Innovations

L’intelligence artificielle, une chance pour l’élevage ?

L’intelligence artificielle progresse dans l’agriculture. Les outils d’aide à la décision reposant sur des algorithmes d’analyse de données sont partout, notamment en élevage. Aux utilisateurs d’en tirer le meilleur bénéfice.

Ici en porc, l'IA peut être très utile.

Dans plusieurs élevages de porc, de volailles ou de bovin-lait équipés par TellCozy (Finistère), l’IA consiste en des données collectées par des caméras (une photo toutes les 5 minutes, une vidéo de 15 secondes toutes les 15 minutes, de jour comme de nuit) et des capteurs de température, d’hygrométrie, de teneur en ammoniac (NH3) et de gaz carbonique (CO2). L’algorithme établit un indicateur de répartition spatiale et propose à l’éleveur trois niveaux d’alerte : vert (tout va bien), orange (attention) et rouge (intervention). Des animaux qui s’isolent ou qui se massent dans une zone d’évitement d’un courant d’air peuvent nécessiter une intervention sur la ventilation, par exemple. En quel cas, l’algorithme avertit l’éleveur et peut lui proposer des scénarios d’intervention. L’IA contribue ainsi à l’amélioration du bien-être des animaux et de leurs performances. Autre solution d’intelligence artificielle, celle du groupe Michel (Ille-et-Vilaine), acteur des filières animales (fabrication d’aliments du bétail et production de volailles et de porcs). Là encore, elle repose sur des données collectées par caméra (vidéo en continu 24 heures sur 24) qui sont couplées par des micros d’ambiance. 

L’IA, une opportunité stratégique pour l’agriculture

Le son d’une toux ou du bruit caractéristique de troubles digestifs sont repérés par l’intelligence artificielle qui en informe l’éleveur sur son ordinateur et son smartphone. Le groupe Michel est encore en phase de test. Il ambitionne d’équiper de cette solution d’ici trois ans « les 400 bâtiments d’élevage des adhérents de notre groupement volaille », précise Maëlle Philippe, en charge de ce dossier chez Michel. Ces deux exemples d’IA en élevage témoignent de la dynamique de l’intelligence artificielle en agriculture. Dans un rapport récent (novembre 2025) consacré à cette thématique, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), organisme d’audit et d’expertise du ministère de l’Agriculture considère que l’IA « constitue une opportunité stratégique pour l’agriculture et l’agroalimentaire en France, en particulier dans le contexte de renouvellement des générations dans la décennie à venir. » L’intelligence artificielle peut aussi jouer un rôle essentiel face au réchauffement climatique et soutenir la production agricole pour renforcer la souveraineté alimentaire.

Intégrer l’IA à tous les niveaux de la formation agricole

Aux yeux du CGAEER, l’IA serait donc l’outil ultime pour permettre à l’agriculture de se transformer efficacement et durablement. En élevage, toutes les filières sont concernées, que ce soit le lait ou la viande. Il s’agit la plupart du temps d’IA prédictive (et non d’IA générative capable de réponses argumentées à une question complexe), comme pour les deux solutions décrites plus haut. L’IA prédictive de coMI Sense peut ainsi « monter les signes d’inconfort des animaux et demain (après évolution du système) calculer le poids des animaux », précise Maëlle Philippe. Dans le cas de TellCozy, une évolution en cours consiste à intégrer toutes les interventions de l’éleveur en élevage pour mieux interpréter la survenue d’un évènement en élevage. Tous les acteurs de l’agriculture vous le diront : nous ne sommes qu’au début du déploiement de l’IA en agriculture. Pour le CGAEER, les choses sont claires, fait-il savoir dans ses recommandations. Il faut, dit-il, « définir une stratégie nationale en matière d’IA », élargir à l’agriculture le périmètre d’action de certains des neuf clusters IA français, intégrer l’IA à tous les niveaux de la formation agricole, etc. Un investissement pour l’avenir, sans aucun doute. À condition que les bénéfices soient supérieurs aux coûts.