Symptômes de septoriose sur blé
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Céréales : quelles pistes pour alléger les programmes fongicides ?

Fini les programmes de protection systématiques contre les maladies. Il est possible de combiner résistances variétales, mesures agronomiques, adaptation au climat de l’année et recours à des outils d’aide à la décision, pour réduire l’utilisation de fongicides. Décryptage.

Pour Arvalis Institut du Végétal, les programmes de protection contre les maladies des céréales, et en particulier du blé tendre, peuvent s’alléger. Si la protection de la dernière feuille reste le traitement pivot du programme, les autres interventions, avant, au stade 1 à 2 nœuds, ou après, à la floraison, peuvent être évitées si la variété retenue, la pression de l’année ou les conditions climatiques le permettent.

Des variétés multi-tolérantes

Les variétés tolérantes à plusieurs maladies constituent le moyen le plus efficace pour réduire l’utilisation des fongicides. « Des variétés comme Fructidor, LG Absalon, Chevignon ou KWS Extase, affichent une excellente résistance aux maladies, qu’il s’agisse de septoriose ou de rouille, souligne l’institut technique. La place que ces variétés occupent dans la sole française montre à quel point les producteurs mettent déjà à profit ces progrès génétiques. » En Champagne, par exemple, elles occupent entre 60 et 80 % des surfaces de blé tendre. A contrario, il faudra « être particulièrement vigilant avec les variétés sensibles à la rouille jaune, comme Campesino ou RGT Sacramento », prévient Arvalis. Les attaques précoces de la maladie nécessiteront peut-être un contrôle spécifique plus tôt en saison.  

Les mesures agronomiques

Pour Jérôme Thibierge, spécialiste des maladies des céréales chez Arvalis, il est aussi possible de freiner le développement des maladies tout en limitant le nombre d’interventions fongicides, grâce à plusieurs leviers. En allongeant la rotation, par exemple, pour éviter le retour fréquent de la même culture dans une parcelle. Retarder la date de semis peut aussi jouer sur la pression des maladies, et notamment d’un champignon comme le piétin-verse. Christian Huyghe, directeur scientifique de l’Inrae, estime quant à lui que pour aider les céréales à se défendre contre les bioagresseurs, on peut de plus en plus s’appuyer sur la diversité, notamment avec les mélanges variétaux constitués de plusieurs variétés dotées de résistances différentes aux maladies.

S’adapter au contexte régional et de l’année

La possibilité de faire l’impasse sur l’un des traitements du programme doit aussi se réfléchir localement, en fonction de la nuisibilité potentielle des maladies. Si en Champagne, Arvalis estime la nuisibilité des maladies « modérée », en Bretagne ou en Basse-Normandie, elle atteint en moyenne plus de 25 q/ha pour les variétés sensibles, près de 20 q/ha, pour les profils moyennement sensibles, et 16 q/ha avec des variétés plus résistantes. Les conditions climatiques de l’année et la présence de la maladie sont aussi à prendre en compte. Et là, ce sont les bulletins de santé du végétal (BSV) et les outils d’aide à la décision (OAD) qui peuvent être très utiles, pour décider ou non d’intervenir.