Innovations

Croissance du bio : éviter les écueils

Avec sa croissance à deux chiffres, le bio fait des envieux. Mais comment conserver ses atouts, notamment une plus juste rémunération au producteur, alors que le marché prend une nouvelle dimension ?

Les étales de légumes d'un magasin bio.

Les chiffres de l'Agence bio parlent d'eux-même : 8,3 Mds d'€ de produits bio ont été vendus en 2017 en France. Le territoire compte 36 691 exploitations bio, pour 1,74 Mha, en hausse de 13 % par rapport à 2016. Une hausse qui porte à 6,5 % la part de la SAU en bio. Et ce n'est pas fini : la demande continue de croître et la loi issue des États généraux de l'alimentation (EGA) prévoit qu'en 2022, la restauration collective devra proposer 20 % de bio. Mais ce développement exponentiel ne va pas sans inquiétudes : le bio tombera-t-il dans les travers du conventionnel, avec des prix qui ne rémunèrent pas le producteur et un rapport de force en faveur de l'aval ? « On entend des affirmations comme : " Une fois sorti d'un marché de niche, vous allez finir comme les autres ", affirme Florent Guhl, à la tête de l'Agence bio. Mais ce n'est pas inéluctable. »

Jouer collectif

Pour le moment, la situation est favorable, avec une demande supérieure ou égale à l'offre pour quasiment toutes les productions. Jean Buet est directeur de la Cocebi, une coopérative bio historique basée en Bourgogne : « Pour l'instant, c'est facile, car il n'y a pas assez de marchandises. Mais, sur certaines cultures, il arrive que l'on se retrouve avec des produits qui ne trouvent pas preneur. » Hors de question de baisser les prix : « On joue sur les stocks. Et surtout, on travaille en amont pour produire uniquement ce dont le marché à besoin. » Un système qui fonctionne car tout le monde joue le jeu. « L'important, c'est de ne pas perdre l'organisation mise en œuvre jusqu'à présent entre les acteurs de la filière, estime Élodie Betencourt, en charge des dossiers bio à l'APCA. C'est le cas par exemple de la commission bio chez Terre Univia, qui travaille sur le suivi de l'offre et de la demande. L'enjeu, c'est que les nouveaux arrivants soient intégrés à ces réseaux, pour co-construire ensemble le développement de la bio. Emmener un maximum de monde est dans l'intérêt de tous. »

Car l'arrivée de nouveaux acteurs inquiète. La grande distribution notamment est regardée avec méfiance, avec des politiques de prix qui font grincer des dents. « On voit dans certains supermarchés des œufs bio moins cher que des œufs plein air, alors qu'ils coûtent plus cher à produire, pointe Florent Guhl. Pour l'instant, ce ne sont pas les producteurs qui payent. Mais le risque, c'est que ce soit le cas plus tard. Et cela habitue le consommateur à des prix bas. » D'autres initiatives de la GMS sont plus positives, à l'image de Carrefour et de ses approvisionnements contractualisés en blé français (lire ci-dessous).

Faire valoir la bio française


En fond se pose la question de la concurrence des importations, sur laquelle les angles d'attaque sont pluriels. Pour Étienne Gangneron, vice-président de la FNSEA en charge de la commission bio, il faut se servir de notre système de certification : « Sa notoriété est très bonne, c'est une plus-value et un réel attrait pour beaucoup d'opérateurs, y compris en Allemagne par exemple. Ils savent qu'en France, la certification est bien appliquée. » À l'Agence bio, Florent Guhl mise sur la sensibilisation des consommateurs à l'empreinte écologique et au développement des territoires. Et pour Guillaume Riou, président de la Fnab, « pour asseoir la production française, il faut la développer. »

La création d'un label français est évoquée, même si le projet n'est pas mûr. Faut-il mettre un cahier des charges derrière ? Créer une marque privée commune à tous les acteurs ? « Sans doute faudra-t-il passer par une labellisation française plus exigeante, mais ce n'est pas encore une nécessité absolue vu la demande galopante, juge Guillaume Riou. Cela dit, il faut l'anticiper. » Ensuite, il faudra encore se mettre d'accord. Et multiplier les labels et les marques fait courir le risque de perdre le consommateur. En attendant, reste à défendre le cahier de charges européen, comme l'a fait avec succès la France en 2017, en bataillant notamment sur les dérogations aux contrôles annuels. « On part d'un bon modèle, avec une valeur créée au niveau du consommateur qui revient plus au producteur, il faut le conserver », résume Florent Guhl.