Congrès National : JA face au défi de la souveraineté et de la présidentielle 2027
À l’aube de son 59e Congrès national à Bourg-en-Bresse, le syndicat Jeunes Agriculteurs a dévoilé, mercredi 27 mai, les grandes lignes de son nouveau rapport d'orientation. Porté par un contexte géopolitique mondial sous haute tension et la perspective de l'élection présidentielle de 2027, JA entend imposer sa vision d'une Europe agricole souveraine et protectrice.
C’est dans le cadre feutré du nouveau siège du syndicat, que s'est tenue ce mercredi 27 mai la conférence de presse liminaire du 59e Congrès national de Jeunes Agriculteurs. L'événement, qui se déroulera du 2 au 4 juin prochains à Bourg-en-Bresse (Ain), s'annonce d'ores et déjà comme un tournant politique et structurel pour le syndicat. Cette édition 2026 sera en effet marquée par le renouvellement intégral des instances nationales et le départ programmé de son président sortant, Pierrick Horel. Pour sa dernière prise de parole officielle, cet éleveur bovin et céréalier a rappelé l'importance cruciale de ce rendez-vous démocratique, avant de passer le relais à Justin Chatard, président du comité d'organisation local. Ce dernier s'est félicité d'accueillir l'événement dans un département de l'Ain « particulièrement dynamique, fort de ses 320 adhérents en nette progression ».
Le Mercosur et la géopolitique mondiale comme électrochocs
Au cœur des débats de ce congrès figurera le très attendu rapport d'orientation 2026. Rédigé sous la houlette de trois rapporteurs du conseil d'administration : Edouard Brunet, Alexandre Toulis et Jean-Baptiste Sablairoles et d'Elise Dupont, conseillère salariée spécialiste des productions végétales. Ce document de prospective « acte les positions dogmatiques que le réseau devra défendre au cours des prochaines années », déclare Jean-Baptiste Sablairoles. Un travail de concertation de longue haleine, qui a notamment donné lieu à l'audition de figures agricoles, syndicales et politiques de premier plan, à l’instar de l’ancien Premier ministre Michel Barnier. Le texte s'inscrit dans une actualité internationale brûlante, percutée par la signature récente de nouveaux accords de libre-échange entre l'Union européenne et des puissances tierces comme le Mercosur, l'Inde ou l'Australie. « Ces accords ouvrent nos marchés à des productions soumises à des normes environnementales, sanitaires et sociales bien inférieures aux nôtres, menaçant directement la viabilité de nos exploitations dès l'installation », alerte Edouard Brunet, parmi les rapporteurs. À cette instabilité commerciale s'ajoutent les secousses géopolitiques, telles que le blocage du détroit d'Ormuz lié au conflit entre les États-Unis et l'Iran, qui a mis en exergue la dépendance critique de l'Europe vis-à-vis de ses approvisionnements en intrants agricoles.
Pour une douane agricole européenne et une rupture avec l'OMC
Face à ce constat, Jeunes Agriculteurs prône un changement radical de paradigme. « Produire ne peut plus être une option pour l'Europe », martèle Jean-Baptiste Sablairoles. Le syndicat appelle à substituer le concept tiède de « sécurité alimentaire » par celui, plus offensif, de « souveraineté alimentaire », défini comme la capacité absolue de l'Europe à produire, transformer et distribuer ses propres denrées en toutes circonstances. Pour ce faire, les JA n'hésitent pas à bousculer les règles du multilatéralisme. Le rapport d'orientation invite l'Union européenne à s'affranchir des règles d'une Organisation mondiale du commerce (OMC) jugée « paralysée ».
Le principe de « l'agriculture contre l'agriculture » : Sortir l'alimentation des négociations globales pour la traiter comme un bien non substituable.
La création d'une douane agricole européenne : Un outil supranational destiné à harmoniser et durcir les contrôles des denrées importées aux frontières de l'Union.
Une nouvelle gouvernance mondiale : Faire de l'UE le moteur d'un système intégrant les « préférences collectives » européennes en matière d'environnement, de social et de bien-être animal.
Ce catalogue de mesures a fait l'objet d'un large processus démocratique interne, initié dès le mois d'août dernier et affiné lors de l'Université d'hiver de Saint-Quentin (Aisne) en décembre, avant d'être soumis aux amendements définitifs des congressistes à Bourg-en-Bresse.
Grand oral présidentiel : « Face aux Jeunes Agriculteurs »
Si le rapport d'orientation fixe le cap idéologique, la journée du jeudi 4 juin projettera le syndicat au centre de l'arène politique nationale, à un an de l'élection présidentielle de 2027. La séquence publique intitulée « Face aux Jeunes Agriculteurs » verra défiler devant près de 1 000 adhérents cinq personnalités majeures de la scène politique française : Gabriel Attal (Renaissance), Bruno Retailleau (Les Républicains), Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national), Aurélie Trouvé (La France insoumise) et Marine Tondelier (Les Écolos). Ce format dynamique d'échanges directs rompt délibérément avec les traditionnelles tables rondes aux Congrès JA. Pour Pierrick Horel, le prestige d’un tel plateau est la preuve irréfutable de « la place majeure acquise par l'agriculture dans l'opinion publique ces dernières années ». Les représentants des différents partis devront y exposer sans fard leur vision de l'avenir agricole français.
Fin de cycle et renouvellement des générations
Enfin, ce 59e congrès scellera la fin d'un cycle managérial pour les JA. Le président Pierrick Horel et son secrétaire général, Quentin Le Guillous, ont officialisé le fait qu'ils ne brigueraient pas de second mandat. Soucieux de respecter le calendrier statutaire, le président sortant s'est refusé à adouber publiquement un successeur. « Il y aura un conseil d'administration le jeudi 4 juin, qui se chargera d'élire un président, et vous aurez le plaisir de le découvrir à Bourg-en-Bresse », a-t-il glissé avec malice. Avant de conclure, non sans émotion, sur son retour prochain à la terre : « Être président national aura été l'aboutissement de mon engagement syndical, et je passe le relais avec confiance à la prochaine équipe. » Un retour aux champs qui coïncide avec l'avènement d'une nouvelle garde syndicale, chargée de mener le combat de la souveraineté dans les urnes et dans les exploitations.