France et Espagne unies pour une PAC forte
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard et son homologue espagnol Luis Planas ont signé une déclaration commune à Madrid, le 1er octobre 2026. Ce texte vise à renforcer la coopération agricole bilatérale pour défendre une Politique Agricole Commune (Pac) ambitieuse face aux crises climatiques et géopolitiques.
Face aux tensions géopolitiques et au dérèglement climatique, les deux nations arrêtent une feuille de route partagée pour peser sur les négociations du prochain cadre financier européen (2028-2034) et défendre le modèle agricole européen. Le constat dressé par la France et l'Espagne est sans appel : les exploitations européennes traversent une période d'instabilité systémique. Les deux ministres pointent en premier lieu les répercussions du contexte international sur les coûts de production, notamment "la situation créée par le blocus du détroit d’Ormuz depuis le mois de mars dernier, et qui perdure", dont l'impact direct se fait sentir sur le prix des intrants comme "les engrais et le carburant".
À cette pression économique s'ajoutent des aléas climatiques extrêmes. Le document souligne que "les températures élevées et le manque de précipitations enregistrés cet été" ont lourdement affecté les rendements des cultures et la production animale. Pour Paris et Madrid, l'Union européenne se trouve à "un moment décisif pour sa sécurité alimentaire", déjà ébranlée ces dernières années par la crise sanitaire et l'agression de l'Ukraine par la Russie. L'alimentation, l'agriculture et l'élevage y sont réaffirmés comme des "composantes essentielles de l'autonomie stratégique, de la souveraineté et de la sécurité de l'Europe sur le long terme".
Une Pac robuste, commune et sanctuarisée
Face aux renégociations du cadre financier pluriannuel 2028-2034, les deux ministres fixent une ligne rouge claire : la future Politique Agricole Commune doit disposer d’une "enveloppe préservée et à la hauteur des enjeux". Cette ambition s'articule autour de plusieurs piliers fondamentaux :
Préservation du caractère commun : Annie Genevard et Luis Planas insistent sur la nécessité d'éviter la fragmentation du marché intérieur. Ils saluent les avancées dans les négociations visant à garantir "l’identité et la personnalité juridique propres à la PAC", évitant ainsi la dilution des règles dans des cadres régionaux ou nationaux qui créeraient des distorsions de concurrence entre exploitants.
Maintien du filet de sécurité économique : La déclaration réaffirme l'importance des outils historiques de soutien au revenu : l'aide découplée de base, les aides couplées (ciblées notamment sur l'élevage et les protéines végétales) ainsi que l'Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels (ICHN) pour préserver la production dans tous les territoires.
Gestion des crises et OCM : L'Organisation Commune des Marchés (OCM) doit rester "centrale" afin d'offrir des instruments réactifs et suffisamment dotés face à "la grande instabilité et volatilité des marchés agricoles".
Priorité aux transitions, à la santé et aux spécificités territoriales
Au-delà des aspects budgétaires, le partenariat franco-espagnol entend orienter les futurs dispositifs communautaires – notamment le futur Fonds européen de compétitivité et le programme Horizon Europe – vers les défis structurels du secteur :
Adaptation au changement climatique : Accélérer la recherche de solutions face à la perte de biodiversité, renforcer la résilience des masses d'eau, optimiser l'accès à l'eau pour l'agriculture, préserver la santé des sols et réduire la dépendance aux intrants critiques.
Santé animale et végétale : Mettre en œuvre une stratégie globale selon l'approche "One Health", passant par une surveillance accrue des risques émergents et un recours renforcé à la vaccination.
Agenda de réciprocité : Promouvoir les "mesures miroirs" afin de garantir que les produits importés respectent les mêmes exigences sociales et environnementales que celles imposées aux producteurs européens.
Spécificités des Outre-mer : Exiger le maintien d'un Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEI) à part entière, conformément à l'article 349 du TFUE, pour tenir compte des contraintes structurelles des régions ultrapériphériques.
En s'associant à la présidence irlandaise du Conseil de l'UE pour les phases finales de négociation, la France et l'Espagne entendent faire valoir une vision commune : celle d'une agriculture compétitive, simplifiée sur le plan administratif, assurant le renouvellement des générations et la juste rémunération des agriculteurs tout en réussissant sa transition écologique.