Sur le terrain

Grand ouest : sous tension maximale, les JA exigent des actes

La 40e édition du Space de Rennes s'est ouverte ce 15 septembre sous un ciel lourd pour les syndicats agricoles. Au lendemain d'entretiens au sommet avec le Premier ministre, les têtes de pont de l'intersyndicale JA-FNSEA ont planté le décor : entre canicule, impasses sanitaires et asphyxie financière, le premier bassin agricole français joue sa survie.

Sur le stand JA/FNSEA, Jocelyn Dubost s'est exprimé en conférence de presse aux côtés d'Elodie Guillotel (présidente JA Bretagne), d'Arnaud Rousseau (président de la FNSEA) et des présidents des FRSEA du Grand Ouest.

C’est le cœur battant de l'agriculture française. Avec 5,75 millions d'hectares de Surface Agricole Utile (SAU), 78 000 exploitations et près de 340 000 emplois directs et indirects répartis entre la Bretagne, la Normandie et les Pays de la Loire, le Grand Ouest donne le la. Mais en ce mois de septembre 2026, la partition jouée par la polyculture-élevage a des notes de requiem. Réunis sur le stand commun JA-FNSEA pour la grande conférence de presse inaugurale du Space, Jocelyn Dubost et Arnaud Rousseau ont dressé un constat implacable. La conjoncture est morose, les trésoreries sont à sec et la jeunesse agricole, en première ligne pour reprendre le flambeau, fait face à une accumulation de crises inédites.

Trésorerie et climat : l’urgence d’un plan de sauvetage

L'été 2026 laissera des traces indélébiles dans les fermes de l'Ouest. Les vagues de canicule successives ont provoqué une surmortalité inquiétante chez les jeunes veaux, les volailles et les porcs. Couplée à une sécheresse sévère, cette météo extrême a ruiné les stocks de fourrage, effondré les rendements du maïs ensilage et laminé les volumes maraîchers. Devant la presse, l'exigence est immédiate. Le plan CASI (climat, adaptation, sécheresse, incendie) présenté par le gouvernement ne suffit plus. « Dans certains départements, le compte n'y est pas, et il faut bien qu'on accompagne la jeunesse qui doit reprendre, mais aussi les agriculteurs déjà en place », a martelé Jocelyn Dubost, président de Jeunes Agriculteurs, tout juste sorti de son tête-à-tête avec le Premier ministre Sébastien Lecornu. L'intersyndicale pose ses conditions sur la table : abonder massivement le fonds de réarmement, prendre en charge les cotisations sociales et alléger le poids des intérêts sur les prêts de trésorerie. Côté assurances, l'Indemnisation de Solidarité Nationale (ISN) s'apparente à un test grandeur nature cette année. Mais pour les syndicats, l'État ne peut porter seul ce fardeau. La grande distribution et l'aval doivent impérativement réouvrir les négociations commerciales. « Les prix à la consommation doivent permettre de restaurer les marges des outils industriels et de remonter les prix à la production », a asséné Arnaud Rousseau.

L'eau et le foncier : sécuriser l'avenir face au changement climatique

Impossible de penser l'avenir de la polyculture-élevage — ce modèle circulaire vertueux où les cultures nourrissent le cheptel et les effluents fertilisent les sols — sans régler la question de l'eau. L'été 2026 l'a prouvé : l'accès à la ressource est le nerf de la guerre. Les JA et la FNSEA exigent un droit à stocker l'eau sans entrave administrative, en développant des projets d'irrigation et de forages adaptés aux territoires. Mais la bataille se joue aussi dans la gouvernance. Les agriculteurs réclament haut et fort la mise en conformité des SDAGE et des SAGE, exigeant le respect strict du quota de 33% pour le collège des usagers économiques dans les Commissions Locales de l'Eau. « Pas de politique de l'eau efficace sans les agriculteurs autour de la table », rappelle-t-on dans les rangs syndicaux.

L'épée de Damoclès sanitaire : former la nouvelle génération

C'est l'autre angle mort qui mine le moral des éleveurs : la résurgence des maladies vectorielles. Alors que les filières pensaient tourner la page, le front sanitaire s'embrase. La Fièvre Catarrhale Ovine (FCO), avec le passage du sérotype 8 au sérotype 3, décime les cheptels ovins et bovins, entraînant un déficit massif de naissances et de lactations. En Normandie, la tuberculose bovine persiste anormalement dans la vallée de l'Orne (15 foyers détectés), tandis que la menace de la Peste Porcine Africaine (PPA) aux portes de l'Italie et de l'Allemagne force les porciculteurs à une vigilance absolue. Quant à la grippe aviaire, l'identification de premiers foyers en Pays de la Loire rappelle que le virus circule encore. Face à cette instabilité, les syndicats exigent une refonte totale de la politique sanitaire : mise à jour des barèmes d'indemnisation alignés sur les cours réels, défiscalisation de ces aides, et investissements massifs dans la recherche. Mais pour Jocelyn Dubost, la réponse doit aussi être pédagogique : « Il faut qu'on y mette de l'apprentissage dans le sanitaire, dans le cursus agricole. Il faut que les jeunes qui doivent s'installer demain aient les bases du sanitaire dès leur formation. »

Installation et transmission : ne pas briser l'élan de la jeunesse

Malgré la grisaille, la boussole reste fixée sur l'avenir. La sanctuarisation du budget AITA (Aide à l'Installation et à la Transmission en Agriculture) obtenue arrache une bouffée d'oxygène, tout comme la participation active des JA au futur plan de rebond. Pourtant, l'équation de la transmission reste complexe. Entre des fermes aux besoins d'investissements colossaux pour s'adapter au changement climatique (modernisation des bâtiments d'élevage pour le bien-être animal) et des banques frileuses, la levée des freins financiers ne peut attendre le prochain budget. L'intersyndicale l'a dit à la ministre de l'Agriculture : les réponses concrètes sont attendues avant la fin de la semaine. À l'heure où se dessinent les contours de la future Pac et l'attente fébrile des décrets de la loi d'urgence agricole, les jeunes agriculteurs du Grand Ouest envoient un message clair depuis Rennes : la résilience a ses limites. Pour que la terre continue de nourrir, la politique doit cesser de peser sur les épaules de ceux qui la travaillent.

40e édition SPACE 2026