Commerce international : gérer les risques dans un monde sans règles communes
Dans ce quatrième et dernier épisode du podcast RO, Jeunes Agriculteurs interroge les fondements du multilatéralisme à l’aune des crises contemporaines. Pandémies, climat, dumping environnemental, espèces invasives : pour Édouard Brunet, rapporteur du RO, la coopération internationale reste un levier indispensable pour partager les risques et protéger les agricultures.
Accepter d’être rapporteur d’un RO consacré au commerce international n’allait pas de soi. Pourtant, pour Édouard Brunet, le sujet s’est imposé par son caractère transversal. « Le commerce international irrigue toutes les grandes crises actuelles : climat, sanitaire, environnement, souveraineté alimentaire. On ne peut pas réfléchir à l’avenir de l’agriculture sans regarder comment ces règles se construisent à l’échelle mondiale. » Dans un contexte géopolitique instable, où les engagements internationaux sont de plus en plus fragiles, la question du cadre collectif devient centrale.
Malgré ses limites, le multilatéralisme reste, selon Édouard Brunet, un outil incontournable. « Si aujourd’hui le respect de la parole donnée par les chefs d’État n’existe presque plus — les États-Unis se retirant une nouvelle fois de l’Accord de Paris en sont la preuve — nous vivons tous sur la même planète. » Dans un monde globalisé, les risques ne s’arrêtent pas aux frontières. « La coopération internationale permet encore de définir des règles communes et des caps clairs en cas de crise, qu’il s’agisse de pandémies, de catastrophes naturelles ou de dégradations écologiques rapides. »
Climat : l’illusion de l’action solitaire
L’exemple du climat illustre les limites des stratégies nationales isolées.
« Aucun État ne peut, à lui seul, lutter efficacement contre le réchauffement climatique ni réguler les flux de marchandises à l’échelle mondiale. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : –27 % d’émissions de GES en France entre 1990 et 2022 ; –31 % dans l’Union européenne et +62 % à l’échelle mondiale. Mais ces données doivent être relativisées. « Les émissions territoriales ne prennent pas en compte les émissions importées. Un produit fabriqué en Chine mais consommé en Europe est comptabilisé pour la Chine. Or, les émissions importées représentent environ un tiers de l’empreinte carbone de l’UE. » Résultat, malgré ses efforts, l’Europe reste fortement exposée. « Selon l’Agence européenne de l’environnement, l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Sans action collective, les défis climatiques ne pourront pas être relevés. »
Dumping environnemental : une concurrence faussée
Le dumping environnemental est au cœur des inquiétudes agricoles.
« Il désigne la réduction volontaire des normes environnementales par un État pour accroître sa compétitivité à l’export et inonder les marchés de produits à bas coût. » Une réalité particulièrement visible dans le débat sur le Mercosur. « L’Union européenne importe des produits agricoles qui ne respectent ni ses normes environnementales, ni ses exigences sanitaires et sociales. » À cela s’ajoute la délocalisation de la production. « L’UE transfère une partie de sa production vers d’autres régions du monde, tout en accordant une attention limitée aux coûts environnementaux et sociaux des biens importés. »
Espèces invasives : quand le commerce accélère les risques
Le commerce international joue aussi un rôle dans la prolifération des espèces invasives.
« Le développement du commerce, tout comme le tourisme, accélère les invasions biologiques. » Une fois introduites, ces espèces bouleversent durablement les écosystèmes. « Elles entrent en compétition avec les espèces locales, deviennent de redoutables prédateurs et modifient profondément les équilibres naturels. » Exemple emblématique en France : le frelon asiatique (Vespa velutina), capable de décimer des ruchers entiers. Selon l’IPBES, « les invasions biologiques causent environ 423 milliards de dollars de dommages économiques par an dans le monde », un coût qui quadruple tous les dix ans depuis les années 1970.
Accord SPS : protéger sans fermer les frontières
Face à ces risques, l’accord SPS de l’OMC constitue un outil clé. « Il autorise les États à mettre en place des mesures sanitaires et phytosanitaires sur les importations, mais dans un cadre très strict. Elles doivent reposer sur des bases scientifiques et ne pas servir de prétexte au protectionnisme. » L’enjeu est clair : « Trouver un équilibre entre la protection des écosystèmes et le commerce international, tout en favorisant l’harmonisation des normes. » Mais la mise en œuvre reste hétérogène. « Chaque pays européen dispose de son propre plan national de contrôles, avec des taux très variables : de 1 % à 3 % selon les États. Or, les marchandises circulent ensuite librement dans le marché intérieur. » Pour Édouard Brunet, la conclusion s’impose, « face à des menaces écologiques transfrontalières, l’action isolée d’un État est insuffisante. Seule une approche multilatérale permet de prévenir, contrôler et, lorsque c’est possible, éradiquer les risques. » Un message fort pour clore cette série de podcasts RO, dont les échanges se poursuivront lors de la tournée RO sur le terrain.