G7 agricole : « Passer de la gestion de l'urgence à la gestion plus prospective »
Réunis ce 19 octobre rue de Varenne, les ministres de l’Agriculture du G7 et le commissaire européen Christophe Hansen ont dressé un constat lucide : les chocs géopolitiques et climatiques qui secouent la planète ne relèvent plus de l’anomalie passagère, mais d’une instabilité structurelle. Face au renchérissement des engrais et aux blocages logistiques mondiaux, l'heure n'est plus aux réponses au compte-gouttes, mais à une refonte globale de nos sécurités alimentaires.
Sécuriser les approvisionnements et panser les vulnérabilités. La tonalité de cette réunion ministérielle du G7 Agriculture a d'emblée été fixée par la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, qui a rappelé l'impératif de dépasser le simple diagnostic d'étape : « La situation... ne s'est pas améliorée et nous devons réfléchir à la sécurisation de nos approvisionnements, mais aller au-delà et travailler à réduire les vulnérabilités de nos agricultures, et puis à améliorer aussi la résilience, l'efficacité de nos systèmes productifs. » Une ambition collective qui convoque à la fois l'innovation technologique, l'intelligence artificielle et l'agronomie fondamentale. Pour faire face aux sécheresses à répétition qui ont meublé l'été, l'enjeu réside notamment dans la santé des sols et leur capacité de rétention en eau. Le G7 entend ainsi structurer des travaux scientifiques conjoints, avec un point d'étape attendu en décembre prochain.
Sortir de l'angoisse de l'urgence géopolitique
Interrogée sur les tensions au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d'Ormuz — un verrou critique pour l'acheminement des intrants — la ministre a insisté sur la nécessité absolue d'anticiper les soubresauts du globe : « Nous ne pouvons pas être dans une gestion de crise permanente. Ça peut être des crises climatiques... des crises géopolitiques... L'idée, c'est vraiment de passer de la gestion de l'urgence à la gestion plus prospective pour que nos systèmes productifs puissent résister à l'ensemble de ces chocs. » Une vision partagée par le commissaire européen Christophe Hansen, qui a pointé du doigt l'interconnexion des crises actuelles, à commencer par le conflit russo-ukrainien et ses répercussions directes sur les marchés céréaliers et l'industrie des fertilisants. Devant les difficultés d'accès aux marchés historiques pour l'Ukraine et la demande de fonds formulée par Kiev, le commissaire a rappelé que l'Union européenne explore activement des corridors de substitution (via la Roumanie ou la Pologne), tout en reconnaissant que ces alternatives restent pour l'heure onéreuses.
Vers des solutions à 360 degrés
Pour parer aux pénuries et briser la dépendance excessive envers certains fournisseurs extérieurs, le G7 mise sur un arsenal de solutions diversifiées. D’abord, la diversification des sources et des marchés, afin de s’appuyer sur les producteurs majeurs réunis autour de la table du G7 tout en facilitant l'accès à de nouveaux partenaires. Ensuite, la mobilisation des ressources nationales et organiques, la valorisation accrue des effluents d'élevage et des fertilisants organiques s'impose comme un levier souverain incontournable pour s'affranchir des marchés fossiles. Également, l’innovation microbienne, dans l’optique d’explorer des technologies affranchies des contraintes énergétiques classiques. Et enfin, le renforcement des stocks stratégiques, à l'instar d'une police d'assurance, cette logique de précaution ne s'applique pas seulement aux engrais, mais s'étend également à la gestion de l'eau et aux stocks de fourrage, durement éprouvés par les récents aléas climatiques.
En actant le renforcement du partage de données agricoles et la collaboration étroite entre services vétérinaires, ce G7 agricole pose les jalons d'une doctrine renouvelée : faire de la sécurité alimentaire une forteresse mobile, agile et résiliente face aux incertitudes du monde moderne.