Politique et société

SIA 2026 : une ouverture sous le signe des priorités agricoles

Dans une ambiance plus apaisée que les deux précédentes éditions, le président de la République a inauguré, samedi 21 février, la 62e édition du Salon international de l’agriculture 2026, à la Porte de Versailles. Entre souveraineté alimentaire, Mercosur et renouvellement des générations, les déclarations ont donné le ton d’un salon à forte portée politique, marqué cette année par l’absence des bovins.

Le président de la République a inauguré, samedi 21 février, la 62e édition du Salon international de l’agriculture 2026, à la Porte de Versailles.

8h30. Ruban coupé, salon lancé. Devant la presse, le chef de l’État déroule d’emblée les grands dossiers. Mercosur, Pac, mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, gestion de l’eau, crise du lait et du porc : la liste est dense. Son mot d’ordre tient en trois verbes : « Produire, préserver et protéger. » Produire « parce que c’est important pour la souveraineté alimentaire que nous préservons ». Préserver « nos eaux, nos sols, notre biodiversité, qui est un trésor dont ont besoin nos agriculteurs ». Protéger enfin, « parce qu’il ne faut avoir aucune naïveté : dans le contexte international, nous avons besoin de protéger notre agriculture ».

À quelques jours des municipales et à un an de l’élection présidentielle de 2027, le propos se veut structurant. Le salon, qui rassemble chaque année plus de 600 000 visiteurs, redevient une tribune stratégique. Cette édition est toutefois singulière : en raison de l’épizootie de dermatose nodulaire, les vaches sont absentes des halls. Un manque visible, presque symbolique, dans un salon historiquement façonné par la présence bovine.

Jeunes Agriculteurs : « redonner un cap »

Reçus par le chef de l’État, les syndicats agricoles ont exposé leurs priorités. À la sortie de l’entretien, Pierrick Horel, président de Jeunes Agriculteurs, assume un ton serein : « On a pu porter des messages d’avenir parce qu’on a besoin de sortir du marasme ambiant. » À quelques jours des élections municipales, le contexte politique n’est pas neutre. « Il faut redonner un cap à l’agriculture dès ce salon, souligne-t-il, car les élus municipaux sont en première ligne dans les territoires et très liés aux réalités agricoles. » Pour le syndicat, l’enjeu est clair : planifier l’avenir en intégrant pleinement le changement climatique. « Nous prenons acte de ce bouleversement. Entre précipitations massives et sécheresses estivales, notre modèle doit évoluer. La question est simple : comment redonner de la visibilité aux agriculteurs, renforcer leur compétitivité et reconquérir notre souveraineté alimentaire, en France comme en Europe ? »

Sur la future Pac, appelée à être rediscutée budgétairement, les JA ont défendu une orientation précise : flécher 10 % de l’enveloppe vers le renouvellement des générations. « Nous avons besoin de jeunes sur le territoire, insiste Quentin Le Guillous. Les filières qui fonctionnent peuvent accueillir et installer. Celles en difficulté doivent se poser autour d’une table et réécrire l’histoire ensemble. » Selon Pierrick Horel, « le président nous a entendus », notamment sur cette priorité démographique jugée décisive pour l’avenir du secteur.

Une déambulation politique et symbolique

La séquence inaugurale s’est prolongée par une longue déambulation. Hall des ovins à 13h05, échanges avec de jeunes éleveurs et des candidats aux Ovinpiades. Sur le lait cru, un producteur interpelle : « Il faut sauver le lait cru. » Le président acquiesce, sans s’engager davantage. Au fil des stands, il s’arrête auprès des éleveurs de montagne, des producteurs ultramarins, des élèves de lycées agricoles. Interrogé sur la fin de vie, il recadre : « C’est une question lourde, grave, intime (…) Ce n’est pas un sujet pour parler dans les couloirs ».

L’absence de l’égérie bovine est évoquée. « Je regrette son absence », glisse-t-il, promettant d’aller voir les éleveurs concernés. Entre poignées de main, dégustations et photos avec des jeunes en formation, le chef de l’État aura voulu conjuguer proximité et fermeté stratégique.

La Côte d’Ivoire à l’honneur

Pays invité de cette 62e édition, la Côte d’Ivoire occupe une place centrale dans les allées du salon. Son ministre de l’Agriculture a participé à l’inauguration officielle aux côtés du président français. Le choix souligne la dimension internationale du Salon international de l’agriculture 2026 : un rendez-vous agricole français, mais ouvert sur le monde, où diplomatie économique et coopération agricole avancent de concert.