Un marché du carbone en plein essor
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Un marché du carbone en plein essor

Le marché du carbone a eu son heure de gloire au Salon de l’agriculture. Sujet aussi complexe qu’éminemment important pour les transitions agroécologiques en cours, il a semblé nécessaire aux « acteurs du carbone » de profiter du Salon pour l’expliciter à l’ensemble du monde agricole.

« Le marché du carbone est un marché en voie de structuration qui évolue extrêmement vite, mais il ne faut pas en avoir peur », a indiqué Chuck de Liedekerke, le PDG du cabinet agroéconomique indépendant Soil Capital, rappelant qu’il ne s’agit que de « l’année 0 de l’économie du carbone agricole ».

Alors que l’agriculture française représente à elle seule 20 % des émissions de gaz à effet de serre (GES), elle est également un puits naturel de carbone potentiel. Aussi, l’idée est d’engager les agriculteurs vers une diminution de leur empreinte carbone en activant deux leviers : la réduction de leurs émissions de GES, et le stockage du carbone.

Cet effort réalisé par les agriculteurs pour réduire leur empreinte carbone sera valorisé financièrement notamment par l’intermédiaire de crédits carbone achetés par des entreprises qui ne sont pas capables de diminuer elles-mêmes leur empreinte carbone. « Si l’agriculteur est émetteur de carbone en année de référence, alors toute tonne de carbone évitée par la suite sera rémunérée », a indiqué Chuck de Liedekerke, sachant qu’une tonne évitée représente un crédit carbone. Si l’agriculteur est déjà stockeur de carbone, il pourra également bénéficier des crédits carbone, chaque tonne nouvellement stockée équivalant à un crédit carbone. Cependant « le marché ne reconnaît pour l’instant pas le maintien du carbone dans les sols, et considère qu’il y a saturation au bout de 20 ans », a regretté Chuck de Liedekerke.

« Le marché du carbone doit commencer à reconnaître le maintien du carbone dans les sols. » Chuck de Liedekerke

Quelle est la valeur du crédit carbone ?

« Le prix du carbone est fluctuant, selon Chuck de Liedekerke, mais la tendance est quand même plutôt à la hausse ». Interrogé sur la valeur du crédit carbone, il a indiqué une fourchette approximative, entre 30 et 80 euros, soulignant que « d’après les discussions menées avec les financeurs, le prix se situerait aujourd’hui plutôt en haut de la fourchette ». D’après Étienne Variot, cofondateur de la startup Rize qui vise à faciliter l’accès à la finance carbone à travers des outils digitaux, les agriculteurs toucheraient au minimum 27 euros par crédit carbone. Soit 80 % du prix de vente de la startup qui obtient actuellement « entre 35 et 40 euros » par crédit carbone. Mais le prix est évolutif, a souligné le cofondateur, car déterminé par rapport au prix du carbone.

La startup Rize se félicite d’être la seule aujourd’hui à proposer aux agriculteurs une solution globale, intégrant toute la chaîne de valeur, pour les aider dans leur transition agroécologique et la valorisation de leurs crédits carbone. Dans un premier temps, l’agriculteur réalise un diagnostic rapide et gratuit de son exploitation sur l’application Rize et fait des simulations en jouant sur différents leviers afin de se faire une idée du nombre de crédits carbone qu’il peut espérer obtenir. Ensuite, s’il souhaite aller plus loin, il peut alors s’engager dans une démarche de labellisation bas-carbone de son projet. Une fois la labellisation obtenue, il a 5 ans pour mettre en œuvre les leviers inscrits dans son projet et visant à diminuer son empreinte carbone. « Cependant, il pourra dès la première année de labellisation bénéficier de la vente de crédits carbone », indique Étienne Variot.

Les primes filières

En plus des crédits carbone, une nouvelle source de financement de la transition agroécologique commence à voir le jour : ce sont les primes filières mises en place par les agroindustriels dans l’objectif de réduire leurs émissions « scope 3 », c’est-à-dire leurs émissions indirectes liées à l’achat de matière première agricole. C’est ce vers quoi tend le groupe agricole coopératif Vivescia spécialisé dans la production et la transformation des céréales. « Nos entreprises de transformation ont comme objectif de réduire toutes leurs émissions, y compris celles des agriculteurs, a souligné Savine Oustrain, directrice rercherche et innovation chez Vivescia Agriculture. Cela représente un coût pour les agriculteurs de réduire leurs émissions de GES, et les crédits carbone ne sont pas suffisants. Aussi, l’idée est de trouver le maximum de sources de financement pour supporter ces coûts, mais aussi pour ramener de la valeur ajoutée aux agriculteurs qui font des efforts pour les citoyens. »

Ainsi, d’après Savine Oustrain, un cofinancement entre les crédits carbone et les primes filières sera indispensable pour accompagner les agriculteurs dans les transitions à venir. Même si elle admet qu’aujourd’hui « tout cet écosystème est encore en pleine réflexion ». En partenariat avec la startup MyEasy Farm qui a lancé l’outil diagnostique MyEasy Carbon, Vivescia propose ainsi à tous ses agriculteurs-coopérateurs de réaliser un diagnostic simplifié de l’empreinte carbone de leurs exploitations afin « d’avoir un état 0 de la ferme Vivescia » pour pouvoir « mettre en place des choses et aller chercher de la valeur ajoutée dans les filières ».