Maïs : « 2026 est une année extraordinaire », alerte l’AGPM
Entre un cocktail climatique destructeur qui plombe la production française à des niveaux inédits depuis 1976 et une politique jugée déconnectée des réalités de terrain, l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) a profité de sa conférence de presse du 20 octobre 2026 pour exiger un réarmement productif immédiat et un soutien d'urgence aux exploitations.
Un bilan technique marqué par une canicule étouffante. La campagne maïs 2026 s’est heurtée à une réalité climatique hors norme, combinant des températures records et un déficit hydrique sévère sur l'ensemble du territoire. Si les semis avaient pourtant débuté sous de bons auspices au printemps, la sécheresse s'est rapidement installée, entravant l'efficacité des désherbages de pré-émergence et complexifiant le positionnement des rattrapages. Cette fragilisation initiale des cultures a ensuite offert un terrain idéal au développement de ravageurs, à l'image de la mouche du maïs (Geomyza) dans l'Ouest ou de la chrysomèle. Sur le plan purement météorologique, les graphiques présentés par Arvalis illustrent une année totalement hors du commun, surpassant les vagues de chaleur de 2003 et 2022 avec des cumuls de températures dépassant fréquemment les 35 °C. « 2026 est une année extraordinaire, même par rapport aux projections de 2050 ou 2100 », résume Aude Carrera, animatrice filière maïs à l’institut Arvalis. Les besoins en eau des plantes (ETP) ont atteint des sommets, dépassant parfois les 10 mm par jour en pleine canicule. Si les phases végétatives ont souffert de stress précoces, c'est surtout la canicule de fin juin qui a porté le coup de grâce à la floraison, provoquant des accidents de fécondation majeurs qu'aucun retour tardif de pluie en août n'a pu compenser.
Une chute historique de la production nationale
L'addition de ces conditions climatiques extrêmes et d'une baisse des surfaces semées de l'ordre de 20 % se traduit par des chiffres de récolte alarmants. La production de maïs grain est ainsi estimée à seulement 7 millions de tonnes, un plancher historiquement bas que la France n'avait plus connu depuis 1976. À cela s'ajoute un report massif de surfaces initialement destinées au grain vers le fourrage ou la méthanisation, représentant plus de 230 000 hectares transférés. Du côté du maïs fourrage, les volumes subissent une chute de 30 %, contraignant les éleveurs à évaluer au plus juste la date d'ensilage pour sauver la valeur énergétique des rations. Heureusement, le cycle de maturité rapide induit par la sécheresse a permis d'engranger les récoltes à un rythme record : « début octobre, 84 % des surfaces étaient déjà rentrées dans les bennes, affichant des taux d'humidité exceptionnellement bas, entre 25 % et 26 % », précise Aude Carrera. Néanmoins, cette précocité s'accompagne d'une vigilance accrue sur la qualité sanitaire et les risques de contamination par les mycotoxines.
Stockage de l'eau et souveraineté géopolitique
Dénonçant une impréparation nationale chronique face aux bouleversements climatiques, le président de l'AGPM, Franck Laborde, a pointé du doigt l'urgence d'une refonte totale de la gestion des ressources hydriques. Alors que la France se positionne comme le deuxième pays d'Europe le plus arrosé avec 500 milliards de mètres cubes de précipitations annuelles, le pays souffre d'une incapacité coupable à stocker cette eau. À titre d'exemple, le président du syndicat rappelle qu'en février dernier, les gaves de Pau et d'Oloron ont vu défiler plus de 116 millions de mètres cubes d'eau en seulement neuf jours, alors que les besoins d'irrigation annuels du département s'élèvent à peine à 30 millions de mètres cubes. « Nous avons été incapables de retenir massivement cette eau », déplore Franck Laborde.
Face à ce paradoxe où moins de 10 % des surfaces agricoles françaises sont irriguées – contre une moyenne mondiale de 20 % –, les blocages administratifs et judiciaires entourant la création de réserves de substitution ne sont plus tolérables. L'AGPM exige donc « la mise en œuvre sans retenue du doublement des réserves d'ici 2035 », tel qu'inscrit dans la loi d'urgence agricole. « Il en va de la survie de la filière face à une concurrence internationale déloyale, l'Europe s'apprêtant à importer plus de 20 millions de tonnes de maïs cette année », complète le président. Produire une tonne de maïs en Ukraine coûte en effet 97 €, contre environ 240 € en France : « sans un réarmement productif fondé sur des moyens de production sécurisés et une protection aux frontières, la production nationale de maïs est vouée à disparaître ».
Face à un chiffre d’affaires en berne amputé de 2,5 milliards d’euros pour la ferme maïs français et à la perspective alarmante de voir près de 10 % des exploitations disparaître cette année, l'AGPM hausse le ton et formule des exigences précises à destination du gouvernement. Franck Laborde l'affirme sans détour : « la catastrophe est bien là ». C'est pourquoi le syndicat réclame un plan d'aide d'urgence immédiat. Évaluant le soutien nécessaire à 450 € par hectare « pour permettre aux producteurs de maïs et des grandes cultures de redémarrer une campagne en 2027 dans des conditions viables », ajoute le président. Cette bouffée d'oxygène financière à court terme doit s'accompagner d'un soulagement réglementaire immédiat, notamment face à l'incohérence de l'obligation d'implanter des couverts végétaux. Alors que ces intercultures coûtent entre 150 € et 230 € par hectare à mettre en place, « les sols actuels sont tellement secs qu'aucune levée ni aucune captation efficace de carbone ne sont possibles », précise le responsable de l’AGPM. Malgré le feu vert donné par la Commission européenne autorisant les États membres à déroger aux règles de la conditionnalité de la Pac en raison des crises climatiques, le syndicat déplore le mutisme persistant du ministère de l'Agriculture.
À plus long terme, la stratégie portée par Franck Laborde exige une vision structurelle et un réarmement productif global de l'agriculture française, comparant la nécessité de soutenir ce secteur souverain à l'effort consenti pour l'énergie nucléaire, les véhicules électriques ou les batteries. Ce plan d'action repose sur trois piliers indissociables : « la garantie du revenu et de la compétitivité des agriculteurs, l'octroi de moyens de production robustes incluant le stockage massif de l'eau et l'accès aux outils de protection des cultures contre les ravageurs comme la chrysomèle », ainsi qu'une protection ferme contre les concurrences internationales déloyales.