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Une sécheresse qui rappelle celles de 2003 et 2016

Même si les orages ont apporté localement de l’eau, la première moitié de l’année 2022 restera dans les mémoires comme très sèche, avec une récolte qui s’annonce très hétérogène selon les régions.

Soja souffrant de sécheresse

« Moins de 40 q/ha en orge d’hiver, guère plus de 40 q/ha en blé, et autour de 20 q/ha en colza », voilà comment un jeune agriculteur du Tarn résume sa récolte 2022 qu’il a envie d’oublier le plus rapidement possible. Ailleurs, la moisson a démarré avec des rendements qui oscillent entre catastrophiques et satisfaisants. Tout dépend s’il a plu ou pas, et à quelle date en fonction du stade des cultures. Ceux qui ont eu la chance de pouvoir irriguer leurs céréales à paille, leur colza ou leurs pois tirent aussi leur épingle du jeu.

Une sécheresse qui dure

« Les printemps 2020 et 2021 avaient été marqués par un stress hydrique précoce et intense en début de montaison, avant le retour des pluies fin avril ou courant mai », constate Arvalis - Institut du végétal. Mais cette année, malgré quelques orages dont certaines régions ou secteurs ont pu bénéficier, la sécheresse s’est poursuivie en mai et juin. Pour couronner le tout, la France a enregistré la semaine du 13 au 18 juin une canicule précoce exceptionnelle… « Un scénario qui rappelle la sécheresse historique de 1976 », estime Serge Zaka, agroclimatologue chez ITK (entreprise d'agri-intelligence et d'agriculture connectée). Résultat, les températures excessives pour un mois de juin ont accéléré la maturité des céréales qui étaient déjà en avance. La moisson a démarré 10 à 15 jours plus tôt que l’an dernier.  

Des rendements très hétérogènes

Les rendements nationaux en orge d’hiver sont estimés par le ministère de l’Agriculture à 65 q/ha en moyenne, contre 68,5 q/ha en 2021, mais avec de grandes variations selon les régions. Dans la région Centre-Val de Loire, très touchée par la sécheresse, il table sur un rendement moyen en orge d’hiver de 64 q/ha contre 73 q/ha en 2021.
Toujours selon Agreste, en colza, le rendement national moyen diminuerait légèrement à 32,6 q/ha en 2022 contre 33,5 q/ha en 2021. Il reculerait surtout dans le Centre et l’Ouest, où le manque d’eau s’est davantage fait sentir. Si le ministère de l’Agriculture ne se prononce pas encore sur les autres céréales, Arvalis estime que la maturité des blés était suffisamment avancée pour qu’ils ne soient trop touchés par la canicule de juin. Les organismes-stockeurs sont en revanche plus inquiets concernant les orges de printemps.

Irrigation limitée

De même, des cultures de printemps comme le soja, le tournesol, les betteraves ou les pommes de terre, non irriguées et qui n’ont pas eu d’eau, souffrent aussi beaucoup de la sécheresse. Pour les cultures de printemps qui sont traditionnellement irriguées, en particulier le maïs, ce sont les restrictions d’eau qui font craindre pour le potentiel de production. Au 14 juin 2022, 36 départements sont déjà concernés par des mesures de restriction de l'usage de l'eau et d'irrigation, et 16, sont en situation de vigilance.