Volaille-chair : comment satisfaire la demande ?
Le poulet est devenu l’an passé la première viande consommée en France. La demande est soutenue et pourtant, la filière s’interroge sur sa capacité à accompagner cette croissance.
Avec 10 500 élevages, une production de 1,72 millions de tonnes équivalent carcasse (tec) dont 72 % de poulet et des outils d’abattage performants, la filière volaille-chair française reste un poids lourd du secteur en Europe. Elle se place au troisième rang des producteurs de poulets derrière l’Espagne (1,5 million tec) et la Pologne (2,43 millions tec). La consommation de cette viande bon marché a nettement accéléré ces dernières années (31,8 kilos par an et par habitant en 2024). Elle dépasse désormais la viande de porc (30,8 kilos) qui caracolait en tête depuis des années. Une fois déduites les viandes exportées (environ 400 000 tec par an), la France doit en importer de l’ordre de 800 000 tec pour satisfaire sa demande (2,18 millions tec). Ces importations approvisionnent l’industrie et la RHD principalement, pas le frais qui reste contrôlé par l’origine France demandée par le consommateur. Pour autant, c’est un peu plus d’un poulet consommé sur deux (51,4 %) qui est importé.
L’interprofession pousse à la construction de 400 nouveaux poulaillers d’ici 2030
Sur ce marché en croissance, il y a donc du potentiel de développement pour la production domestique. L’interprofession volaille de chair (ANVOL) table d’ailleurs depuis 2024 sur la construction de 400 nouveaux poulaillers d’ici à 2030 (80 par an) pour « enrayer les importations de façon significative et permettre aux français de consommer des volailles françaises ». L’ANVOL demande en parallèle aux consommateurs d’exiger « l’origine de leurs volailles (…) en restauration (et d’accepter) l’installation de poulaillers sur leurs territoires ».
Toutefois, cette dynamique volontariste se heurte à la réalité du terrain. La volaille-chair est une filière « qui attire peu les jeunes, constate Clément Blanchard, référent du secteur aux JA national. Non seulement la formation agricole met peu en avant l’aviculture, mais les délais d’instruction des dossiers sont trop longs (deux à cinq ans). Et les banques regardent toujours à deux fois avant de financer un projet avicole. »
Retrouver de l’attractivité
Clément Blanchard ajoute un point fondamental à ses yeux : le manque de rémunération des producteurs en France. Cet éleveur vendéen regrette que l’indice ITAVI qui sert de référence technique et économique dans la construction du prix payé au producteur « ne prenne pas en compte l’inflation des prix que l’agriculture a subi ces dernières années en entretien, énergie ou assurance. » Cet indice a été construit pour refléter les variations de coûts des matières premières composant l’aliment donné aux volailles, pas les autres charges qui prennent une place plus importante dans le coût de production.
Autre crainte exprimée par les professionnels : le Mercosur. « L’Europe importe chaque année entre 300 000 et 400 000 tec des pays du Mercosur, principalement du Brésil, explique Yann Nédélec, directeur de l’ANVOL. Avec 180 000 tec supplémentaires à taux nul, il peut y avoir un risque d’une plus grande déstabilisation du marché. Il faut savoir qu’un quart des filets de poulet consommés en Europe est importé à 3 euros du kilo contre 7 pour le filet européen. » Parvenir à construire 400 nouveaux poulaillers d’ici à 2030 créerait 160 000 tec de production nationale supplémentaire. À condition d'obtenir « une simplification administrative pour relever le seuil IPCE à 85 000 équivalents volailles contre 40 000 en France ».