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La diversification des cultures : une stratégie « gagnant-gagnant »

Une équipe franco-néerlandaise vient de réexaminer l’ensemble de la littérature scientifique décrivant les effets de la diversification agronomique. Elle y trouve des bénéfices spectaculaires.

Si la diversification des cultures fait couler beaucoup d’encre en ce moment, ses bénéfices exacts faisaient jusqu’à présent l’objet d’un certain flou, ce terme recouvrant des pratiques différentes, qui ont des avantages hétéroclites (agronomiques, paysagers, écologiques…), contestés par certains. Mais cette confusion vient enfin d’être dissipée par la publication, sous la direction de Damien Beillouin du Cirad et de David Makowski de l'Inrae, d’une impressionnante compilation d'articles de littérature scientifique. « Cela m’a pris deux ans et demi de travail, a confié Damien Beillouin à JA Mag. Nous avons sélectionné puis décortiqué et disséqué 95 méta-analyses, autrement dit synthèses d’études. Elles englobaient 54 554 expérimentations effectuées dans 85 pays, sur plus de 120 types de cultures ! Mais cela en valait la peine : nous avons maintenant des chiffres solides à montrer. »

Le verdict ? « D’abord, nous avons montré que dans l’ensemble, la diversification est bonne pour le rendement », indique Damien Beillouin. « Bien sûr on s’en doutait, c’était suggéré par la théorie, mais là c’est inscrit dans les chiffres : en moyenne, la diversification augmente la production de 14 %, donc c’est véritablement une stratégie gagnant-gagnant ». Mais d’autres bénéfices sont encore plus spectaculaires : dans les systèmes diversifiés, le contrôle des ravageurs et des maladies sont augmentés en moyenne de 63 %, la qualité de l’eau de 51 %, celle du sol de 11 % !

La production est augmentée de 14 %

Ces chiffres sont évidemment des moyennes, qui recouvrent une grande diversité de situations. Pour y voir plus clair, les chercheurs ont classé les pratiques de diversification en cinq grandes familles, ce qui a permis de différencier précisément leurs effets. Ils ont ainsi distingué l’agroforesterie ; les couvertures végétales ; les rotations de cultures ; les cultures associées et les mélanges variétaux - et ont observé l’impact de chacune de ces pratiques.

« Au final, c’est l’agroforesterie, de tous les modes de diversification, qui apporte les bénéfices les plus importants pour la production, précise le chercheur, avec une amélioration de 35 % de la production, et de 19 % pour la qualité du sol. » L’introduction de haies est la forme d’agroforesterie la plus performante agronomiquement (+84 % de production), suivie par la culture pérenne sous ombrage (+40 %). Pour le contrôle des ravageurs, ce sont les couvertures végétales qui sont les plus performantes (125 %), ainsi que les cultures associées (+66 %), qui font mieux que l’agroforesterie (mais cette dernière n’a pas à rougir, avec une amélioration de 59 %).

À noter que les mélanges de variétés d’une même culture, par exemple le blé, constituent la forme de diversification la moins performante : elle améliore le rendement, mais n’a pas d’autres bénéfices, « sans doute parce que c’est la pratique qui diversifie le moins le système », note Damien Beillouin.

L'agroforesterie remporte la palme

Naturellement, aucune étude ne répond à toutes les questions. « Nous avons trouvé peu de résultats solides documentant les effets de la diversification sur la stabilité des rendements », regrette le chercheur. La théorie, ainsi qu’un certain nombre de résultats suggèrent en effet que les systèmes diversifiés résistent mieux aux événements extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, excès de pluies etc.) que leurs homologues simplifiés. Mais la science s'est trop peu intéressée à cet aspect, et il faudra davantage de recherches pour véritablement le démontrer. « C’est un point important pour s’adapter au réchauffement climatique, souligne Damien Beillouin, nous espérons que ces données seront produites dans les toutes prochaines années. »