« Bien installer les jeunes, c'est leur donner les moyens … »
Le 30 juin dernier, le président du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, Jérôme Durain, a officialisé la revalorisation de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA), qui passera de 45 000 à 65 000 euros dès septembre prochain. Salué par les Jeunes Agriculteurs Bourgogne-Franche-Comté (JA BFC) pour son soutien à la trésorerie de départ, ce record national vise à répondre au défi majeur du renouvellement des générations. Effort budgétaire, aléas climatiques, arbitrages du FEADER et blocages administratifs : Jérôme Durain a accordé un entretien exclusif à JA Mag pour défendre sa feuille de route.
Au-delà de l'effet d'annonce, quelle est la trajectoire budgétaire globale de la Région pour assumer cette hausse, et combien d'installations espérez-vous financer chaque année ?
Jérôme Durain — Notre objectif n'est pas seulement d'installer davantage de jeunes agriculteurs, c'est surtout de bien les installer. Cela signifie leur donner les moyens de construire des exploitations solides, viables et pérennes, capables de traverser les aléas économiques et climatiques. Nous avons fait le choix prioritaire d’investir dans le renouvellement des générations : c'est le meilleur placement que nous puissions faire pour l'avenir de notre agriculture. Cette revalorisation, fruit d’une concertation étroite avec l’ensemble de la profession, s’inscrit dans un remaquettage de l’enveloppe régionale du FEADER. Nous avons fait le choix concerté de donner la priorité absolue à l’installation, plutôt qu’à l'abondement des enveloppes de modernisation ou de diversification. C’est un choix porté par la profession et pleinement soutenu par la Région.
Comment la Région garantit-elle que ces 20 000 € supplémentaires suffiront à pérenniser ces fermes ?
Jérôme Durain — Personne n’imagine que la Région pourra, à elle seule, absorber la hausse globale des coûts d’installation. En revanche, nous pouvons réduire le risque au moment le plus critique : celui du démarrage. C'est précisément ce que nous faisons. Ces 20 000 € supplémentaires ne régleront pas tout, mais ils feront la différence dans la construction d’un plan d’entreprise moins contraint, tout en rassurant l’ensemble des partenaires financiers, à commencer par les banques. L'installation est une responsabilité collective : la Région prend sa part, et la profession doit prendre la sienne pour que cette revalorisation ne bénéficie pas qu’aux cédants, mais permette véritablement aux jeunes de se lancer plus sereinement.
Que répondez-vous aux syndicats qui pointent du doigt la lenteur administrative du Conseil régional ?
Jérôme Durain — Je comprends cette attente. Oui, nous avons connu des difficultés sur certains dispositifs du FEADER, personne ne le nie. Mais il ne faut pas tout confondre. La DJA, qui concerne directement l'installation des jeunes, a toujours été traitée comme une priorité absolue par la Région et n'a quasiment jamais accumulé de retard. Concernant les aides à la modernisation, la dynamique est désormais engagée : les paiements montent en puissance et ce rythme va s'accélérer à l’approche de la fin de la programmation.
La DJA a aussi pour vocation d'encourager la diversification, l'agroécologie et les circuits de proximité. Conditionnez-vous plus fermement l'accès à cette dotation de 65 000 € à des critères environnementaux stricts ?
Jérôme Durain — Ce montant de 65 000 € constitue un plafond : la dotation s'articule autour d'un montant de base auquel s'ajoutent des modulations cumulables. Ces modulations ne sont pas automatiques et leur attribution dépend de critères précis favorisant la diversification, l’agroécologie et les circuits courts. À titre d'exemple, la modulation « agroécologie », d'un montant de 5 000 €, est attribuée pour la création ou la reprise d’un atelier en agriculture biologique, ou pour l’engagement dans une démarche remarquable favorisant l’autonomie et la résilience de l’exploitation.
Les jeunes qui s'installeront début 2027 ont besoin de visibilité : le dispositif d'instruction est-il armé pour absorber ce flux de demandes sans créer de nouveaux embouteillages administratifs ?
Jérôme Durain — Conforter le renouvellement des générations pour maintenir une agriculture régionale forte est notre objectif commun. La Région mettra tous les moyens nécessaires pour gérer l’augmentation du volume de demandes que nous appelons de nos vœux. Comme je le rappelais, ce dispositif a toujours été priorisé. Les outils, les procédures et les équipes sont aujourd’hui stabilisés, de l’instruction des demandes jusqu’au versement des aides. La Région aura pleinement la capacité d’absorber cette hausse des dossiers.