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Filière caprine : face au mur du RGA, l’interprofession cherche la clé de la valeur

Réunie en assemblée générale ce mardi 23 juin à la Maison du Lait, l’Association Nationale Interprofessionnelle Caprine (ANICAP) a dressé le bilan de sa mi-année. 

Chèvres dans le pâturage.

Si les marchés affichent une résilience remarquable et que la collecte amorce un net rattrapage, l’interprofession tire la sonnette d’alarme : face à la flambée des coûts d’installation et au vieillissement des exploitants, assurer la relève est devenu le défi existentiel de la filière.

Un rebond technique de la collecte après deux années de crise

L’exercice de style était une première pour l’ANICAP, qui a choisi d’associer son assemblée générale annuelle à un point presse de mi-parcours afin de faire un point d’étape conjoncturel. Pour ouvrir la rencontre, Mickaël Lamy, Président de l’ANICAP au titre du collège des Coopératives Laitières, s’est voulu rassurant mais lucide sur l'état de la production. La filière caprine française, « qui représente le 4e cheptel européen mais s'impose comme le premier producteur de lait de chèvre en Europe », respire enfin, annonce-t-il. Après un fort recul de la collecte en 2024 et une stabilisation précaire en 2025, l'année 2026 affiche une hausse marquée, estimée à +6,1 % au 14 juin. « Il faut dissocier le conjoncturel du structurel. Nous observons maintenant un retour à la normale et nous retrouvons les niveaux de 2023. C’est une bonne nouvelle », Mickaël Lamy, Président de l’ANICAP. Ce rebond s’apparente toutefois à un rattrapage. Les deux dernières campagnes ont en effet été lourdement pénalisées par des aléas climatiques et la crise sanitaire de la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO), qui avaient dégradé la qualité des fourrages et grevé le revenu des éleveurs. Même constat pour la filière Bio : après le boom et les fortes inquiétudes de 2024, le secteur retrouve des tendances de consommation plus habituelles.

Des marchés solides et matures portés par l'ultra-frais

Du côté des débouchés, les fondamentaux de la filière restent au vert, confirmant la grande stabilité du marché du chèvre. En grandes et moyennes surfaces, les ventes de fromages de chèvre en libre-service progressent de 1,3 % en volume et de 1 % en valeur sur un an (fin mars 2026), pour un prix de vente moyen de 14 €/kg. L'exportation se maintient elle aussi à un niveau solide avec 24 500 tonnes exportées en 2025. Sous l'effet d'un contexte d'inflation généralisée, le comportement des consommateurs évolue. « On assiste à des arbitrages économiques profitables aux segments de l'ultra-frais (yaourts et fromages blancs), moins valorisés mais plus accessibles, qui bondissent de 4,8 % en volume », avance l’interprofession. À l'inverse, les fromages affinés affichent une croissance plus modeste de 0,5 %. Si le marché ne décroche pas, sa maturité impose de nouveaux défis. Pour générer de la valeur, la filière doit impérativement miser sur l'innovation produit en étroite collaboration avec les acteurs de l'aval.

Le mur de l'investissement : 1 800 € par chèvre

C'est là que le bât blesse. Si le prix du lait payé aux producteurs au deuxième trimestre 2026 est en légère hausse par rapport à 2025, cette stabilité montre aujourd'hui ses limites face au retour à la hausse des charges (énergie, intrants, emballages). En cinq ans, l’indice IPAMPA (qui mesure les coûts de production agricole) s'est emballé, propulsant le coût des investissements pour les bâtiments et les salles de traite à +35 %.

Pour un porteur de projet, l'équation financière devient vertigineuse :

 

  • Chèvrerie : 1 800 € par chèvre (soit une hausse de 400 € en 5 ans).

  • Salle de traite : 400 € par chèvre.

Ces surcoûts freinent net les projets de modernisation, pourtant indispensables pour améliorer le confort de travail des éleveurs, tout comme ils découragent les banques et les jeunes candidats à l'installation en système laitier.

Le renouvellement des générations, clé de voûte de la pérennité

Le constat comptable se double d'une urgence démographique : « la filière a perdu 10 % de ses producteurs en dix ans », déclare le président. Aujourd'hui, le secteur compte environ 3 300 producteurs fermiers (transformant eux-mêmes leur production, avec un cheptel moyen de 87 chèvres) et 2 400 producteurs livreurs (laitiers) qui approvisionnent la cinquantaine d'entreprises et coopératives de transformation du pays.

Pour inverser la tendance et rassurer les porteurs de projets ainsi que leurs financeurs, l'ANICAP identifie plusieurs leviers d'action prioritaires. D’abord, garantir des perspectives de revenu. Le prix de vente du lait doit intégrer la hausse des charges et la création de valeur pour assurer la rentabilité des exploitations. « L’installation des jeunes est le premier maillon ; s’il ne tient pas, la chaîne casse », rappelle avec force Virginie Hervé-Quartier, ingénieure agronome chargée d’études à l’Institut de l’Élevage (IDELE). Ensuite, améliorer la lisibilité des projets. S'appuyant sur l'étude Agrinovo publiée en 2025, l'interprofession note que le manque de visibilité prévisionnelle et l'amalgame fréquent entre les filières ovine et caprine nuisent à l'installation. Et enfin, renforcer la formation face aux "carrières courtes". La filière fait face à un phénomène de turn-over accru. L'accent doit être mis sur l'accompagnement et la formation des profils non issus du milieu agricole (hors cadre familial), le taux de réussite des projets étant directement corrélé au niveau de qualification technique et de gestion, un argument par ailleurs décisif face aux guichets bancaires. Bien que le taux d'installation du secteur affiche un dynamisme de façade (107 % de renouvellement, principalement via des reprises d'existants ou des réaménagements de bâtiments), la pérennité de la production laitière caprine française se joue dès maintenant. Sans une revalorisation du prix capable d'absorber l'inflation structurelle, la filière risque de manquer le rendez-vous de sa transmission.