Après un été critique, le Sénat auditionne les experts
Organisée par la commission du Développement durable du Sénat, une table ronde dédiée à la crise de la ressource en eau s'est tenue, le 14 octobre, à la suite de la canicule et de la sécheresse de l'été 2026. Climatologues, hydrogéologues, élus locaux et représentants de collectivités ont tiré la sonnette d'alarme face à un assèchement inédit, exigeant des décisions structurelles urgentes.
Un diagnostic scientifique alarmant. D'après le chercheur Hervé Douville du Centre National de Recherches Météorologiques (CNRM), les conclusions du 6e rapport du GIEC se vérifient sur le terrain : l'augmentation des gaz à effet de serre accroît l'évapotranspiration de l'atmosphère, intensifiant la fréquence des canicules et des sécheresses. En France, les deux tiers du territoire national risquent de subir des pénuries d'eau récurrentes si des politiques d'atténuation et d'adaptation ne sont pas déployées sans délai. Sur le front des eaux souterraines, Ariane Blum, directrice de l’eau au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), dresse un bilan plus préoccupant qu'en 2022. Malgré un niveau de recharge maximal des 6 500 nappes phréatiques en février-mars, les réserves ont chuté à des niveaux extrêmement bas dès le début de l'été. Selon les données de l'Office français de la biodiversité (OFB), 49,6 % des petits cours d'eau étaient à sec ou en rupture d'écoulement à la fin septembre (1 594 tronçons touchés), matérialisant la crise la plus grave observée depuis 2012. Les contrôles de respect des restrictions se sont intensifiés, avec 16 000 interventions menées entre juin et septembre (+30 % par rapport à 2022), révélant 7 % d'infractions.
94 % des collectivités en crise
La sévérité de l'épisode estival a touché de plein fouet l'approvisionnement des populations. Nicolas Garnier, délégué général de l'association Amorce, signale que 94 % des collectivités ont basculé sous arrêté préfectoral de crise, avec des ruptures effectives d'eau potable dans des agglomérations de plus de 9 000 habitants. Dans certaines communes, les robinets se sont retrouvés à sec dès 8 heures du matin. Pour faire face aux prochaines échéances climatiques, Amorce plaide pour la mise en place d'un recensement obligatoire de l'ensemble des préleveurs, la tenue de l'objectif de réduction de 10 % des prélèvements et la préparation d'une grande loi sur l'eau fondée sur la sobriété. L'association propose également d'inscrire dans le projet de loi de Finances (PLF) une redevance fixée à 1 centime par mètre cube prélevé pour mutualiser les fonds et financer les infrastructures des communes fragiles.
L'exemple de Loire Forez
Représentant Loire Forez Agglomération (84 communes, 113 000 habitants), Stéphanie Fayard et Damien Janand ont illustré les réalités de terrain. Face à l'effondrement précoce des débits dès le mois de juin, la collectivité a dû déployer des stations mobiles de traitement, organiser le citernage dans les communes de montagne et solliciter l'ensemble des 20 interconnexions locales prévues par son schéma directeur. Cependant, la consommation a été fortement impactée par la nécessité d'alimenter le bétail via le réseau d'eau potable en montagne, tandis que les syndicats voisins interconnectés ont atteint leurs propres limites. Pour sécuriser l'approvisionnement futur, Loire Forez mise sur la ressource du canal du Forez en augmentant la capacité de production de la station de Pleuvey, en créant un nouveau site de potabilisation au nord et en modernisant le réseau pour réduire drastiquement les pertes d'eau et lutter contre les fuites par télérelève.