Politique et société

Plan national « Agir pour restaurer la nature »

Transmis à Bruxelles par le gouvernement, le projet de Plan national « Agir pour restaurer la nature » (PNRN) fixe la feuille de route française jusqu’en 2030. Un texte stratégique pour l’agriculture, qui couvre près de la moitié du territoire national, mais qui suscite l’attente et la vigilance des organisations professionnelles.

Plan national « Agir pour restaurer la nature », présenté le 14 octobre par la ministre de la Transition écologique.

Dévoilé par le ministère de la Transition écologique, ce plan découle directement du règlement européen adopté en juin 2024. Pour le monde agricole, les enjeux sont considérables : « la moitié de la production végétale repose sur la régulation naturelle des sols, et 70 % des cultures alimentaires dépendent des insectes pollinisateurs », un service évalué à deux milliards d’euros par an pour la ferme France. Pourtant, les indicateurs soulignent une dégradation préoccupante des milieux ruraux. La France a perdu plus de 20 000 kilomètres de haies par an entre 2017 et 2022, les prairies permanentes ont fondu de 14,1 à 8,7 millions d'hectares depuis 1970, et les oiseaux des milieux agricoles ont chuté de 44 % depuis 1989. Face à ce constat, le gouvernement affiche l'ambition de concilier souveraineté alimentaire et régénération écologique, rappelant que « la restauration d’écosystèmes fonctionnels préserve les facteurs de production des exploitations agricoles sur le long terme ».

Objectifs chiffrés et moyens budgétaires

Pour inverser la tendance d'ici 2030, la France s’engage à couvrir quatre millions d'hectares par des mesures de restauration, soit 13,8 % de la surface agricole utile (SAU). Le dispositif s'articule autour de trois axes majeurs : le soutien à l'élevage herbager et extensif, le développement des haies et des mosaïques paysagères, ainsi qu'une réduction ciblée des engrais minéraux et des produits phytopharmaceutiques. Parmi les objectifs quantifiés figurent l'atteinte de 21 % de la SAU en agriculture biologique, la plantation nette de 50 000 kilomètres de haies, l'augmentation de 10 % de l'indice des oiseaux agricoles et la restauration de 82 144 hectares d'habitats agropastoraux dans les zones Natura 2000. Pour accompagner cette transition, l'État mobilise un budget annuel compris entre 916 et 991 millions d'euros pour les seuls milieux agricoles, en s'appuyant sur les mesures agroenvironnementales et climatiques (MAEC) de la Pac, les aides au bio, les paiements pour services environnementaux (PSE) et le programme Agrifaune.

Entre incertitudes réglementaires et vigilance syndicale

Malgré ces ambitions financières, le monde agricole et les organisations professionnelles s'interrogent sur les règles concrètes qui encadreront l'application de ce plan. Le flou persiste notamment autour de la gestion des haies, d’autant que le décret d’application de la loi d’orientation agricole de mars 2025 sur ce sujet se fait toujours attendre. Les exploitants redoutent « de nouvelles contraintes administratives, des obligations de déclaration ou des restrictions sur la modification de la structure de leurs parcelles », comme la conversion de prairies pour cultiver du maïs ou du blé. Du côté des associations environnementales, les critiques vont dans un autre sens : elles saluent la transmission du plan mais regrettent l'absence de mesures nouvelles d’ici 2030, pointant une baisse des crédits publics dédiés à la biodiversité et une contradiction avec d'autres orientations politiques. Pour les syndicats agricoles et les exploitants de terrain, « l'enjeu sera désormais d'exiger des clarifications pour que la restauration des écosystèmes ne devienne pas une charge supplémentaire, mais un levier réel de résilience face aux crises climatiques ».