Politique et société

GNR : Des mesures « clairement insuffisantes, partielles et sans ambition structurelle »

Face à la flambée des coûts de l’énergie, le gouvernement a dévoilé un plan d’urgence pour soutenir les secteurs les plus exposés. Mais derrière la réaction immédiate des Jeunes Agriculteurs, c’est une critique plus profonde qui se dessine : celle d’une réponse sans cap, incapable de répondre aux fragilités structurelles du secteur.

Livraison de gas-oil GNR chez un agriculteur.

Une réponse jugée marginale. Présenté le 27 mars par Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique aux côtés de Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, le plan de soutien entend répondre à la crise énergétique qui frappe les filières agricoles. D’un coût estimé à 70 millions d’euros pour le mois d’avril, il prévoit notamment une exonération totale de droit d’accise sur le gazole non routier (GNR), pour un effort de 14 millions d’euros. Pensée comme une mesure immédiate, limitée dans le temps, la réponse gouvernementale vise à « préserver et accompagner immédiatement les secteurs directement impactés ». Une logique d’urgence assumée. Mais sur le terrain, elle peine à convaincre.

Un décalage entre l’urgence et la réalité économique

Dans son communiqué, Jeunes Agriculteurs pointe d’abord un écart chiffré : « depuis le début de la guerre, le prix du Gasoil Agricole a augmenté de près de 70 centimes », quand l’aide annoncée représente « moins de 4 centimes du litre ». Une réponse jugée « ridicule », face à une situation devenue « insupportable ». Mais au-delà des chiffres, c’est la mécanique économique globale qui est en cause. « Les prix agricoles […] ne sont pas au rendez-vous », souligne Quentin Le Guillous, secrétaire général Jeunes Agriculteurs rendant ces aides ponctuelles insuffisantes pour absorber le choc. Le constat est clair pour lui : « l’addition des charges — énergie, engrais — se heurte à des marchés dégradés, notamment en céréales ». Dans ce contexte, « de nombreux agriculteurs seront contraints d’arrêter leur production », alerte le syndicat. « Depuis deux ans, plusieurs filières — céréales, viticulture, arboriculture — sont confrontées à des difficultés croissantes. La hausse des charges vient accentuer des équilibres économiques déjà fragilesCertaines exploitations pourraient ne pas tenir dans les 12 à 18 mois », prévient le secrétaire général. Une échéance qui donne à la crise actuelle une dimension structurelle.

Une critique de fond : l’absence d’anticipation

La réaction de Jeunes Agriculteurs ne se limite pas à une demande d’aides supplémentaires. Elle traduit une critique plus structurelle de l’action publique. « Aujourd’hui, le gouvernement n’anticipe rien pour l’avenir », estime Quentin Le Guillous, dénonçant une succession de mesures « court-termistes ». Pour le syndicat, la crise actuelle révèle une dépendance persistante aux énergies fossiles et aux intrants importés, en particulier les engrais. Une vulnérabilité déjà mise en lumière en 2022, lorsque certaines exploitations avaient été confrontées à des pénuries de gaz pour le séchage des récoltes. « On ne demande pas de multiplier les aides, mais de construire des solutions durables », insiste le secrétaire général. Une ligne qui explique le positionnement des JA ; au-delà de l’urgence, c’est l’absence de cap qui cristallise la critique.

Repenser le modèle énergétique agricole

Dans cette perspective, Jeunes Agriculteurs défend un changement de stratégie. Le syndicat plaide pour un investissement massif dans les énergies produites sur les exploitations : biométhane, carburants végétaux, électricité. « Il faut investir massivement dans l’énergie produite sur nos exploitations », avance Quentin Le Guillous, évoquant notamment le développement d’un GNR d’origine végétale, qui pourrait être exonéré de fiscalité pour accélérer son déploiement. L’objectif est double, selon lui, « relocaliser la production énergétique et sécuriser les approvisionnements ». Autrement dit, passer d’une logique de compensation à une logique de transformation.