Économie

Écophyto 2030 : Baisse affichée de 47 %

À l’occasion du récent point d’étape sur la stratégie Écophyto 2030 réunissant l'ensemble des acteurs du secteur, le gouvernement et les industriels ont salué la nette régression de l'indicateur de risque européen HRI1. Un constat d'avancement jugé néanmoins trompeur par les ONG environnementales, qui remettent en question la méthode de calcul.

Fauchage.

Lors de la réunion d'étape présidée par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard et la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, les derniers chiffres officiels de la stratégie Écophyto 2030 ont été présentés. Selon les données publiées par le ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, la France enregistre une baisse de 47 % de son Indicateur de Risque Harmonisé 1 (HRI1) pour l'année 2024 par rapport à la période de référence (2011-2013). Ce résultat rapproche la France de l'objectif de réduction de 50 % fixé à l'horizon 2030. Cependant, sur un an, l'indicateur repasse de 50 en 2023 à 53 en 2024. Le ministère explique cette légère hausse ponctuelle par des conditions météorologiques particulièrement pluvieuses au printemps 2024, ayant entraîné une forte pression des maladies fongiques (mildiou, oïdium) et des adventices, nécessitant un recours accru à certains herbicides et fongicides des groupes 2 et 3.

La satisfaction et les appels à l'innovation des industriels

Du côté des fabricants de produits phytosanitaires, réunis au sein de Phyteis, ces résultats témoignent des efforts engagés sur le terrain. L'organisation professionnelle souligne également une amélioration qualitative majeure. Les ventes de substances CMR1 ont quasiment disparu, tandis que la part des substances CMR2 est tombée de 27 % en 2009 à 16 % en 2024. S'appuyant sur cette dynamique, Phyteis demande un ciblage prioritaire des moyens vers la diffusion des solutions d'avenir. « Notre objectif doit être clair : permettre aux agriculteurs de protéger leurs cultures avec les solutions les plus adaptées et avec les meilleurs profils de risque, sans créer de nouvelles impasses de production », a rappelé Yves Picquet, président de Phyteis. L'organisation appelle à concentrer les efforts du plan Écophyto sur le biocontrôle, les biostimulants, le numérique et l'accompagnement technique sur le terrain.

La méthodologie HRI1 sous le feu des critiques des ONG

Si le gouvernement et la filière industrielle se félicitent de cette trajectoire, le tableau dressé est vivement contesté par les ONG environnementales (Générations Futures, WWF France, FNH, Humanité et Biodiversité, FNE). Celles-ci qualifient cette baisse d'affichage de « trompe-l'œil », pointant du doigt l'indicateur HRI1 adopté au printemps 2024 en remplacement de l'indicateur Nodu. Contrairement au Nodu — qui rapporte les volumes de substances vendues aux doses de référence appliquées à l'hectare —, le HRI1 pondère les quantités par des coefficients de dangerosité sans prendre en compte les doses réelles d'application par hectare. En s'appuyant sur le Nodu, toujours calculé par les services statistiques, les ONG soulignent que l'usage des pesticides affiche au contraire une hausse de 13 % en 2024 par rapport à 2009. De plus, à l'échelle européenne, la baisse moyenne du HRI1 atteint 59 %, plaçant la progression française en deçà de la moyenne de l'Union.

Une révision méthodologique en discussion à Bruxelles

Conscient des limites et des interrogations soulevées par les modes de calcul, le gouvernement avait mandaté l'INRAE pour analyser les pistes d'amélioration de l'indicateur européen. L'institut de recherche a remis son rapport au premier trimestre 2025, rendu public au mois de mai suivant.

Alors que les associations écologistes demandent instamment d'introduire la notion de dose à l'hectare et d'ajuster les coefficients de pondération, le ministère de l'Agriculture confirme que « les discussions relatives à l’amélioration de l’indicateur HRI1 se poursuivent à l’échelle européenne ». Un chantier technique et politique déterminant pour garantir la transparence et la crédibilité des transitions agricoles à venir.