Politique et société

Loi d’urgence agricole : un texte pour solutionner la crise

Présenté en conseil des ministres le 8 avril par Annie Genevard, le projet de loi pour la protection et la souveraineté agricoles entend répondre, en six mois, à la crise qui traverse le monde agricole. Un texte technique, construit au pas de charge, qui privilégie des solutions concrètes pour lever les blocages du quotidien.

Présentation en Conseil des ministres du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles.

Une réponse politique à la crise agricole. Pensé dans le sillage des mobilisations de l’hiver, le texte assume son caractère d’urgence. « Une loi de solutions opérationnelles, construite pour et avec les agriculteurs », insiste la ministre. En 23 articles, le gouvernement veut répondre aux attentes exprimées sur le terrain, avec un calendrier resserré : examen au Parlement dès mai, pour une adoption espérée avant l’été. La philosophie est claire : agir vite, sans refonder l’ensemble des politiques agricoles. « Les agriculteurs veulent des solutions concrètes, visibles, pour que leurs projets soient débloqués », résume la ministre dans les colonnes d’Ouest France.

Eau et élevage : lever les freins à la production

Premier levier, celui de l’eau, devenu central dans un contexte de dérèglement climatique. Le texte vise à accélérer les projets de stockage, en simplifiant les procédures et en sécurisant juridiquement les porteurs de projets. « Il faut mettre un terme à la guerre de l’eau », tranche Annie Genevard, plaidant pour une approche plus pragmatique face aux tensions locales. Concrètement, les autorisations pourraient être facilitées, les règles de compensation adaptées, et le préfet disposerait de marges de manœuvre accrues pour débloquer certains projets. L’objectif est double : sécuriser l’accès à la ressource et apaiser les conflits d’usage. Même logique sur l’élevage. Le gouvernement prévoit d’alléger le cadre réglementaire pour favoriser les installations et les modernisations. « Libérer la capacité de production en préservant l’environnement », résume la ministre.

Protéger les agriculteurs et leurs outils

Deuxième pilier : la protection. Le texte renforce l’arsenal contre les vols en milieu agricole, désormais considérés comme une circonstance aggravante. « La sanction passera à 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende », précise Annie Genevard, face à un phénomène qualifié de fléau. Le projet de loi s’attaque également au foncier. Il vise à limiter les contournements des règles via certains montages juridiques et à mieux encadrer les compensations liées aux projets d’aménagement. « Je veux que ces compensations ne se fassent pas sur des terres agricoles fertiles », insiste la ministre. La question de la prédation est aussi intégrée, avec une gestion nationalisée des quotas de loups, afin de mieux prendre en compte l’intensité des attaques sur les troupeaux.

Souveraineté alimentaire : réguler et structurer

Troisième axe, plus stratégique : la souveraineté alimentaire. Le texte introduit des « contrats d’avenir » pour planifier la production à horizon dix ans, filière par filière. Objectif : adapter l’offre agricole aux besoins, dans un contexte de concurrence internationale accrue. Sur ce point, le gouvernement assume un tournant plus offensif. « Tous les produits traités avec des substances interdites par l’Union européenne pourront être proscrits », affirme Annie Genevard, visant explicitement les distorsions de concurrence. La restauration collective est également ciblée, avec une volonté de privilégier les approvisionnements français et européens. « Je veux faire de nos cantines des vitrines du patriotisme alimentaire », revendique la ministre.

Un texte pragmatique, mais déjà contesté

Reste que ce projet de loi, s’il se veut pragmatique, suscite déjà des réserves. Sur l’eau notamment, plusieurs acteurs redoutent un affaiblissement de la gouvernance locale au profit du préfet. Les ONG, elles, pointent un risque de recul environnemental. Le gouvernement assume un équilibre délicat : « libérer le quotidien des agriculteurs, sans rien renier de la protection de l’environnement ». Jeunes Agriculteurs accueille favorablement l’orientation du texte, notamment sur les contrats d’avenir, tout en appelant les parlementaires à renforcer sa cohérence et son efficacité sur le terrain. « Cette loi d’urgence ne doit pas devenir un catalogue de mesures sans cohérence, mais une réponse concrète aux attentes des jeunes agriculteurs », réagit le syndicat sur X. Un compromis qui sera au cœur des débats parlementaires dans les semaines à venir.