Tristan Jegun
Sur le terrain
Reportages

Tristan Jegun, fier d’être « vraqueur »

Comme beaucoup, le vigneron a été durement touché par le gel d’avril dernier. Mais contrairement au marché de la bouteille, le vrac ne permet pas de jouer sur les stocks de l’année passée.

Loin de l’image traditionnelle du précieux breuvage vieilli dans les caves au « château », le vin produit par Tristan Jegun est directement vendu « à l’hecto », en gros, à des courtiers, à peine la vinification achevée dans le chai familial, niché au cœur du Gers. Ni viticulteur, puisqu’il transforme lui-même ses raisins, blancs majoritairement, ni vigneron comme on l’entend d’habitude, Tristan est ce qu’on appelle dans le jargon un « vraqueur ». « Nous travaillons un peu en flux tendu. L’avantage c’est d’être payé rapidement par le courtier, contrairement à l’embouteillage sur place, où il y a beaucoup plus de coûts de stockage, décrit le trentenaire. Sans compter l’investissement pour les bouteilles ». Mais limiter le plus possible ses stocks peut aussi se révéler risqué, surtout quand les aléas climatiques décident de le priver d’une bonne partie des vendanges à venir.

vignes brulées
90% des vignes de Tristan ont gelé

Gel des revenus

Tristan Jegun

C’est malheureusement ce qui est arrivé à plus de la moitié de ses vignes en avril dernier, comme nombres de viticulteurs et arboriculteurs français. « Le gel ? Il n’y a pas grand-chose à en dire. On est assuré, ça ne fait pas gagner d’argent, mais on n’en perd pas non plus », tente-t-il de relativiser. On sait qu’il y aura très peu de vin à vendre. On espère que le prix va remonter un peu puisqu’il y aura moins de récolte. Mais faut pas rêver, ça ne va pas s’envoler non plus ».
Comme l’explique Lara Agnoli, professeur en économie du vin
à la Burgundy School of Economics, au contraire du marché du vin en bouteille, où « il y aura toujours une demande fidèle, comme sur un Romanée Conti par exemple, sur le marché du vin en vrac au contraire, une augmentation du prix déclenche un effet de substitution entre les produits ».

 

En clair, seul le prix compte, quelle que soit l’origine du vin.  Ce que ce chef d’entreprise craint, à raison, c’est de perdre ses marchés, face à une concurrence européenne, l’Espagne en tête, qui assure une production plus stable, car moins exposée aux gelées. « Il existe effectivement un vrai risque de voir le vin français subir une forte concurrence des vins espagnols, particulièrement en Allemagne, analyse Lara Agnoli. Celle-ci accueille un tiers des exportations françaises, mais constitue également le deuxième marché d’exportation espagnol ».

Entretien de la vigne

Concurrence espagnole

Un mois après les gelées dévastatrices, c’est en suivant Tristan Jegun dans ses vignes que le constat est le plus frappant. Le vigneron compare un pied de vigne ayant gelé avec un rescapé situé quelques rangs plus loin. « Il est beaucoup moins feuillu. Certaines tiges ont réussi à repartir, mais avec moitié moins de bourgeons ». Et qui dit moitié moins de bourgeons, en dit autant en perte de récolte. Si ce n’est plus.

 Une des manières pour l’industrie du vin de compenser la chute de production à venir : « rafraichir », c’est-à-dire réassembler le vin du millésime précédent avec celui de l’année, à hauteur de 15 % maximum. « Ça va permettre de retrouver de la fraicheur, parce que les thiols ne durent que quelques mois dans le vin ». « Thiols », un terme qui interpelle autant qu’il se trouve difficile à définir. C’est pourtant bien ce qui fait selon Tristan, la différence de son vin gascon face aux autres appellations. « Si tu compares avec un sauvignon d’entre-deux-mers, sec comme ici, la différence de notre territoire se fait sur les thiols, qui ramènent de la fraicheur. On peut dire qu’on est un vin à la mode, pourvu que ça dure ! ». Un constat que n’ira pas contredire Lara Agnoli, ajoutant que le cote de Gascogne constitue « le premier vin blanc français le plus exporté ».

Pour en connaitre davantage sur ces mystérieux thiols et sur le travail de Tristan Jegun, rendez-vous dans le prochain numéro du JA MAG Juillet-Aout à la page Reportage France !