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Influenza aviaire : une course effrénée contre la montre

Une nouvelle étape vient d’être franchie dans l’épizootie d’influenza aviaire qui sévit actuellement en France. « Le protocole sanitaire passe en phase 3 », déclarait le vendredi 8 au matin sur France Bleue Gascogne Julien Denormandie, quelques heures avant de se rendre dans le département très touché des Landes.

Influenza aviaire : une course effrénée contre la montre

Concrètement, il s’agit de devancer la propagation du virus en renforçant les mesures d’abattages préventifs. De 3 km, la zone de dépeuplement appliquée autour d’un foyer aux élevages de palmipèdes et de volailles non confinées est passée à 5 km dès vendredi matin. Alors que plus de 119 foyers sont à ce jour dénombrés en France, l’objectif est d’enrayer l’escalade. « Le virus H5N8 qui circule actuellement est à la fois hautement pathogène pour les volailles, et en particulier pour les canards, mais aussi très transmissible du fait d’une forte excrétion de ce virus par les animaux infectés », explique Nicolas Eterradossi, directeur du laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort de l’Anses. Le scientifique souligne par ailleurs une certaine apparentée entre cette souche et celle qui a circulé en Europe lors de la dernière épizootie d’influenza aviaire en 2016-2017.

Miser sur la biosécurité

Miser sur la biosécurité, c’est ce qu’a fait l’été dernier Sébastien Laporte, Jeunes Agriculteurs de 35 ans, en investissant 50 000 euros pour agrandir son bâtiment de claustration. Mais cette mesure n’a pas suffi à protéger ses 8 400 canards, abattus la semaine dernière. « J’étais situé dans le rayon de 3 km d’un élevage contaminé, mais les analyses réalisées sur mes canards ont montré qu’ils étaient également infectés bien qu’ils ne présentaient aucun symptôme », raconte l’éleveur de Montaut, dans les Landes. Celui-ci regrette que des efforts ne soient pas consentis par tous les éleveurs. « La négligence de certains va coûter cher à beaucoup, assène-t-il, dépité. Être agriculteur, c’est savoir se réinventer. »

Nicolas Eterradossi rappelle les deux piliers de la prévention. D’une part, éviter l’exposition des élevages aux oiseaux sauvages durant les périodes migratoires via des mesures de claustration. D’autre part, être capable de détecter très rapidement l’introduction d’un virus influenza hautement pathogène en élevage et de mettre en place les mesures de biosécurité appropriées pour éviter ensuite une dissémination de proche en proche entre les élevages. « Même s’il y a une part de diffusion aérienne, il y a surtout une grande part de diffusion par tout ce qui peut être contaminé, notamment par les fientes », rappelle Nicolas Eterradossi. Exit le prêt de matériel ou l’entraide entre voisins ? « C’est important de les éviter au cours des périodes à risque », confirme le scientifique.

Vers un vide sanitaire ?

Si la question du vide sanitaire, bien que dans tous les esprits, ne se pose pas encore pour le ministre de l’Agriculture, celui-ci a toutefois reconnu que l’objectif était bien « d’abattre le plus de volailles possible ». Depuis le 20 décembre, plus de 400 000 volailles ont déjà été sacrifiées. Quelques centaines de milliers d’autres vont suivre le même chemin, a fermement certifié le ministre. Les éleveurs s’interrogent : comment éviter qu’une telle catastrophe ne se reproduise ? La vaccination serait-elle une solution ? « Encore faudrait-il être capable de prédire suffisamment longtemps à l’avance à quel virus nous serons confrontés pour avoir le temps de produire le vaccin », estime Nicolas Eterradossi. « Par ailleurs, il ne suffit pas que le vaccin contrôle les symptômes de la maladie, il faut aussi qu’il empêche les animaux vaccinés d’être infectés puis de transmettre le virus », ajoute-t-il. Le ministre, quant à lui, a fait part de la fermeture de certains marchés à l’export si une vaccination avait lieu. « Certains pays craignent que la volaille vaccinée soit porteuse saine du virus et contamine la volaille locale » a-t-il justifié.

Quoi qu’il en soit, une véritable course contre la montre s’est engagée en ce début d’année 2021. « Pour enrayer la propagation du virus, mais aussi pour indemniser au plus vite les éleveurs touchés », a assuré Julien Denormandie. Sur ce dernier point, il promet des premiers acomptes dès la semaine prochaine.