Sur le terrain

Femmes en agriculture : un plan pour changer d’échelle

Présenté le 23 février au Salon international de l’Agriculture, le plan national en faveur de la place des femmes en agriculture décline 41 mesures autour de six axes. Porté par Annie Genevard et Aurore Bergé, il ambitionne de faire sauter les verrous qui freinent encore l’installation, l’engagement et la reconnaissance des agricultrices.

Présentation, ce 23 février, du plan national en faveur de la place des femmes en agriculture

Un cap politique assumé. Sur le stand du ministère, le message se veut clair. « Mon ambition est simple : faire de l’agriculture un secteur où les femmes trouvent pleinement leur place, où leur engagement est reconnu, où leur avenir est prometteur », affirme Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire. Le plan est l’aboutissement de plusieurs mois de concertation : groupes de travail, organisations professionnelles et 3 500 contributions citoyennes. À la clé, 41 mesures structurées en six axes, couvrant l’ensemble des étapes de la vie professionnelle : orientation, formation, installation, statut, conditions de travail et engagement dans les instances.

Pour Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, l’enjeu dépasse la seule égalité. « Sans les femmes, il n’y aura pas d’avenir agricole. Parce qu’elles sont déjà là, compétentes, engagées. » Derrière l’affichage, un dispositif de suivi est annoncé : indicateurs précis, comités de pilotage réguliers associant les acteurs du monde agricole, évaluation annuelle. L’exécutif promet un plan mesurable, et non déclaratif.

10 agricultrices ont intervenues, toutes ont participées au groupe de travail qui est à l’origine du plan.
10 agricultrices ont intervenues, toutes ont participées au groupe de travail qui est à l’origine du plan.

Rendre visibles celles qui sont déjà là

Premier axe : la visibilité. Communiquer sur les parcours, les productions, les métiers exercés par des femmes. Faire connaître des trajectoires, susciter des vocations. « Il s’agit d’abord de rendre plus visible la place des femmes dans l’agriculture, afin que chacune puisse se projeter dans ce secteur essentiel », insiste la ministre de l’Agriculture. Deuxième levier : l’école. Le plan entend lutter contre les stéréotypes dès l’orientation, ouvrir toutes les voies de formation aux jeunes filles et encourager leur présence dans l’ensemble des filières.

Installation, statut, conditions de travail : les angles morts

Au-delà de l’image, le texte s’attaque à des réalités plus structurelles : accès au foncier, transmission, sécurisation du statut, amélioration des conditions de travail, accompagnement dans le quotidien. L’installation et la transmission font l’objet d’un axe dédié. Pour Annie Genevard, « faire de la place des femmes une priorité, c’est affirmer une conviction forte : sans elles, le renouvellement des générations est impossible ».

Le plan prévoit également un renforcement de l’accompagnement, un travail sur la reconnaissance des statuts et des droits sociaux, ainsi qu’une meilleure représentation dans les instances agricoles.

L’engagement comme moteur

Aurore Paillard, agricultrice céréalière engagée dans la diversification et élue aux Jeunes Agriculteurs et Marine Boyer, présidente de la Fédération nationale des Cuma et agricultrice en Aveyron.

Parmi les participantes au groupe de travail, Aurore Paillard, agricultrice céréalière engagée dans la diversification et élue aux Jeunes Agriculteurs, voit dans ce plan un signal positif, mais appelle à la vigilance : « Maintenant, ce qui reste, c’est de tenir le calendrier, de mettre tout le dispositif à échéance et de le suivre. » Elle lance aussi un appel aux professionnelles : « Nous demandons aux agricultrices d’être présentes pour accompagner les futures installées, d’être des mentors, d’aller témoigner dans les écoles pour montrer que ce métier est féminin autant que masculin. » 

Marine Boyer, présidente de la Fédération nationale des Cuma et agricultrice en Aveyron, insiste sur la dimension collective. « C’est une fierté de faire partie de ce groupe de travail à l’origine de l’initiative. Ces actions vont mettre en lumière la place des femmes dans les instances. » Pour elle, la formation demeure la clé. « Aujourd’hui, l’engagement se conjugue autant au masculin qu’au féminin. C’est une affaire de sens. Les organisations doivent clarifier leurs projets pour donner envie aux jeunes de s’engager. » Elle espère que ce plan constituera « un élan pour d’autres causes féminines dans l’agriculture ».

Au fond, l’exécutif pose un principe : reconnaître que l’agricultrice, autant que l’agriculteur, incarne l’avenir du modèle français. Dans un contexte de renouvellement des générations et de tension sur les installations, la question n’est plus seulement celle de l’égalité. Elle devient stratégique. Faire une place pleine et entière aux femmes, c’est consolider la souveraineté alimentaire.