Souveraineté alimentaire : les territoires appelés à prendre le relais
Au Salon international de l’agriculture, la ministre Annie Genevard a lancé la phase territoriale des Conférences de la souveraineté alimentaire. Après un premier diagnostic national, l’heure est désormais à la déclinaison régionale, avec l’ambition d’engager une reconquête productive à dix ans.
Le décor est planté dès les premières lignes du dossier de presse : l’excédent de la balance commerciale agroalimentaire française a « presque entièrement fondu » l’an passé. Un signal d’alerte, au moment même où s’ouvrent les portes du Salon international de l’agriculture. Annie Genevard y voit la preuve que « rien n’est jamais acquis ». Lancée le 8 décembre à Rungis, l’initiative des Conférences de la souveraineté alimentaire se voulait un électrochoc. L’objectif est de poser un diagnostic sans détour et fixer, filière par filière, des trajectoires de reconquête à horizon 2036. Mardi 24 février, au Salon, la ministre en a présenté les premières conclusions, avant d’ouvrir une nouvelle étape : celle des territoires.
Une méthode inversée
Depuis décembre, plus de 250 professionnels – agriculteurs, transformateurs, distributeurs, experts – ont planché au sein de sept groupes sectoriels, réunis sous l’égide de FranceAgriMer. « Partir de la demande du consommateur et remonter la chaîne de valeur », résumait en amont le coordinateur général, Ludovic Spiers. Une logique à rebours des schémas traditionnels, pensée pour réduire l’incertitude et orienter les investissements. Les groupes – viandes blanches, fruits et légumes, grandes cultures, ruminants, viticulture et cidre, productions végétales spécialisées, pêche et aquaculture, sans oublier les Outre-mer – ont remis leurs premières copies au Salon. Leurs travaux constituent, selon la ministre, « une première cartographie précise de nos capacités de reconquête ». La phase nationale s’achève ; la phase territoriale s’ouvre. Les préfets de région et les présidents de conseils régionaux sont chargés du copilotage. Les chambres d’agriculture animeront la concertation. Trois objectifs structurent cette déclinaison : définir la contribution de chaque région aux objectifs nationaux, fiabiliser les données en les confrontant au terrain et identifier des projets concrets susceptibles d’accroître la production et la transformation. Les synthèses régionales sont attendues avant l’été 2026, prélude à un plan national de production et de transformation à dix ans.
Produire plus, créer plus de valeur
Derrière le mot d’ordre de « reconquête », trois leviers transversaux ont été mis en avant : la capacité productive, la création de valeur et l’ancrage territorial. Les contributions sectorielles traduisent cette ambition. Dans les viandes blanches, par exemple, la priorité est donnée à la compétitivité, à la modernisation des outils et à la reconquête des parts de marché. Pour les grandes cultures, l’enjeu est de substituer certaines importations par des productions nationales, notamment dans les farines ou les pâtes, avec un objectif de reconquête progressive de parts de marché. La viticulture, confrontée à une baisse structurelle de la consommation et à des rendements en recul, doit adapter son offre et innover pour maintenir sa place sur les marchés.
Plus de 250 professionnels mobilisés au sein des groupes sectoriels.
Viandes blanches : 14 000 élevages de volailles et 200 abattoirs ; 8 100 élevages porcins ; 16 milliards d’œufs produits par an ; 12 millions de tonnes d’aliments composés fabriqués chaque année
Viticulture : 2e producteur mondial ; 95 % de la production sous AOP ou IGP ; 59 000 exploitations, 790 000 ha de vignes ; 4,8 milliards de litres produits
Filière cidricole : 250 000 tonnes de fruits récoltés par an
Consultation citoyenne : 9 952 participants et 35 234 contributions
Quatre projets prioritaires emblématiques
Parmi les propositions issues des travaux, certaines se dégagent comme structurantes. En premier lieu, renforcer la production nationale de farines et de pâtes avec pour objectif de remplacer une partie des importations par des produits transformés en France, à partir de blé français. Cela passe par la modernisation industrielle, l’alignement des coûts énergétiques et l’amélioration de la logistique des grains. En second lieu, adapter l’offre viticole à la demande, en développant de nouveaux segments (vins de France, produits innovants), en intégrant mieux la demande dans la gestion du potentiel de production et en renforçant la contractualisation. Tertio, accélérer l’innovation et l’adaptation climatique, par un soutien à la sélection variétale, le déploiement de programmes d’adaptation au changement climatique et le renforcement de la recherche et développement dans les filières viticoles. Enfin, structurer l’export et la promotion avec pour but de consolider des outils de connaissance des marchés, de renforcer la promotion à l’international et de mobiliser davantage les relais diplomatiques agricoles.
Une planification assumée
Le calendrier est désormais fixé : déclinaisons territoriales au printemps, restitution à l’été. La méthode se veut collective et progressive. En toile de fond, un constat partagé : la France ne peut se contenter d’être une puissance agricole historique ; elle doit redevenir conquérante. Non pour produire à tout prix, mais pour sécuriser son alimentation, soutenir ses filières et maintenir de la valeur dans ses territoires.
La souveraineté alimentaire, martèle la ministre, n’est pas un slogan. Elle s’inscrit désormais dans une planification à dix ans. Reste à savoir si, sur le terrain, les ambitions nationales trouveront les relais nécessaires pour devenir réalité productive.