Viticulture : l'Europe et l'État rouvrent les vannes de la distillation de crise pour purger les excédents
Face à un marché des vins rouges et rosés structurellement engorgé, FranceAgriMer ouvre une seconde fenêtre de dépôt du 16 au 30 juin 2026. L'objectif est de consommer les 40 millions d'euros d'aides européennes pour transformer les excédents en alcool industriel.
La détresse des vignobles français de vins rouges et rosés s'offre un second répit technique. Après une première phase d’engagements clôturée le 21 mai dernier, l’établissement public FranceAgriMer a officialisé la réouverture, depuis le mardi 16 juin à midi, de sa Plateforme d’acquisition des données (PAD). Les producteurs, caves coopératives et négociants ont désormais jusqu’au mardi 30 juin 2026 à midi pour envoyer une partie de leurs stocks invendus à la chaudière.
Cette décision, publiée officiellement le 11 juin, répond à un constat pragmatique : l’enveloppe globale de 40 millions d’euros, promise le 10 janvier 2026 par le ministère de l'Agriculture et abondée par la réserve de crise de l’Union européenne, n’a pas été intégralement consommée lors de la première session printanière. Dans un contexte de baisse significative des cours et d’effondrement de la commercialisation, cette enveloppe résiduelle offre une bouée de sauvetage complémentaire pour assainir un marché lesté par des stocks jugés critiques.
Une purge encadrée pour les rouges et les rosés
Le dispositif cible exclusivement les volumes de vins rouges et rosés (qu’ils soient sous signe de qualité AOP, IGP ou sans indication géographique) qui étaient détenus par les opérateurs au 31 juillet 2025, date de la déclaration de stock (CVI). Pour cette seconde période, les volumes déjà engagés en mai sont naturellement déduits du plafond éligible.
Le vin doit afficher un titre alcoométrique minimal.
Le produit doit être livré en vrac aux distillateurs agréés.
Le volume minimal par apporteur est fixé à 30 hectolitres.
Financièrement, les conditions demeurent inchangées par rapport au premier tour : l'aide totale s’élève à 33 € par hectolitre. Cette somme se ventile à hauteur de 30 € pour les viticulteurs ou metteurs en marché, et 3 € pour le distillateur au titre des coûts de transformation. FranceAgriMer rappelle toutefois qu'en cas de sur-souscription globale par rapport au reliquat budgétaire, un coefficient stabilisateur (un rabotage proportionnel des volumes) pourra être appliqué.
De la bouteille au réservoir : une valorisation non alimentaire
Une fois les dossiers instruits et validés par les distillateurs – une phase qui s'étendra jusqu’au 10 juillet 2026 – les contrats seront officiellement notifiés. C’est à cette seule condition que le droit à l’aide est ouvert. Le calendrier prévisionnel impose ensuite une cadence logistique serrée : les opérations de collecte, de distillation et d’expédition des alcools devront impérativement être achevées avant le 30 septembre 2026.
Conformément aux exigences de Bruxelles, les alcools issus de cette opération exceptionnelle perdront toute vocation alimentaire. Ils seront exclusivement réorientés vers des débouchés industriels ou énergétiques, notamment pour la production de bioéthanol ou de produits chimiques. Les distillateurs auront ensuite jusqu'au 10 octobre pour transmettre les justificatifs douaniers et électroniques (DAE, EMO), ouvrant la voie à un versement final des aides aux viticulteurs avant la fin de l’année 2026.
Le volet d'un plan social et structurel plus vaste
Si cette mesure apporte de l'oxygène à court terme, la profession rappelle que la distillation de crise ne règle pas l’équation structurelle de la déconsommation de vin en Europe. En 2023, une enveloppe massive de 200 millions d'euros avait déjà dû être mobilisée pour détruire plus de 4 millions d'hectolitres, avec des compensations alors bien plus généreuses (allant de 45 € à 75 €/hl selon les catégories).
Cette enveloppe de 40 millions d'euros pour 2026 s'inscrit en réalité en complément d'un plan de sortie de crise beaucoup plus radical présenté par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard lors du dernier salon Sitevi. Ce plan intègre notamment le grand programme d’arrachage définitif de vignes, qui s’est clôturé en mars dernier. Ce volet structurel va sceller le retrait définitif de la carte viticole française de 27 929 hectares de vignes d’ici le 31 décembre 2026, moyennant une prime d'arrachage de 4 000 € par hectare (soit un effort budgétaire de 111 millions d'euros). Entre destruction des stocks et réduction définitive du potentiel de production, le vignoble français tente douloureusement de redimensionner son offre face à un marché en pleine mutation.