Filières

Porc : des éleveurs vent debout contre la castration

En Bretagne, une association d’éleveurs baptisée « pour le bien-être porcin et la non castration des porcs » vient de voir le jour. Elle milite pour une stratégie collective d’arrêt de la castration.

Des porcelets en train de téter.

Pour l’instant, ils sont une trentaine d’éleveurs issus de plusieurs groupements à y adhérer, et sans doute plus demain. Leur mot d’ordre : « oui aux mâles entiers, non à la généralisation de la castration sous anesthésie. » Cette association a vu le jour après la publication, en février dernier, d’un arrêté du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation qui interdira la castration à vif des porcelets à partir du 1er janvier 2022.

Depuis toujours, la filière travaille à partir de mâles (la moitié d’une portée) qu’elle castre pour favoriser le développement du gras et éviter que les carcasses ne développent de mauvaises odeurs dans la viande, carcasses dites odorantes.

Par l’emploi d’une génétique spécifique, d’une alimentation adaptée et d’une conduite en élevage rôdée, les éleveurs parviennent à réduire le développement d’odeurs sexuelles dans la viande. Les abatteurs contrôlent systématiquement les carcasses de mâles entiers en sortie de chaînes d’abattage, soit par l’emploi en France d’opérateurs appelés « nez humains », soit ailleurs par des technologies émergentes : capteurs ou laboratoire automatique à partir de prélèvements sur les pièces du porc. Ils parviennent à un taux de carcasses odorantes de 2 % en moyenne, voire moins. « C’est le cas aux Pays-Bas, qui sont entrés sur la voie de la non castration, dès 2009 », précise-t-on à l’Ifip. Cette viande est traitée à part. 

Pour les éleveurs, ne plus castrer ses mâles « donne un avantage de coût de 8 euros par porc sorti de l’élevage, comparativement aux mâles castrés, poursuit Jean-Jacques Riou. C’est donc aussi un enjeu économique pour regagner de la compétitivité ». Reste à convaincre les éleveurs, les abatteurs, les salaisonniers et, in fine, les distributeurs de s’engager sur cette voie. L’association des éleveurs bretons demande que « le contrôle des odeurs dans les carcasses soit géré par Uniporc dans tous les outils d’abattage ».

Uniporc Ouest est un organisme de la filière présent dans tous les abattoirs de l’Ouest et au-delà qui est chargé de la pesée, du classement et du juste prix des animaux. « Tous les signes de qualité parlent de bien-être animal alors qu’ils continuent de castrer, dit Jean-Jacques Riou. Ce n’est plus possible. Notre association agit pour le bien-être des animaux et des éleveurs. »

45 millions de mâles non castrés en Europe

Or depuis plusieurs années en Europe, des voix s’élèvent pour réduire la douleur du porcelet au moment de son émasculation. Les bassins de production ont adopté différentes méthodes. En France, la filière demande aux éleveurs d’utiliser un antalgique. Mais à partir du début 2022, il leur faudra injecter à l’animal « un anesthésique localement au niveau de chaque testicule, vingt minutes avant la castration, en plus de l’antidouleur par voie intramusculaire. Inacceptable pour nous éleveurs », s’insurge le président de l’association, Jean-Jacques Riou.

D’où l’idée de stopper la castration, comme cela se fait déjà un peu partout en Europe. La non castration « concerne, selon une prévision 2020, 45 millions de mâles en Europe sur une production totale de 255 millions de porcs (environ 127,5 millions de mâles et autant de femelles NDLR) », explique Boris Duflot, directeur de l’Ifip. L’Espagne ne procède plus à la castration pour le gros de sa production de mâles (22 millions non castrés, selon l’Ifip), suivi par le Royaume-Uni (5,4 millions), les Pays-Bas (5 millions), l’Allemagne (4 millions). Les 2,8 millions de porcs non castrés en France proviennent d’une seule coopérative, le leader breton Cooperl.