Maïs fourrage 2026 : des récoltes très précoces face à une sécheresse exceptionnelle
Sous l'effet combiné d'une sécheresse précoce et de vagues de chaleur répétées, la campagne 2026 de maïs fourrage s'annonce hors norme. Les experts d'ARVALIS anticipent un déclenchement très précoce des chantiers d'ensilage, imposant aux éleveurs une vigilance accrue pour préserver la valeur alimentaire de leurs fourrages.
L'année 2026 marque les esprits par des conditions climatiques extrêmes qui impactent lourdement la plaine agricole. L'absence prolongée de précipitations depuis la mi-mai, cumulée à trois épisodes caniculaires dès la fin mai et le mois de juin, a creusé des déficits hydriques très marqués. Face à ces contraintes, la floraison du maïs — étape capitale pour la formation des grains — a été très fortement perturbée sur les surfaces non irriguées.
Des chantiers d'ensilage engagés dès le début du mois d'août
Alors que le Stade Limite d'Avortement des Grains (SLAG)* est atteint dans les situations les plus précoces, l'évolution du taux de matière sèche (MS) s'accélère brutalement dans les parcelles. Selon les modélisations prévisionnelles d'Arvalis, l'atteinte du stade optimal de récolte (32% de MS plante entière) intervient en avance sur une grande partie de l'Hexagone, poussant de nombreux éleveurs à démarrer leurs chantiers dès la première quinzaine d'août. Les situations les plus dramatiques ont même contraint certains exploitants à ensimer dès le début du mois de juillet pour sauver ce qui pouvait l'être. Arvalis recommande toutefois d'interpréter ces cartes prévisionnelles avec une grande prudence.
- C’est le moment clé de la culture du maïs, atteint environ 3 semaines après la floraison femelle (250 degrés-jours).
Le stress hydrique altère le comportement habituel de la plante, rendant les modèles météo moins précis :
- Un diagnostic à la parcelle est indispensable : Une observation au cœur du champ est nécessaire pour évaluer le gabarit des plantes, le dessèchement des feuilles et le niveau de fécondation des épis.
- Le comptage des grains : Il ne devient réellement fiable que trois semaines après la floraison, une fois le SLAG dépassé.
La valeur alimentaire du maïs sans épi : comprendre pour mieux rééquilibrer
Dans les parcelles où l'avortement des grains est massif ou total, le maïs se retrouve dépourvu de son principal réservoir d'énergie : l'amidon (qui constitue habituellement prés de 500 % du rendement en fourrage). Pour autant, un maïs sans épi n'est pas dénué de valeur nutritive. Ses caractéristiques et ses points de vigilance s'articulent ainsi : Qualité de l'appareil végétatif : En l'absence de grains, la valeur énergétique (mesurée en UFL) repose intégralement sur la digestibilité des tiges et des feuilles. Les essais d'ARVALIS démontrent que la valeur énergétique globale ne décroche pas nécessairement si la digestibilité des fibres reste bonne. Teneur en azote : La teneur en Matières Azotées Totales (MAT) est fréquemment plus élevée en raison de l'effet de concentration lié à la baisse du rendement global. Risque de jus et de pertes : Un ensilage réalisé sur des plantes trop vertes ou très immatures risque de présenter un taux de MS inférieur à 25 %. L'écoulement de jus peut alors entraîner une fuite importante de nutriments. L'ajout d'un fourrage très sec au fond du silo permet d'absorber ces pertes.
Méthodologie et adaptation des rations pour la saison à venir
Afin de piloter l'alimentation des troupeaux durant l'hiver, la réalisation d'un échantillonnage précis le jour du chantier d'ensilage est recommandée. Prélever plusieurs poignées à chaque benne, les conserver au frais puis congeler ou envoyer l'échantillon rapidement à un laboratoire permettra de connaître la valeur réelle du fourrage récolté.
Selon les résultats d'analyse, l'ajustement de la ration s'orientera sur deux scénarios principaux :
- Si la digestibilité des fibres est correcte (> 69 %) mais l'amidon faible (< 20 %) : L'apport de fourrages fibreux et de concentrés riches en amidon permettra de compenser le manque de grain.
- Si la digestibilité des fibres est faible (< 69 %) et l'amidon très bas : La ration devra être redensifiée en énergie au moyen de céréales, de pulpes ou de coproduits. Ce type de fourrage sera prioritairement réservé aux animaux ayant des besoins nutritionnels modérés.
Point de vigilance : l'accumulation de nitrates
Le maïs ayant subi un stress hydrique intense autour de la floraison peuvent accumuler des nitrates dans leurs tiges. Bien que l'ensilage permette de réduire cette teneur de prés de 50 %, une transition alimentaire progressive reste conseillé pour éviter tout risque de toxicité chez les ruminants.