El Niño : un choc climatique mondial aux répercussions agricoles majeures
Annoncé comme potentiellement le plus intense depuis 1950, l'épisode El Niño en cours fait peser une menace critique sur la sécurité alimentaire mondiale et les équilibres agricoles de plusieurs continents. Avec une anomalie thermique estimée entre +2,2 °C et +2,6 °C dans le Pacifique, ce phénomène aux proportions historiques bouleverse les régimes de précipitations et met à rude épreuve la résilience des filières agricoles à l'horizon 2027.
Une menace globale sur les récoltes et les cours agricoles. Le département américain de l’Agriculture (USDA) anticipe d’ores et déjà un recul de 2,7 % de la production mondiale cumulée de maïs, de blé et de riz pour la campagne 2026/2027. Les répercussions se font ressentir de manière contrastée selon les régions. En Asie du Sud et du Sud-Est, le déficit de la mousson pèse lourdement sur les cultures, menaçant de reproduire des pertes historiques estimées à 15 millions de tonnes pour le riz régional. En Afrique, la sécheresse pénalise le Kenya, dont la saison des pluies d’été assure habituellement 70 % de la production céréalière. En Amérique du Sud, la situation est contrastée : l'excès de précipitations menace d’inonder les cultures de soja et de maïs en Argentine, tandis que le Brésil fait face à un stress hydrique prononcé. Le président bolivien Rodrigo Paz a, lui, officiellement décrété l’état d’urgence national ce samedi 31 octobre en réaction aux dégâts climatiques – notamment une sécheresse extrême – causés par ce « super El Niño ». Pour les opérateurs économiques, cette contraction des rendements sur le café, le sucre et les oléagineux laisse entrevoir une forte volatilité des cours agricoles tout au long de l'année 2027.
Des situations régionales sous haute tension
Face à l’amplification de ce choc climatique, plusieurs zones géographiques subissent des impacts directs sur leurs équilibres socio-économiques et alimentaires. En Inde, face à une mousson déficitaire de 12 % touchant plus de la moitié du pays, le gouvernement a révisé à la baisse son objectif de production céréalière à 373,93 millions de tonnes. Les autorités incitent les agriculteurs à privilégier les légumineuses et les oléagineux au détriment des cultures trop gourmandes en eau. Les prévisions de crues massives en Somalie aussi font craindre un impact grave sur le secteur agropastoral. Près de 5,4 millions de personnes risquent de faire face à une insécurité alimentaire aiguë, menaçant directement les récoltes et le bétail de millions de ruraux. Dans le « Couloir sec » centraméricain, traversant le Guatemala, le Salvador, le Honduras et le Nicaragua, la sécheresse extrême décime le bétail et assèche les sols. La production de lait a chuté de 75 % dans certaines zones, et l'insécurité alimentaire menace de bondir de près de 50 % dans la région. Déjà fragilisé par les inondations majeures de 2025 qui ont causé plus de 1,2 milliard de dollars de pertes agricoles, le Pakistan fait face à des vagues de chaleur extrême et à une forte pression démographique. Islamabad réagit en investissant dans l'agriculture intelligente face au climat, l'efficacité hydrique et l'autorisation pérenne de l'importation de soja et de colza OGM pour l'alimentation animale.
Une lueur de résilience en Afrique du Sud
À l'inverse de ses voisins, le secteur agricole en Afrique du Sud aborde la saison 2026/27 dans une position bien plus solide qu'il y a dix ans. Grâce à un taux moyen de remplissage des barrages atteignant 95,5 % en août — contre 55 % lors de la crise de 2016 —, et à de meilleures techniques de conservation de l'humidité des sols, le pays amortit en partie le choc des fortes chaleurs annoncées, même si la vigilance reste de mise pour la pollinisation des céréales et les cultures maraîchères.