vaches et algues
Innovations
Sciences

Méthane des bovins : le pouvoir des algues

Alors que 70 % du méthane émis en agriculture provient de la digestion des ruminants, des chercheurs ont trouvé le moyen de le réduire de manière spectaculaire.

Les chiffres sont vertigineux : jusqu’à 82 % ! La baisse des émissions de méthane des vaches, lorsqu’elles consomment environ 80 g par jour d’aliment fabriqué à partir de l’algue rouge Asparagopsis, est un résultat agronomique particulièrement spectaculaire. L'étude a été publiée en mars 2021 dans la revue scientifique PLOSone et menée par une équipe américaine.

Car le milliard de vaches que compte la planète (auxquelles il faut rajouter les caprins et ovins) produisent lors de leur digestion, par fermentation entérique, de très importantes quantités de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone (même si sa durée de vie dans l’atmosphère est plus courte). Ce méthane représenterait à lui seul entre le tiers et la moitié des gaz à effet de serre de l’agriculture, et dans le contexte actuel de crise climatique, cela en fait l’un des principaux obstacles à l’acceptabilité sociale de la viande bovine.

C’est pourquoi ces scientifiques américains, dirigés par Ermias Kebreab, de l’Université de Californie à Davis, travaillent depuis des années à réduire ces émissions, aussi bien chez les races laitières que les races à viande. Ils ont commencé par tester les effets des algues en laboratoire, dans des fermenteurs imitant la digestion des vaches, puis ont entrepris de les valider sur le terrain, à l’aide d’un appareil qui échantillonne l’haleine des bovins lorsqu’ils viennent se nourrir à la mangeoire.

Lever un obstacle à l'acceptabilité de la viande bovine

Un premier travail sur des vaches laitières avait déjà montré, en 2019,  des baisses d’émissions de méthane de 67 % avec environ 250g d’algues quotidiennes dans l'alimentation. Mais ces baisses étaient obtenues au prix d’une réduction de la production laitière des animaux, qui mangeaient 10 à 30 % de moins avec l’aliment supplémenté en algues, par rapport à un aliment normal.

Cette fois-ci, les scientifiques ont réduit la dose d’algues (divisée par trois) et suivi des jeunes vaches à viande durant 21 semaines d’engraissement. Non seulement ils ont obtenu des baisses d’émissions impressionnantes (variant de 33 à 82 % selon la quantité d’algues administrée et le type d'alimentation des vaches, riche ou pauvre en fourrage), mais le résultat a été obtenu sans aucune modification de leur rythme de croissance, par rapport au reste du troupeau nourri « normalement ». Au contraire, l’efficacité de la conversion énergétique était améliorée d’environ 20 %, suggérant la possibilité d’économies substantielles en aliment pour l’éleveur.

Mais par quel miracle les algues rouges agissent-elles sur le système digestif de la vache ? Les scientifiques ne le savent pas exactement. Cependant ils ont constaté que la baisse des émissions de méthane s’accompagne d’une hausse de 750 % des émissions d’hydrogène par les vaches (l’hydrogène n’est pas un gaz à effet de serre et est plus ou moins sans impact sur l’environnement). Il est donc probable que la présence des algues modifie soit les populations de microbes du rumen de la vache, soit le métabolisme de ces microbes - vraisemblablement en bloquant une enzyme liée à la production de méthane, d'après les chercheurs.  

Les algues bloquent une enzyme digestive

« Lorsqu’un panel de consommateurs a testé la viande des vaches de notre étude, ils n’ont détecté aucune différence de qualité entre les viandes des animaux nourris avec les algues et les autres » écrit fièrement Ermias Kebreab dans la revue The Conversation  (idem pour le lait). 

Il n’en reste pas moins qu’avant de pouvoir utiliser vraiment cette découverte, il faudra encore beaucoup de travail. D’abord reproduire ces résultats dans d’autres environnements et avec d’autres races, puis, entre autres, résoudre les problèmes liés à la production d’algues à grande échelle et améliorer l’appétence du supplément. Mais à l’évidence, une piste prometteuse s’est ouverte vers une viande bovine plus écologique.