Filières

Le retour de l'amande, une production emblématique du Sud

Depuis trois ans, la filière agricole de la région Paca se mobilise pour relancer une production emblématique du Sud de la France : l’amande. Après une journée sur les fondamentaux techniques en 2016, une autre était consacrée en février dernier à la dynamique régionale, qui entraîne dans son sillage des banques, des initiatives privées ainsi que la profession, soutenue par les organisations professionnelles agricoles.

Fleur d'amandier

Aujourd’hui, le plan de relance est sur les rails. L'interprofession France Amande a d’ailleurs présenté le projet de filière devant le comité de pilotage de l’Opération d’intérêt régional Naturalité (OIR), soutenue par la Région Sud (nouveau nom de la région Paca), en juillet dernier. Cette interpro' a pour vocation de structurer les différents maillons de la chaîne de valeur, de confronter les besoins et les attentes et de générer de la valeur ajoutée pour tous. Son projet ajoute un nouvel étage à la fusée de structuration de la filière, puisque le syndicat de l’amande de Provence est en place depuis juin 2016, présidé par André Pinatel.

D’ailleurs, fin 2016 déjà, le syndicat posait les bases de ce plan de relance. « L’objectif que nous nous sommes fixés est de planter 1 000 ha d’amandiers en cinq ans, soit en moyenne 200 ha par an. Telle est notre ambition. » En 2016, le verger d’amandiers en Paca comptait 221 ha de surfaces en production et 43 ha de nouvelles plantations d’après le recensement réalisé par la chambre régionale d’Agriculture. En 2017, les projets de plantation ont porté sur environ 70 ha, avec une montée en puissance progressive depuis. Pour soutenir les démarches des arboriculteurs, la chambre régionale a réalisé un travail d’enquête et de terrain afin de compiler toutes les références techniques actuellement disponibles. Ce travail a été synthétisé dans un référentiel privilégiant les aspects pratiques et décliné en 18 chapitres en fonction des questions des producteurs.

Eurytoma amygdali, ennemi n°1

Car il faut quasiment repartir de zéro pour cette culture emblématique provençale... tout en tenant compte des problématiques actuelles. À commencer par trouver une solution contre l’ennemi n°1 : Eurytoma amygdali. En conventionnel comme en bio, cette guêpe est le premier frein au développement de la culture d’amande. Ce ravageur est arrivé en France en 1981, en provenance du Moyen-Orient. En conventionnel, il nécessite deux traitements par an, sur les six à huit nécessaires sur l’amandier (soit en moyenne 5 à 8 IFT/an). En ciblant les périodes de vol (avril-mai), il est possible de réduire la pression en s’appuyant sur deux produits homologués en agriculture raisonnée. Deux interventions suffisent pour protéger les arbres durant la totalité du vol (environ un mois). Mais en bio, aucun produit n’est autorisé pour cet usage. De fait, la prophylaxie est indispensable. Elle consiste à éliminer, sortir et brûler les amandes parasitées au moment de la taille.

Plusieurs autres pistes sont à l’étude : les barrières physiques (argiles kaolinites, le piégeage indicatif et massif (mais les pièges à phéromones ne sont pas encore disponibles) et pour finir les filets alt’guêpe, pour l’instant assez coûteux. En attendant, il est recommandé de suivre les vols à l’aide de bouteilles opaques (type bouteille de lait) équipées d’un tube à essai transparent, dans lesquelles ont été placées des amandes parasitées. Le tube permet de voir la sortie des adultes et donc de positionner au mieux les traitements.

Des perspectives encourageantes

Des travaux menés en collaboration avec SupAgro étudient aussi la sensibilité variétale, puisqu’il semble que le calibre du fruit – et donc la distance que la guêpe doit traverser pour atteindre l’amandon – ait une influence sur les dégâts observés. Cet essai a permis de comparer huit variétés. Les résultats montrent que le calibre n’est apparemment pas le seul critère expliquant les différences variétales observées. D’autres caractéristiques – telles que la pilosité des amandes, la dureté de la coquille ou la date de floraison – doivent a priori être prises en compte.

Le chantier est vaste pour contrer ce ravageur. Mais les perspectives de développement sont encourageantes, car les industriels français sont en attente d’une production estampillée France. « Actuellement, la production provençale représente des volumes trop faibles pour intéresser des transformateurs, souligne Pierre Sylvain, président du Groupement interrégional des producteurs d’amandes. Mais le marché mondial croît de 12 % par an et les opportunités d’une production origine France sont réelles. » Aujourd’hui, la France produit environ 400 t, principalement en Corse. Le reste de la production provient de Paca, de Rhône-Alpes et du Languedoc-Roussillon. Le marché mondial est lui dominé par les États-Unis (855 000 t en 2014). Avec la hausse de la consommation mondiale – boostée par une forte communication sur les aspects santé –, les cours pourraient augmenter. « Or, pour l’instant, la contractualisation a du mal à se mettre en place. Ce plan de relance est un levier intéressant pour porter la filière », concluait-il.