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Politique et société
France

Engagement des agricultrices au sein des OPA : des freins persistent

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, l’association des journalistes de l’agriculture et de l’alimentation (Afja) a organisé une table ronde sur « Les femmes en agriculture ». De nombreux sujets ont été abordés dont celui de l’engagement des agricultrices dans les organisations professionnelles agricoles.

Pour discuter de la place des femmes en agriculture et notamment au sein des organisations professionnelles agricoles (OPA), étaient conviées autour de la table une sociologue, une représentante du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation en charge de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, et bien entendu les premières concernées, à savoir des agricultrices engagées dans des OPA.

Une tendance à la féminisation des OPA, oui, mais à nuancer

Après avoir évoqué « une tendance à la féminisation dans les organisations professionnelles agricoles depuis les années 1990 », la sociologue Clémentine Comer a tout de même nuancé ce constat, en faisant remarquer l’effet « plafond de verre » ou « division sexuée verticale » qui empêche les femmes d’accéder aux plus hauts niveaux d’engagement des organisations. « Plus on monte dans les seuils d’engagement, moins les femmes sont présentes », constate la sociologue. L’autre phénomène soulevé par Clémentine Comer, appelé « paroi de verre » ou « division sexuée horizontale » consiste à ne pas retrouver de femmes dans « des mandats dits prestigieux », c’est-à-dire au sein d’instances influentes. Les femmes sont par exemple largement sous-représentées dans les coopératives agricoles, note la sociologue.

Par ailleurs, Clémentine Comer constate une instabilité dans les prises de mandat de la part des femmes. « On se rend compte que la féminisation est très discontinue au sein des organisations », indique-t-elle. Prenons l’exemple du syndicalisme régional FRSEA/JA, qui comptait 4,6 % de mandats féminins en 2005 pour atteindre 17,4 % en 2010 avant de redescendre à 12,5 % en 2015.

Les freins à l’engagement des femmes au sein des OPA

Selon Clémentine Comer, il y a plusieurs raisons à cette versatilité, dont « une forme d’épuisement militant chez les femmes ». Elle remarque par ailleurs qu’il y a « plus de femmes qui ne renouvellent pas leur mandat, avec des formes d’exit silencieuses peu interrogées par les organisations professionnelles ». « Peut-être aussi que le fonctionnement des institutions ne répond pas toujours aux attentes des femmes », avance quant à elle Françoise Liebert, en charge de l’égalité des droits entre les femmes et les hommes au sein du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Elle cite en exemple les « réunionites aiguës » ou les « réunions interminables qui ne débouchent sur rien ». « Les coopératives ont vraiment un travail à faire pour nous donner envie de venir et pour que ce soit attrayant » confirme Aurore Paillard, céréalière, productrice de safran et également secrétaire générale du syndicat Jeunes Agriculteurs de la région Bourgogne-Franche-Comté.

D’autre part, ajoute Clémentine Comar, l’évolution au sein d’une OPA passe bien souvent par « le consentement implicite de se rendre disponible et d’accepter le cumul des responsabilités, ce qui devient rapidement très chronophage ». Or, poursuit-elle, « les femmes ont souvent un emploi du temps plus contraignant que les hommes, sachant que la responsabilité des tâches domestiques et parentales leur incombe encore la plupart du temps beaucoup plus qu’aux hommes ». Françoise Liebert le confirme :

« Des études statistiques montrent que le métier d’agriculteur.trice est celui où il y a le moins de partage des tâches ménagères et parentales. »

Il y a selon Françoise Liebert un gros travail à faire sur ce sujet, tout comme sur celui de l’autonomisation économique des femmes. Rappelons que la possibilité de créer un Gaec entre deux époux ne date que de 2010 ! En 2021, le statut de conjoint collaborateur a été limité à 5 ans, justement pour que les conjoints collaborateurs, souvent des femmes, optent pour des statuts plus protecteurs en devenant chef.fe.s d’exploitation ou salarié.e.s.