Des vaches dans un bâtiment d'élevage.
Innovations
Transition écologique

Vaches laitières : adapter les bâtiments à la chaleur

Le groupe « Bâtiments d’élevage de demain » a pour objectif de réfléchir à l’amélioration et à la modernisation des bâtiments des quelque 300 000 exploitations d'élevage françaises. Mardi 12 janvier, ce groupe présentait le résultat de ses recherches concernant l’adaptation des bâtiments d’élevage laitier aux conditions chaudes.

L'année 2020 a été la plus chaude depuis le début des relevés de température, il y a 120 ans, a récemment annoncé Météo France. Si les cultures ont été largement impactées, avec des rendements plus faibles que d’ordinaire, les élevages, eux-aussi, souffrent de ce dérèglement. 

Le groupe « Bâtiments d'élevage de demain », qui rassemble le Cniel, l’Idele, l’APCA, France Conseil Elevage, GDS France, le GIE Elevage de Bretagne et le BTPL, a mené une étude de trois ans pour évaluer l’adaptabilité des bâtiments d’élevage des vaches laitières à la chaleur. Bertrand Fagoo, de l’Institut de l’élevage, a ainsi rappelé que les vaches sont beaucoup plus sensibles à la chaleur que les humains. Alors que, bien nourries, elles peuvent aisément supporter des températures allant jusqu’à -10°C, elles souffrent de la chaleur dès 20°C.

Chaleur, humidité, ventilation et rayonnement

La température n’est pas le seul critère pour évaluer le bien-être d’un bovin : la ventilation, l’humidité et le rayonnement entrent en compte. Les chercheurs se sont rendus dans plusieurs élevages pour effectuer des mesures de ces différents critères en quadrillant les bâtiments. Le diagnostic prend environ 2h30 pour une exploitation de 80 à 100 vaches. 

Les chercheurs ont également observé le comportement des bêtes, avec quatre degrés de halètement, dont le premier degré indique déjà un mal-être. En outre, confrontée à une forte chaleur, une vache va se tenir debout, de façon à aérer ses flancs et à évacuer la chaleur. Cette station prolongée peut occasionner des boiteries ou des blessures aux pattes. Autre indice d’un inconfort : la tendance à ne plus pâturer et, généralement, à moins se nourrir. La rumination provoque de la chaleur, aussi une vache en stress hydrique va moins s’alimenter, ce qui entraîne des conséquences métaboliques : perte minérale, salivation. La perte de rendement pour l’éleveur peut aller jusqu’à 8 ou 9 litres de lait par jour.

Un plan d’action en plusieurs étapes

Pour améliorer le confort des bêtes, inutile de se jeter sur des ventilateurs tout de suite, indiquent les chercheurs, qui mettent même en garde contre une utilisation contre-productive de ce matériel : « s’il n’y a pas de ventilation naturelle et trop peu de points de ventilation artificielle, les bêtes vont s’agglutiner au même endroit, pénaliser l’évacuation de la chaleur et risquent de se blesser » explique Bertrand Fagoo. Un plan d'action en plusieurs étapes doit être mis en place.

En premier lieu, il convient de vérifier l’abreuvement et l’alimentation. Les vaches doivent pouvoir circuler librement autour de l’abreuvoir, qui doit être suffisamment rempli et surtout être nettoyé régulièrement. Même constat pour l’alimentation, qui dans la mesure du possible ne doit pas être exposée en plein soleil, et être distribuée le matin tôt, ou le soir tard, afin de ne pas prendre la chaleur. Dans les prairies, les vaches doivent pouvoir s’abriter, idéalement sous un arbre, mais des haies et des voiles d’ombrage peuvent aussi être utilisés.

Favoriser la ventilation naturelle

Afin d’améliorer la ventilation naturelle, qui rafraîchit les bêtes et limite l’humidité, il est recommandé d’ouvrir le bâtiment. Mais cela peut faire entrer le soleil et augmenter le rayonnement. Une solution consiste à prolonger son toit, à l’aide d’un débord qui préservera l’ombre en bordure de bâtiment. Le rayonnement peut aussi passer par les panneaux de toit translucides, que les chercheurs conseillent de repeindre en blanc, à la chaux, pour laisser passer de la lueur en hiver, tout en limitant la chaleur en été. Ajouter des volets permet d’aérer tout en apportant de l’ombre, et isoler les façades permet de préserver la chaleur l’hiver et la fraîcheur l’été.

Enfin, dans les régions enclavées et très exposées aux chaleurs, la ventilation mécanique peut être envisagée, à la condition qu’elle serve à homogénéiser les conditions microclimatiques du bâtiment. En priorité, il convient d’équiper l’aire d’attente et l’aire d’alimentation, ainsi que les alentours du robot si la traite est robotisée. Enfin, dans des conditions très chaudes et sèches, un brumisateur peut être associé à la ventilation pour faire descendre de quelques degrés encore le ressenti des vaches.