Sdage : « …victimes du réchauffement climatique, nous sommes aussi des connaisseurs »
Ce mardi 28 avril 2026, les grilles de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne à Orléans ont vibré sous la détermination de 150 agriculteurs. Venus d’une quinzaine de départements, de la Haute-Loire à la Charente-Maritime, ils réclament une réécriture profonde du futur Schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage). Parmi eux, Sylvain Marcuard, référent eau des JA Centre-Val de Loire, a porté la voix d'une profession qui refuse d'être spectatrice de sa propre fin.
Le Sdage n'est pas qu'un document administratif de plus ; c'est la boussole qui fixera la gestion de l’eau pour la période 2028-2033. Pour les agriculteurs présents, la version actuelle est une impasse rédigée loin des réalités du terrain. Sylvain Marcuard est catégorique sur la méthode employée jusqu'ici : « Aujourd’hui, il est impensable qu’on puisse écrire un Sdage sans que derrière la profession agricole soit consultée et qu’en aucun moment les préconisations des 125 points qui sont sortis du Sdage, notre ligne rouge, ne soient pas modifiés. »
Le contresens de la sobriété hivernale
Au cœur de la contestation, le terme de « sobriété » cristallise toutes les tensions, notamment dans les articles 5 et 6 du projet. Pour les manifestants, JA et FNSEA, cette vision est déconnectée des impératifs de souveraineté alimentaire. Sylvain Marcuard explique que si le partage de la ressource est compréhensible en période de tension, la règle ne peut être uniforme toute l'année : « Qu’on ait du mal à partager l’eau durant l’été, pourquoi pas. Mais l’hiver, il y en a suffisamment pour tout le monde donc il faut qu’on arrive à pouvoir la retenir et la garder pour s’en servir en été. »
Cette incompréhension technique s'étend également à la gestion des terres. Le projet prévoit de renforcer les zones humides, ce qui implique souvent un dédrainage des parcelles, une mesure que le référent JA qualifie « d'aberration complète ». Selon lui, le drainage a été conçu pour faciliter la filtration et ralentir l’écoulement afin d'éviter que toute l’eau ne se retrouve en pied de vallée trop rapidement lors des gros abats d'eau.
Un sursis de trois mois pour réécrire
La pression syndicale a finalement permis d'obtenir un report de trois mois pour la soumission du texte, désormais fixée en début septembre. Ce délai est perçu comme une opportunité cruciale « pour reformuler les articles litigieux en tenant compte de la nécessité d'une eau disponible en quantité toute l'année ». Les dix représentants agricoles du bassin ont désormais la lourde charge de transformer ce projet en un document cohérent pour la profession.
« Vous êtes des victimes du réchauffement climatique, mais nous sommes aussi des connaisseurs », rappelle Sylvain Marcuard, soulignant que l'expertise paysanne est indispensable pour bâtir une résilience réelle. La vigilance reste toutefois maximale. Un point d’étape est prévu le 2 juillet à Clermont-Ferrand. Si à cette date les contraintes de sobriété restent inchangées, les agriculteurs promettent une nouvelle mobilisation avant la consultation publique de novembre. Pour les JA, le message est clair : l'eau de demain ne s'écrira pas sans ceux qui la maîtrisent au quotidien.