Énergie : l’État active des leviers d’urgence
Confronté à une hausse rapide des charges, le secteur agricole fait face à de nouvelles annonces gouvernementales. Entre soutien immédiat et promesses structurelles, les syndicats jugent la réponse encore insuffisante au regard de l’ampleur de la crise.
Interrogée le 24 mars sur BFMTV, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture a dévoilé une série de mesures destinées à amortir la hausse des coûts de l’énergie et des intrants. En toile de fond, un contexte international tendu, marqué notamment par la fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une part importante des engrais mondiaux. Résultat : une flambée des prix du gazole non routier (GNR) et des fertilisants. Depuis le début du conflit en Iran, le GNR est passé de 1,28 € à plus de 1,71 € le litre, tandis que les engrais ont progressé de 15 %, atteignant 517 € la tonne. Une hausse brutale qui pèse directement sur les trésoreries des exploitations.
Pour y répondre, le gouvernement active plusieurs leviers immédiats, dont un report de cotisations sociales, notamment auprès de la MSA, étalement de certaines échéances fiscales et mise en place d’un prêt carburant de court terme. « Nous mettons en place un prêt carburant à court terme pour soulager les trésoreries (…) et il n’y a pas, à ce jour, de difficultés de disponibilité », a précisé la ministre. L’exécutif rappelle également le maintien d’un soutien fiscal au GNR, estimé à près d’un milliard d’euros par an. « La solidarité nationale n’est pas absente », a insisté Annie Genevard.
Des mesures structurelles encore attendues
Au-delà de l’urgence, une enveloppe de 500 millions d’euros de prêts est mobilisée pour accompagner la restructuration financière des filières les plus fragilisées. L’objectif est de permettre un rééchelonnement des dettes dans une crise appelée à durer. Le gouvernement annonce aussi un futur « grand plan engrais », destiné à sécuriser les approvisionnements et à renforcer la production sur le territoire. Selon le cabinet de la ministre, ce plan s’articulera autour de deux axes : la décarbonation des outils industriels et le développement des capacités nationales. Un chantier de moyen terme, alors que 90 % des engrais pour 2026 sont déjà achetés, reportant de fait les effets à 2027.
Ces annonces suscitent des réactions mitigées. Sur X, Pierrick Horel a estimé qu’« il faut revoir la copie », appelant à « une stratégie aux niveaux français et européen à la hauteur de la crise ». De son côté, la FNSEA souligne que « l’annonce d’un futur plan stratégique va dans le bon sens, mais elle ne répond en rien à la crise immédiate ». Pour les organisations agricoles, si ces mesures traduisent une prise de conscience, elles restent encore en décalage avec l’urgence vécue sur le terrain.