« La sécheresse assèche, les prix bas nous achèvent » : la filière laitière tire la sonnette d’alarme au Sommet de l’élevage
Le Sommet de l’élevage a ouvert ses portes ce mardi 6 octobre pour sa 35ᵉ édition. Marqué par le retour tant attendu des concours animaux après des éditions perturbées par la DNC, le rassemblement phare de l’élevage durable coïncide cette année avec l’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux. Mais sous le climat d'affaires et la convivialité prônés par les organisateurs, l’inquiétude des professionnels s'est invitée dans les allées. Réunis en conférence de presse sur le stand de la FRSEA, les syndicats agricoles (Jeunes Agriculteurs AURA, FNPL, FRSEA) ont dénoncé les conséquences dévastatrices de la sécheresse estivale et réclamé un prix rémunérateur pour sauver la production laitière.
Un Sommet sous le signe des retrouvailles et de la durabilité. Pour sa 35ᵉ édition, le Sommet de l’élevage retrouve tout son éclat. L'événement s'impose de nouveau comme la vitrine incontournable de l'élevage français. Après des éditions récentes marquées par les restrictions sanitaires liées à la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC), la présence des animaux signe un grand retour salué par l'ensemble de la profession. Comme le rappelle Benoit Delaloy, Commissaire Général du Sommet, l'événement « reste avant tout un rendez-vous de rencontres et de convivialité. Un moment attendu pour se retrouver, échanger, découvrir les innovations et partager un bon moment entre professionnels ». Cette année revêt également une dimension symbolique particulière avec l'Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux, mettant en avant la contribution de ces systèmes traditionnels à un modèle durable. Une ambition réaffirmée par Jacques Chazalet, président du Sommet : « Incarner l'élevage durable, voici la vocation que nous portons au Sommet depuis plusieurs années ! »
L'ombre de la canicule et l'absence de la ministre
Pourtant, derrière la vitrine du Sommet, le désarroi des éleveurs laitiers s’est affiché sans filtre. Une bâche installée derrière le présidium donnait le ton de la conférence de presse conjointe de la FNPL, de la FRSEA et des JA AURA : « La sécheresse assèche, les prix bas nous achèvent ! » L’évènement a débuté dans un climat d’agacement accentué par l’annulation de la visite officielle d’Annie Genevard, ministre de l’Agriculture. Initialement attendue sur place, sa venue a été déprogrammée à la dernière minute sur instruction du Premier ministre en raison des risques de perturbations sécuritaires. Une défection vivement regrettée par les représentants syndicaux, qui attendaient de pied ferme une prise de conscience gouvernementale et des arbitrages d'urgence sur la trésorerie dans le Projet de loi de finances (PLF).
Un bilan fourrager catastrophique et un système de calcul contesté
Les témoignages des responsables professionnels et des producteurs de la région brossent un portrait sombre de la situation fourragère post-estivale. Selon Yohann Barbe, président de la FNPL et éleveur dans les Vosges, « les pertes fourragères à l'échelle nationale sont estimées entre 30 % et 40 %, allant parfois jusqu'à 70 % sur certaines exploitations particulièrement impactées par la canicule ». Le président de la FNPL remet en cause le mode d'évaluation des pertes par le système assurantiel actuel : « Le gouvernement et les assureurs se sont préoccupés de s'assurer que cela ne dépasse pas les engagements des uns et des autres, tout cela sans se préoccuper de la réalité du terrain et de ce que les éleveurs ont vécu au moment où ils se battaient pour vaincre la canicule. »
Yohann Barbe réclame un retour à la méthode des bilans de calamité agricole : un inventaire des stocks physiques au 15 octobre pour déduire l'alimentation distribuée en urgence aux animaux durant l'été, une consommation estivale non prise en compte par le modèle d'indice de pousse d'herbe de l'assurance récolte. Sur le terrain, la situation s'avère critique pour beaucoup de jeunes exploitants. Cyril Bonnefoi, éleveur installé depuis 2025 en Haute-Loire sur un système 100 % herbe, témoigne d'un déficit fourrager de 50 %. Alors que les réserves de l'année précédente servent habituellement à faire la jonction en fin d’été, l'épuisement précoce des stocks laisse présager une impasse totale dès le printemps prochain : « Jusqu'en mars, la nourriture est assurée pour les vaches, mais à partir de ce mois, on n'aura plus du tout de nourriture », estime le JA.
Marge de manœuvre réduite et flambée des coûts d'approvisionnement
Face au manque de foin et de maïs, les éleveurs sont contraints d'acheter des aliments à l'extérieur. Dans le Massif central, l'approvisionnement en luzerne dépend fortement des marchés d'importation espagnols, voire suisses, à des tarifs prohibitifs. Cyril Bonnefoi rapporte « des surcoûts d'environ 100 € supplémentaires par tonne de matière sèche auprès de producteurs voisins », ce qui alourdit considérablement les charges d'exploitation. En parallèle des questions fourragères, les responsables syndicaux ont réaffirmé la nécessité absolue d'un prix du lait juste et rémunérateur. Éric Richard, Stéphane Joandel (secrétaire général de la FNPL) et Damien Paris (producteur dans le Doubs) ont souligné la nécessité d'appliquer rigoureusement les contrats tripartites prévus par la loi Egalim. « La profession refuse de servir de variable d’ajustement face aux industriels et à la grande distribution », rappelant que 40 % du lait français est destiné à l'exportation.
À l'ouverture du Sommet 2026, le message adressé aux pouvoirs publics et aux interprofessions est direct : sans un soutien immédiat à la trésorerie et sans une revalorisation ferme des prix d'achat, les défaillances d'exploitations risquent de se multiplier d'ici le printemps.