Le président de la République Emmanuel Macron, lors de son allocution à Terres de Jim 2022.
Politique et société
France

Terres de Jim 2022 : Emmanuel Macron présente son plan pour un pacte d’orientation et d’avenir agricole  

Le président de la République s’est rendu, vendredi 9 septembre, à Terres de Jim, la grande fête agricole organisée par Jeunes Agriculteurs. Face à l’urgence du climat et du RGA, il a partagé sa feuille de route qui vise à créer un pacte d’orientation et d’avenir agricole dont une partie serait traduite sous la forme d’une loi prévue au premier semestre 2023. Emmanuel Macron a également communiqué sur les derniers arbitrages de la réforme de la gestion des risques, en confirmant le budget et en précisant les seuils techniques de prise en charge, jusque-là en suspens. 

Comme en 2021 lorsqu’il s’était rendu pour la première fois à Terres de Jim, la pluie est tombée lors de la visite du président de la République le vendredi 8 septembre. Mais à l’instar de 2021, celle-ci n’est pas tombée toute seule. Plusieurs annonces ont en effet été prononcées par l’actuel locataire de l’Élysée. Sa visite, de plus de cinq heures, a été principalement marquée par des échanges tenus à huit clos avec les représentants de la profession agricole, et en particulier avec les JA.

Après les rencontres menées portes fermées, Emmanuel Macron a fait une allocution d’une heure et demie environ durant laquelle il a présenté sa feuille de route ciblant la création d’un pacte d’orientation et d’avenir agricole qui devra être prêt, d’après lui, avant la fin du premier semestre 2023. Il a, à ce titre, reparlé concrètement d’une loi d’orientation et d’avenir agricole. De plus, il a communiqué sur la réforme assurantielle qui s’appliquera à partir du 1er janvier 2023, en levant le voile sur les derniers paramétrages techniques qui restaient à définir.

Gestion des risques : un budget et des seuils validés

Dans un contexte de sécheresse historique et à quelques mois seulement de l’entrée en vigueur de la nouvelle réforme de la gestion des risques qui présentait, encore récemment, des trous dans la raquette le président Macron se savait attendu sur le sujet de l’assurance-récolte. À Terres de Jim, il a confirmé le financement de la réforme avec un budget annuel de 600M€ intégrant une rallonge possible de 80 M€. Dans le cas où les besoins dépasseraient les 680 M€, une « clause de revoyure » s’appliquera a indiqué Emmanuel Macron, impliquant de réunir une nouvelle fois l’ensemble des acteurs autour de la table afin de « prendre de nouveaux engagements ». « L’État ne peut pas être un payeur aveugle », a-t-il ainsi prévenu. Au sujet des derniers paramétrages techniques, qui ont fait l’objet d’âpres calculs et généré des discussions animées, le président a confirmé que le « sacrosaint » triptyque « 20/70/90 », poussé par la profession agricole, est bien celui retenu. En clair, un seuil de déclenchement des pertes à 20 %, un taux de subvention à 70 % et un taux d’indemnisation par le fonds de solidarité nationale à hauteur de 90 % pour les assurés dans le cas où les pertes dépassent le seuil de déclenchement du fonds de solidarité nationale de la filière concernée.

Avec cette nouvelle réforme, Emmanuel Macron espère créer « un appel d’air » et réussir enfin, à augmenter le taux de pénétration de l’assurance récolte.

Eau : le « Varenne » comme fil rouge

Sur le sujet sensible de la gestion des ressources en eau, le président a tenu un discours aligné sur les propositions découlant du Varenne de l’eau. Il souhaite qu’« on dépassionne les débats » et qu’une réflexion se concrétise sur les actions à mettre en place pour mieux retenir l’eau de pluie et sur la réutilisation des eaux usées. À ce titre, il a annoncé qu’un texte sur le sujet sortira d’ici la fin d’année.

EGA : E. Macron se dit prêt à aller plus loin

Lors de son discours, le président Macron a abordé la loi Egalim 1 puis 2. Il a souligné son engagement à vouloir « appliquer la loi avec fermeté dès le début des négociations commerciales » en rappelant les sanctions massives qui s’appliquent dans le cas contraire. « Et si on n’est pas au rendez-vous, on peut aussi changer profondément nos textes » a-t-il affirmé, se disant tout à fait enclin à aller plus loin si nécessaire. « S’il n’y a pas de revenu, il y a des fermetures d’exploitations, des décapitalisations en lait et viande et donc pas de RGA » a conclu le président de la République sur ce volet.
 

Un pacte d’orientation et d’avenir agricole basé sur quatre axes

« Il faut donner de la visibilité à notre jeunesse », c’est par ces mots que le président de la République a introduit la séquence de présentation de sa feuille de route qui cible la constitution d’un pacte d’orientation et d’avenir agricole d’ici juin 2023. Ce pacte se fonde sur les quatre axes suivants : formation/orientation, transmission, installation/foncier, transition. Le président a ainsi partagé sa vision de l’agriculture française de demain en livrant plusieurs pistes pour la rendre plus résiliente aux multiples changements, qu’ils soient d’ordre climatique, économique ou sociétal.

En vue de constituer ce pacte, Emmanuel Macron a appelé tous les acteurs à entamer d’ores et déjà une phase de concertation sur six mois. À cette échéance, une loi d’orientation et d’avenir devrait voir le jour, courant premier semestre 2023.

+20M€ sur l’enseignement agricole et création d’un réseau d’incubateur

Sur le volet orientation et formation, Emmanuel Macron a annoncé une aide de 20 M€ destinée à l’enseignement agricole et financée par le fonds de compétence du plan France 2030. Objectif : investir dans les formations dédiées aux nouveaux besoins : hydraulique, robotique, etc. Avec cette enveloppe, E. Macron veut aussi créer un « statut d’expert associé » pour des personnes qui viendraient intervenir dans les écoles. Une mesure, parmi d’autres, qui vise à répondre à la transformation des métiers.

En outre, Emmanuel Macron veut mettre en place « d’ici un an, un réseau d’incubateur d’entrepreneurs du vivant » dont le financement sera « intégré au projet de loi de finances » qui sera présenté début 2023.

Le volet transmission est celui où le président s’est montré le moins loquace, rappelant simplement la nécessité de la faciliter et de généraliser la transmission des exploitations à des profils non issus du milieu agricole. « Il faudra faire des propositions très concrètes pour renforcer le dialogue entre les générations […] construire les bons instruments pour encore une fois donner de la visibilité » a-t-il expliqué, invitant les responsables des organisations agricoles présents dans la salle à « travailler aussi » à des propositions concrètes.

Soutenir le portage du foncier et accompagner la transformation des usages

Le président a annoncé vouloir mettre en place un « fonds entrepreneur du vivant doté de 400 M€ ». Insistant sur le rôle clé des territoires, ce fonds devra, selon lui, être élaboré en étroite collaboration avec les régions. Il servira à soutenir le portage du foncier, un dispositif dont le but est de soulager les jeunes installés en « lissant le coût de la charge ». Les 400 M€ seront également utilisés pour investir dans la « transformation des usages ». Très souvent en effet, lorsqu’un jeune reprend une exploitation, les outils de production ne sont que trop peu adaptés aux nouveaux besoins ; le coût de la reprise est alors bien plus conséquent. « Ces fonds seront à différencier en fonction des besoins des régions », a indiqué le président.

« Stress test climatique » et vision de l’agriculture de demain

Le quatrième volet de ce pacte concerne la transition et l’adaptation au changement climatique. L’occasion pour le président Macron de développer sa vision de l’agriculture du futur. « Vous ne ferez peut-être pas la même agriculture que celle de vos parents » a-t-il d’entrée déclaré, arguant que le climat, les modes de consommation et les besoins sociétaux évoluent. Sur ce volet, Emmanuel Macron dit vouloir investir à la fois dans la recherche et dans la réalisation de cartographie destinées à aider les jeunes qui s’installent à mieux anticiper les changements. Il a notamment parlé de la création d’un « stress test climatique à intégrer au parcours de l’installation ».

Ce « stress test climatique » servira, selon lui, à diagnostiquer en profondeur chaque exploitation, en évaluant la qualité des sols, le degré de chaque risque encouru, etc. Objectif : donner de la visibilité au jeune installé, lui permettre de mieux anticiper et de faire des choix plus judicieux concernant le type de cultures, le système d’irrigation ou encore les investissements.

La visite du président Macron a été très bien accueillie par Jeunes Agriculteurs et la profession agricole dans son ensemble. « Le fait qu’il revienne montre l’attachement qu’il porte aux jeunes agriculteurs et à l’agriculture française en général. Soyons fiers de le recevoir », a ainsi déclaré Arnaud Gaillot, président de Jeunes Agriculteurs.

Emmanuel Macron à Terres de Jim 2022.
Emmanuel Macron à Terres de Jim 2022.