scolaire : « L'orientation, mission importante de l'École, doit permettre à chaque élève, quels que soient son origine ou son environnement, de découvrir ses talents [...]. C'est en élargissant l'horizon de nos élèves que nous leur donnons les clés pour imaginer un avenir à la hauteur de leurs ambitions ». L’initiative entend rompre avec les démarches isolées pour fédérer l'écosystème. Plus de trente partenaires nationaux — dont Régions de France, Chambres d’agriculture France, le CNIEL, Interbev, La Coopération agricole, l'ANEFA ou France Travail — se mobilisent au sein d'un cadre partagé. Valérie Lacroute, vice-présidente de la région Île-de-France et représentante de Régions de France, insiste sur cette synergie : « Le PNOD est un élan supplémentaire pour que tous les partenaires s'engagent, ensemble, au service d'une grande cause : faire connaître les métiers du vivant pour assurer le renouvellement des générations dans les territoires ruraux ».
Le contexte : la Losarga et les urgences du RGA
Cette offensive pédagogique s'inscrit directement dans le cadre fixé par la Losarga. Le constat est d'autant plus pressant que les données de la démographie agricole rappellent l'urgence d'agir. Une part importante des exploitants atteindra l'âge de la retraite d'ici 2030, rendant la transmission des fermes décisive pour maintenir la capacité productive et la vitalité des territoires.
Pour répondre au défi du renouvellement des générations en agriculture et assurer la souveraineté alimentaire nationale, la loi fixe des objectifs chiffrés exigeants à l'horizon 2030 :
+ 30 % d’apprenants dans les formations agricoles et agroalimentaires par rapport à 2022.
+ 75 % de vétérinaires formés en France par rapport à 2017.
+ 30 % d’ingénieurs agronomes formés par rapport à 2017.
Afin de diversifier les profils et de susciter de nouvelles vocations, la loi intègre plusieurs leviers structurants : le déploiement d'un plan de découverte dès l'école primaire, la création d'un volontariat agricole dans le cadre du service civique, une attention particulière portée à la féminisation des filières, ainsi que la mise en place du Bachelor Agro, un nouveau diplôme national à bac+3 pensé entre le BTSA et le titre d'ingénieur.
Un engagement de terrain assorti d'une vigilance budgétaire
Présent au ministère lors du lancement, Jocelyn Dubost, président de Jeunes Agriculteurs, a salué un rapprochement indispensable entre l'Éducation nationale et le monde agricole, particulièrement marquant après les épisodes de sécheresse estivale : « Après une sécheresse estivale historique et dans un contexte où près d’un agriculteur sur deux partira à la retraite d’ici moins de 10 ans, rapprocher le monde agricole de l'Éducation nationale est une évidence ». Pour concrétiser cette ambition, le syndicat mobilise son association « Demain je serai paysan » afin de déployer des interventions d'agriculteurs directement dans les classes, y compris dans les grandes agglomérations, en appelant le gouvernement à en faciliter l'accès.
Toutefois, les JA rappellent que la découverte des vocations ne peut aller sans un soutien fort à l'installation. Le syndicat alerte ainsi sur la nécessité de préserver les financements de l'AITA pour garantir la continuité du parcours, de la sensibilisation en classe jusqu'à l'accompagnement des futurs installés via France Services Agriculture : « On ne peut pas afficher une ambition nationale pour l’orientation agricole et, dans le même temps, sabrer les budgets ».
Les nouveautés et temps forts :
Première promotion du Bachelor Agro : 25 classes ouvrent en cette rentrée (environ 250 étudiants) réparties sur 49 établissements accrédités, proposant 6 mentions spécialisées (dont Élevage et transitions, Génie agronomique ou Robotique et numérique). L'accès sera élargi sur Parcoursup dès janvier 2027.
Ouverture du concours véto post-bac aux STAV : les élèves de terminale de la voie technologique Sciences et Technologies de l'Agronomie et du Vivant peuvent désormais passer le concours vétérinaire directement via Parcoursup.
Transition agroécologique (Plan EPA3) : lancement de la troisième phase du plan « Enseigner à produire autrement », dotée de 500 000 euros supplémentaires pour faire des exploitations des lycées des laboratoires d'innovation.
Citoyenneté, Égalité et Ouverture : déploiement de la feuille de route 2026-2030 pour l'égalité filles-garçons (marquée par la charte « Tous Égaux »), célébration des 40 ans du programme Erasmus+ (18 000 mobilités internationales par an), et mise en valeur des réussites sportives avec quatre médaillés aux JO d'hiver 2026 issus de l'enseignement agricole.
En associant orientation précoce, partenariats de terrain et modernisation des diplômes, l'enseignement agricole entend prouver qu'il constitue plus que jamais un vivier d'emplois d'avenir et un pilier majeur de la souveraineté nationale.
Les actions concrètes et le déploiement du programme en cinq axes
Sur le terrain, le PNOD fixe des cibles d'action directes, comme la mise à disposition de 10 000 offres de stage de 3ᵉ et de seconde dans le secteur agricole et agroalimentaire, ou la création de 75 classes de mentorat reliant un élève à une entreprise partenaire. Pour stimuler ces initiatives, une enveloppe nationale de 500 000 euros financera une cinquantaine de projets territoriaux, appuyée par un « Tour de France » des initiatives régionales et la création d'un Prix national des jeunes ambassadeurs.
Le déploiement opérationnel du programme s'articule autour de cinq axes stratégiques :
Le premier axe vise à accroître les opportunités de découverte des métiers dès le plus jeune âge. Il s'agit de démultiplier les occasions de contact direct avec le milieu professionnel grâce au développement des stages, immersions, mini-stages en établissement agricole, visites d'exploitations et forums dédiés. Le dispositif s'appuie sur la promotion de la plateforme « 1élève1stage », l'instauration de jumelages entre collèges ou écoles élémentaires et fermes locales, ainsi que sur la structuration de réseaux d'anciens élèves (Alumni) venant partager leurs parcours inspirants.
Le deuxième axe entend permettre une meilleure orientation vers l’enseignement agricole en renforçant la visibilité et la lisibilité de ses formations. Cette démarche s'incarne notamment par la création de Délégués départementaux de l’enseignement agricole (DDEA), chargés de faire le pont entre l'Éducation nationale et les acteurs de l'orientation. Elle s'accompagne d'actions ciblées vers les familles et de l'organisation de demi-journées d'immersion dans les lycées agricoles lors des temps forts d'orientation.
Le troisième axe mise sur une promotion ambitieuse et moderne, ancrée dans les habitudes de communication des jeunes. Il prévoit l'animation d'un réseau national de communicants, la création d'une plateforme de contenus mutualisés (vidéos, témoignages, kits pédagogiques) et le déploiement d'outils de proximité comme le camion itinérant « L'Aventure du vivant », qui sillonne les routes métropolitaines pour aller au-devant du grand public.
Le quatrième axe cherche à améliorer la lisibilité de l’offre de formation en mettant en valeur les atouts spécifiques du réseau agricole. Il met en lumière des parcours allant de la 4ᵉ au doctorat, caractérisés par une pédagogie pratique sur le terrain, le rôle central des 192 exploitations et 41 ateliers technologiques comme supports d'expérimentation, ainsi que des programmes spécifiques tels que « Avenir-Agro » pour valoriser les métiers d'ingénieurs.
Enfin, le cinquième axe est dédié au renforcement des outils, des ressources, du suivi et de l’évaluation. Il s'agit de garantir la cohérence et l'efficacité de la stratégie sur l'ensemble du territoire grâce à des indicateurs précis de suivi des cohortes d'élèves, un partenariat étroit avec France Travail et une mesure d'impact régulière du nombre de jeunes sensibilisés.
Rentrée 2026 : des effectifs en hausse et de grands rendez-vous
Le lancement du PNOD intervient dans un contexte favorable pour le deuxième système éducatif de France. Le 1ᵉʳ septembre 2026, plus de 800 établissements publics et privés ont accueilli 219 000 élèves, étudiants, apprentis et stagiaires, confirmant une hausse continue des effectifs de +7 % sur cinq ans.
219 000 apprenants, dont 48 000 apprentis.
792 établissements techniques (220 publics, 572 privés) et 16 établissements d'enseignement supérieur.
Insertion professionnelle record : des taux supérieurs de 5 à 6 points à la moyenne nationale dans l'enseignement technique 6 à 12 mois après le diplôme. Dans l'enseignement supérieur long, le taux net d'emploi atteint 93 % pour les ingénieurs et 98 % pour les vétérinaires.
Excellence aux examens : un taux de réussite global de 88,6 % à la session de juin 2026 (dont 98 % au bac technologique et 97 % au bac général).
