Session RGA 2026 : construire l’installation de demain, collectivement
Du 3 au 5 février, 150 jeunes agriculteurs du réseau Jeunes Agriculteurs se sont réunis à Paray-le-Monial, en Saône-et-Loire, pour la session nationale dédiée au renouvellement des générations en agriculture (RGA). Un temps de travail collectif autour d’un enjeu central cette année : quel diagnostic modulaire voulons-nous pour demain ?
Située au cœur du Charolais, dans le sud-ouest du département, la ville de Paray-le-Monial a accueilli cette session dans un territoire directement concerné par l’enjeu du RGA. « En Saône-et-Loire, près de 1 400 agriculteurs ont aujourd’hui plus de 57 ans, sur environ 6 000 exploitants, pour seulement 80 installations aidées par an en moyenne », informe Maxime Bonnot, Président JA71. Un déséquilibre démographique qui donne tout son sens aux travaux engagés.
Au cœur de cette session, le renouvellement des générations en agriculture, un combat historique pour Jeunes Agriculteurs. « Un thème évident, qui a fait l’unanimité, pour accompagner au mieux les jeunes qui s’installent », a rappelé en clôture Pierrick Horel, président du syndicat. Dès l’ouverture de la session, Julien Rouger, vice-président de Jeunes Agriculteurs en charge de l’installation, a rappelé le cap : « Le renouvellement des générations n’est pas un slogan. C’est un combat syndical de long terme qui anime Jeunes Agriculteurs depuis la création du syndicat. » Un fil rouge assumé, dans un contexte de fortes mobilisations agricoles.
Car, comme il l’a souligné, « on ne peut pas demander aux jeunes de s’installer dans un système qui ne tient plus ». Conditions économiques, simplification, reconnaissance du métier, adaptation au changement climatique : l’installation ne peut être pensée indépendamment de ces réalités. La session RGA s’est ainsi voulue un temps de construction, pour transformer les constats en leviers d’action.
LOSARGA : un cap politique à traduire sur le terrain
Les travaux s’inscrivent pleinement dans le prolongement de la LOSARGA, promulguée en mars 2025, qui fait du RGA un pilier structurant de la politique agricole française. Pour Julien Rouger, cette loi marque un tournant : « Elle ne règle pas tout, mais elle fixe un cap et ouvre des perspectives concrètes pour l’installation et la transmission. »
Encore faut-il en réussir la mise en œuvre. France Services Agriculture et le diagnostic modulaire constituent, à ce titre, deux piliers centraux. « France Services Agriculture n’est pas une réponse technocratique. C’est une réponse syndicale à une réalité de terrain », a-t-il insisté, appelant le réseau JA à s’en saisir pleinement.
Diagnostic modulaire : un outil au cœur de la session
Thème central de l’édition 2026, le diagnostic modulaire a structuré une grande partie des ateliers et des débats. L’objectif est de proposer un outil capable de s’adapter à la diversité des projets. « Il n’y a pas un seul type d’installation. Les parcours sont multiples », a rappelé Julien Rouger.
Installations progressives, reconversions, hors cadre familial, projets évolutifs : le diagnostic modulaire doit permettre d’éclairer les choix sans enfermer les porteurs de projet. « Il doit permettre de réfléchir et de sécuriser les projets, sans jamais les figer », a-t-il précisé. Structuration du projet, stress test climatique, performance économique, outils de production, environnement, formation et module social ont ainsi été travaillés, avec la volonté de faire émerger des propositions concrètes. « Ce module amène enfin des réflexions sur tous les aspects de la vie sur et hors de la ferme », a renforcé Pierrick Horel. Les ateliers ont permis de faire émerger des propositions concrètes, avec l’ambition de rendre l’outil opérationnel rapidement. Deux régions, le Grand Est et l’Occitanie, seront mobilisées pour une phase test, notamment autour du stress test climatique et de la viabilité économique des exploitations.
« Décloisonner pour mieux accompagner »
Autre temps fort, la table ronde dédiée à France Services Agriculture a réuni syndicats, chambres d’agriculture, centres de gestion et agriculture biologique. Un constat partagé s’est dégagé : les parcours d’installation restent trop souvent morcelés et peu lisibles. « Il faut décloisonner, mieux se parler et lever les préjugés », ont insisté les intervenants. D’où la nécessité de mieux coordonner les acteurs, d’harmoniser les messages et de clarifier les rôles, notamment autour du conseiller de niveau 2, pensé comme un facilitateur au service du porteur de projet.
Une session de fond, portée par la force du réseau
Au-delà des ateliers, la session RGA s’est aussi jouée dans les échanges informels. Discussions du soir, repas partagés et temps de réseau ont pleinement participé à la dynamique collective. « Participer à une session nationale JA, ce n’est pas cocher une case dans un agenda : c’est un engagement syndical fort », a rappelé Julien Rouger. Un esprit largement souligné par Andrea Marguin, animatrice syndicale et événementielle des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire : « Les trois jours se sont très bien passés. Le mot qui résume cette session, c’est l’ambiance réseau. Ça fait du bien de se retrouver. Nous sommes très satisfaits de ce que nous avons proposé et des retours positifs reçus. »
Trois jours pour poser des bases solides, affiner les outils et préparer les prochaines étapes. Avec une conviction partagée : le renouvellement des générations ne se décrète pas. Il se construit, collectivement, sur le fond comme sur le terrain. « Ces travaux alimenteront nos propositions que nous porterons ensemble », a conclu Pierrick Horel, évoquant déjà les prochains chantiers : réforme de la PAC, financement des outils pour les jeunes, déploiement de France Services Agriculture et montée en puissance du diagnostic modulaire.