Accord UE-Mercosur : feu vert provisoire de Bruxelles, tollé au Salon de l’agriculture
Au lendemain des premières ratifications sud-américaines, la Commission européenne enclenche l’application provisoire de l’accord UE-Mercosur. Une annonce faite en plein Salon de l’agriculture, sous haute tension, et vécue comme un camouflet par la profession agricole française.
« Au cours des dernières semaines, j’ai échangé sur cette question de manière approfondie avec les États membres et les élus du Parlement européen. Sur cette base, la Commission va désormais procéder à l’application provisoire », a déclaré Ursula von der Leyen lors d’une courte allocution à la presse. Ce vendredi 27 février, la présidente de la Commission européenne a annoncé l’application provisoire de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur. Cette décision intervient au lendemain du feu vert parlementaire de l’Uruguay puis de l’Argentine, devenus les deux premiers États sud-américains à ratifier le traité. Le Brésil et le Paraguay sont également engagés dans le processus, à quelques étapes de leur propre validation. L’application provisoire permet d’activer certaines dispositions commerciales avant la ratification complète par l’ensemble des États membres. Un mécanisme juridique légal, mais politiquement sensible.
La France vent debout
En France, la décision a immédiatement suscité des réactions indignées. Présente au Salon international de l’agriculture à Paris, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a exprimé son opposition. « C’est une décision que je regrette », a-t-elle affirmé, estimant que « ce n’est pas conforme au respect qui aurait dû prévaloir de la décision du Parlement européen ». En janvier, les eurodéputés avaient en effet voté la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne pour obtenir un avis juridique préalable sur le texte. Pour Paris, engager l’application provisoire avant cet éclairage revient à brûler les étapes.
Colère syndicale au SIA
Au cœur des allées du Salon, la nouvelle a circulé comme une traînée de poudre. Le syndicat Jeunes Agriculteurs a réagi dans la foulée par communiqué. « Une trahison inacceptable, peste le syndicat. C’est une insulte à notre combat, à notre souveraineté alimentaire, et à l’Europe que nous souhaitons forte et souveraine. Nous refusons de voir notre Union dirigée contre ses propres valeurs, au mépris des alertes répétées sur les conséquences désastreuses de cet accord ». « C’est une insulte aux institutions démocratiques, aux agriculteurs et aux citoyens », ajoute le Président de JA Pierrick Horel.
Dans les travées du Salon, l’incompréhension domine. L’accord prévoit notamment des contingents supplémentaires d’importations agricoles, dont des dizaines de milliers de tonnes de viande bovine en provenance d’Amérique du Sud. Pour une filière déjà fragilisée par la hausse des charges et la pression sur les prix, l’ouverture accrue du marché européen à des produits jugés moins-disants sur le plan environnemental, sanitaire et social cristallise les tensions.
L’annonce survient en plein Salon international de l’agriculture, rendez-vous annuel entre le monde agricole et les responsables politiques. Cette édition, marquée par l’absence remarquée des bovins, devient le théâtre d’une décision perçue comme un signal contradictoire. Pour l’ensemble de la profession, l’enjeu dépasse la seule question commerciale. Il s’agit d’un débat sur la cohérence des politiques européennes : comment exiger des agriculteurs des normes environnementales, sanitaires et sociales toujours plus strictes tout en ouvrant le marché à des productions qui n’y sont pas soumises avec la même intensité ?
Les Jeunes Agriculteurs, menés par leur secrétaire général Quentin Le Guillous ont déclenché une mobilisation sur le stand de la Commission Européenne. Une action qui prédit une réaction vigoureuse certainement du monde agricole européen.