Plan CASI : un milliard sur la table mais des doutes majeurs sur l'avenir
Annoncé le 4 septembre par la ministre de l'Agriculture, le plan « Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendies » (CASI) déploie plus d'un milliard d'euros pour secourir les trésoreries asphyxiées par une sécheresse estivale dévastatrice. Si ce soutien d'urgence permet de parer au plus pressé, l'ensemble du monde agricole dénonce le manque d'ambition structurelle et l'absence de perspectives à long terme, en particulier pour les jeunes installés.
Des liquidités d'urgence pour stopper l'hémorragie. Face aux cumuls de canicules qui ont frappé l'ensemble du territoire national, le gouvernement déploie une enveloppe globale d'un milliard d'euros. Le cœur du dispositif repose sur l'Indemnisation de Solidarité Nationale (ISN), dont le fonds de gestion des risques (FNGRA) reçoit 400 millions d'euros pour couvrir un besoin estimé à 520 millions d'euros. Pour injecter rapidement du cash dans les fermes, le plafond des acomptes d'ISN pour les assurés grimpe à 80 %, tandis que l'avance des aides PAC atteindra 75 %. Sur le plan fiscal et social, le plan octroie 300 millions d'euros de dégrèvement de taxe sur le foncier non bâti (TFNB) et 20 millions d'euros complémentaires de prises en charge de cotisations MSA. Enfin, un « fonds de réarmement » de 220 millions d'euros est confié aux préfets pour financer l'achat d'intrants ou de fourrages. Jocelyn Dubost, président de Jeunes Agriculteurs, résume l'ambivalence du secteur face à ces annonces : « Ce plan d’aide était nécessaire pour soulager les trésoreries qui sont dans le rouge pour de trop nombreuses exploitations. Néanmoins, si l’on veut installer des jeunes et continuer de produire demain, une prise de conscience accrue de la part du Gouvernement est nécessaire pour que l’agriculture ne soit plus dans la réaction, mais bien dans la planification de sa production face au changement climatique ».
La déception syndicale face à un plan jugé incomplet
Malgré la somme mobilisée, le monde agricole exprime de vives réserves face à des arbitrages jugés insuffisants et déconnectés des réalités du terrain. Pour la FNSEA, le compte n'y est pas, elle fustige un plan « déconnecté de la gravité de la situation », regrettant l'absence d'appui à la trésorerie via des reports d'échéances bancaires et qualifiant d'« insuffisante » l'enveloppe de 20 millions d'euros allouée à la MSA — bien loin des 170 millions d'euros mobilisés lors du gel de 2021 pour la seule viticulture — et le manque d'anticipation sur le versement des acomptes PAC.
Cette amertume est partagée par La Coopération Agricole et son président Jean-Luc Duval, qui rappelle la priorité des mois à venir : « Un milliard d’euros permettra de répondre à une partie de l’urgence, mais la vraie bataille commence maintenant : préparer la prochaine campagne et remettre la France en capacité de produire ». De leur côté, les éleveurs de ruminants (FNB, FNPL, FNO, FNEC) dénoncent un indicateur satellite (l'Indice de production des prairies) défaillant face à des pertes réelles de fourrage dépassant parfois 50 %, et réclament des expertises de terrain systématiques ainsi qu'une aide d'urgence de 300 € par UGB. Pour La Coopération Agricole, si ce milliard d'euros traite une partie de l'urgence, l'enjeu majeur réside désormais dans la révision des contrats agroalimentaires pour adapter la filière aux baisses de volumes.
Les jeunes exploitants, grands oubliés de l’arbitrage ministériel
Au sein du réseau Jeunes Agriculteurs, le constat est particulièrement amer face à l'absence de dispositifs ciblés. Dans son communiqué, le syndicat dénonce vivement cette impasse : « Nous regrettons d’ailleurs qu’aucune mesure spécifique ne concerne les jeunes agriculteurs. Ils sont les grands oubliés de ce plan alors même qu’ils disposent des trésoreries les plus fragiles et qu’ils portent les investissements les plus importants ». Ignorer cette catégorie stratégique au moment où les charges explosent fait peser un risque critique sur l'avenir du secteur, d'autant que le texte fait l'impasse sur l'adaptation climatique directe : aucun investissement pour moderniser les bâtiments d'élevage face aux canicules ou pour financer la transition des systèmes de production. La dérogation sur les couverts végétaux (CIPAN) ou la prolongation des guichets d'aide pour le carburant et les engrais apportent du répit, mais ne remplacent pas une véritable vision d'avenir.
Un plan de relance incertain et des échéances sous tension
Alors que les premières indemnisations au titre de l'ISN pour les non-assurés doivent être versées dès le mois d'octobre dans 18 premiers départements reconnus, l'attention se tourne désormais vers l'avenir. Le gouvernement promet la présentation d'un « plan de rebond » dans les prochaines semaines pour préparer la suite et la campagne 2027, année où entrera en vigueur la réforme du calcul de la moyenne olympique sur 8 ans. Toutefois, la concrétisation de ces mesures structurelles reste suspendue aux arbitrages budgétaires du prochain projet de loi de finances et aux débats parlementaires à venir. Face à ces incertitudes, la profession agricole saura-t-elle obtenir les moyens d'une réelle adaptation climatique, ou le secteur devra-t-il basculer vers des actions syndicales de terrain pour faire entendre sa voix ?
