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L’agriculture lunaire a fait ses premiers pas

Pour la première fois dans l’Histoire, des graines ont germé sur la lune. Mais rien ne dit que cette démarche ait de l’avenir, tellement les problèmes à résoudre ont été nombreux.

Le 3 janvier 2019, pour la première fois dans l’histoire de l’exploration spatiale, les Chinois se sont posés sur la face cachée de la Lune. C'est d'abord surtout la prouesse technologique qui a fait l’actualité. Mais on sait désormais que l’Empire du Milieu a réalisé un autre exploit inédit : celui de faire germer les premières plantes sur la Lune. Quatre espèces ont été choisies par les ingénieurs chinois : l’arabette (plante de laboratoire de référence internationale, sur laquelle repose l’essentiel de la recherche fondamentale en botanique), le coton, le colza et la pomme de terre. Les quatre, qui ont atterri sous forme de graines, ont réussi leur germination.

Pourquoi ce choix ? « Parce que les pommes de terre pourraient servir de nourriture à de futurs explorateurs spatiaux, que le coton pourrait permettre de faire des vêtements et le colza de l’huile », a déclaré Liu Hanlong, responsable de l’expérience, au South China morning post. C’est donc clairement toute la mythologie de la conquête spatiale, appuyée sur des bases ou des vaisseaux plus ou moins autonomes, qui a fondé ce choix. L’équipe de Liu Hanlong a même poussé la réflexion plus loin en tentant la constitution d’un véritable écosystème embryonnaire. Ils ont ajouté aux quatre plantes des œufs de drosophile (une espèce de mouche se nourrissant de plantes) et des spores de levures, qui pourraient permettre en théorie la décomposition des tissus morts et leur recyclage par les plantes.

La gravité joue un rôle dans la croissance des plantes

Certes, cette nouvelle culture lunaire est tout à fait inédite. Mais il faut tout de même rappeler que la Station spatiale internationale a déjà hébergé de nombreuses expériences botaniques. En 2015, les astronautes y ont même mangé le premier légume à avoir entièrement poussé dans l’espace, en l’occurrence une salade romaine. Ces expériences ont du reste livré un certain nombre de résultats passionnants sur le comportement des plantes dans des conditions de gravité anormale. Lorsqu’une plante se développe en apesanteur, il s’avère qu’elle " considère " que la source de lumière définit le haut. Elle pousse donc vers la lumière et structure sa partie aérienne en conséquence. La partie racinaire s’organise dans la direction opposée. Par contre, si l’on rajoute l’obscurité à l’apesanteur, la plante présente des croissances aberrantes.

De plus, des expériences avec des centrifugeuses ont révélé qu’il suffisait de créer une gravité très ténue (bien plus faible que sur Terre) pour que la plante la détecte et organise son développement. Un résultat que l’expérience chinoise semble confirmer, puisque les plantes ont commencé un développement harmonieux, alors que la gravité lunaire est environ six fois plus faible que sur Terre !

Autant dire qu’en l’absence de sols fertiles, d’une atmosphère riche en eau et en CO2 et d’une couche d’ozone qui filtre les ultraviolets, il va être extraordinairement difficile de maintenir la vie sur la Lune. Et qu’il vaut sans doute mieux protéger la Terre que faire des plans sur la comète !

Maintenir la vie sur la Lune est extraordinairement difficile

Il reste cependant du chemin à faire avant les premières installations de jeunes agriculteurs sur le sol lunaire. Pour faire germer ces quelques pousses, il a fallu réaliser un module de 2,5 kg parfaitement étanche contenant les graines, de l’eau et un substrat. Ce petit tonneau d’acier dû être protégé du rayonnement solaire corrosif qui irradie la Lune. Il a aussi fallu l'équiper d’un système permettant de maintenir une température constante de 25°C et le doter d’un éclairage reproduisant les conditions terrestres. Il a donc été doté de panneaux solaires pour fournir l’énergie nécessaire. Or, ces panneaux ont cessé de produire du courant quand, au bout de 15 jours (plus précisément le 16 janvier) est arrivée la nuit lunaire. À ce moment-là, le froid a repris ses droits et l’expérience s’est terminée définitivement (et comme prévu) avec l’arrivée de températures avoisinant les -160°C.