Mercosur : l’UE donne son feu vert malgré la France, la bataille bascule au Parlement
Vendredi 9 janvier, une majorité d’États membres de l’Union européenne a validé la signature et l’application provisoire de l’accord de libre-échange UE-Mercosur. Paris a voté contre. Emmanuel Macron dénonce un texte « d’un autre âge » et les syndicats au premier rang desquels Jeunes Agriculteurs et FNSEA, appellent à une mobilisation le 20 janvier devant le Parlement européen.
Un feu vert politique, une signature imminente. Après plus de vingt-cinq ans de négociations, le Conseil de l’UE a donné son aval à l’accord conclu avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Le soutien décisif de l’Italie, aux côtés de l’Allemagne et de l’Espagne, permet à la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, de se rendre dès lundi au Paraguay pour signer le traité. Berlin y voit « un signal important » d’une Europe ouverte à « de nouveaux partenariats » dans un monde où « d’autres se referment ». Cinq pays – France, Autriche, Hongrie, Irlande et Pologne – ont voté contre. Mais le seuil de blocage n’a pas été atteint.
Paris dit non et détaille ses lignes rouges
La veille du vote, Emmanuel Macron a réaffirmé la position française sur X : « La France a décidé de voter contre la signature de l’accord… L’accord UE-Mercosur est un accord d’un autre âge, négocié sur la base d’un mandat de 1999 ». Selon la Commission, le gain économique serait « limité » (+0,05 % du PIB de l’UE à l’horizon 2040), « ce qui ne justifie pas d’exposer des filières agricoles sensibles et essentielles à notre souveraineté alimentaire ».
Le chef de l’État met toutefois en avant des avancées obtenues : « un « frein d’urgence » activable dès 5 % de variation des prix ou volumes importés, à la demande d’un seul État membre ; des mesures de réciprocité (pesticides, alimentation animale, antibiotiques) ; un renforcement des contrôles sanitaires et des audits dans les pays tiers. » Malgré ces progrès, « le rejet politique est unanime » en France, conclut-il, promettant de poursuivre le combat lors des prochaines étapes.
Négocié depuis 1999, le texte créerait l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde, plus de 700 millions de consommateurs. Il supprimerait une large part des droits de douane, favorisant les exportations européennes (automobile, machines, vins, fromages). En contrepartie, il ouvrirait l’UE à des volumes accrus de bœuf, volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, via des quotas détaxés qui inquiètent les filières.
Lien pour écouter le Podcast JAMag avec Thierry Pouch, chef économiste à l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA).
La suite se joue à Strasbourg
L’accord doit désormais passer par le Parlement européen, où le scrutin s’annonce serré. Environ 150 eurodéputés plaident pour saisir la Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE) afin de suspendre l’application du texte pendant l’examen juridique.
Les agriculteurs montent au front
Dans un communiqué, Jeunes Agriculteurs dénonce « une trahison » et « un jeu de dupes » du Conseil et de la Commission, qui permettrait une application provisoire sans vote préalable. Le syndicat appelle, avec la FNSEA, à une grande mobilisation le 20 janvier devant le Parlement européen à Strasbourg : « Tout est loin d’être perdu… Les eurodéputés peuvent voter la saisine de la CJUE, ce qui suspendrait l’accord. » JA annonce aussi des opérations de contrôles dès ce week-end « dans les ports, aux frontières, sur les axes et dans la grande distribution » pour dénoncer l’entrée de produits ne respectant pas « nos normes sanitaires, environnementales et sociales ».
Entre ouverture commerciale et souveraineté alimentaire, l’UE vient d’ouvrir une nouvelle phase de confrontation politique. La signature est imminente ; la ratification, elle, s’annonce explosive. Le 20 janvier, la rue agricole entend peser sur le vote de Strasbourg.