DNC : l’Espagne et le Kosovo rouvrent la porte aux bovins vaccinés
Après plusieurs semaines de blocages commerciaux liés à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), les débouchés à l’export commencent à se rouvrir. L’Espagne et le Kosovo ont accepté la reprise des importations de bovins issus de zones vaccinales françaises. Une avancée diplomatique saluée par Paris, mais qui laisse encore des éleveurs dans l’attente.
La stratégie de diplomatie sanitaire engagée par la France commence à porter ses fruits. Dans un communiqué publié le 27 janvier, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire a annoncé que « le Kosovo et l’Espagne acceptent à nouveau l’importation de bovins issus des zones vaccinales II, sous certaines conditions ». Ces zones concernent des territoires d’Auvergne-Rhône-Alpes, de Bourgogne-Franche-Comté et environ 500 communes du Sud-Ouest. Pour le Kosovo, les exportations ont repris dès le 22 janvier. Pour l’Espagne, elles sont possibles depuis le 27 janvier 2026 à partir de la zone vaccinale II (ZVII). Les discussions se poursuivent pour élargir cette ouverture à la zone vaccinale I (ZVI), encore soumise à davantage de restrictions dans le Sud-Ouest. Le ministère souligne que ces accords viennent s’ajouter à ceux déjà obtenus avec « l’Italie, l’Egypte et la Suisse, pays vers lesquels les exports ont pu reprendre à partir des zones vaccinales II ».
Des conditions variables selon les pays
Tous les pays n’imposent pas le même niveau d’exigence sanitaire. « L’Espagne, par exemple, demande principalement une désinsectisation des moyens de transport », une condition jugée relativement souple par la filière. À l’inverse, l’Italie applique un protocole beaucoup plus strict depuis la reprise partielle des échanges, entrée en vigueur le 8 décembre 2025. Les animaux doivent notamment : « avoir séjourné au moins 28 jours dans l’élevage d’origine ; être vaccinés depuis au moins 28 jours (ou être nés de mères valablement vaccinées) ; provenir d’un élevage sans foyer de DNC dans un rayon de 20 km depuis au moins trois mois ; être issus d’une zone où la vaccination est effective depuis au moins 60 jours dans un rayon de 50 km », peut-on lire sur le site officiel du MASA. La reprise vers l’Italie s’est faite progressivement, d’abord pour certains départements comme la Loire, la Savoie, la Haute-Savoie ou encore une grande partie de l’Isère, avant un élargissement progressif aux autres territoires de la zone vaccinale.
Ces réouvertures interviennent dans un contexte sanitaire plus favorable. Aucun foyer de DNC n’a été détecté en France depuis le 2 janvier. Au 26 janvier 2026, 96 % du cheptel des dix départements du Sud-Ouest concernés était vacciné, soit près de 690 000 bovins. Pour les autorités françaises, ces chiffres renforcent la crédibilité des garanties sanitaires apportées aux pays importateurs et soutiennent les négociations en cours pour élargir encore les flux commerciaux.
Des éleveurs encore dans l’attente
Sur le terrain, ces annonces sont accueillies avec soulagement, mais aussi prudence.
Pour Manon Pisani, trésorière adjointe de Jeunes Agriculteurs et référente bien-être animal, l’ouverture du marché espagnol constitue « une étape importante et salutaire » pour les éleveurs, notamment dans le Sud-Ouest. Elle souligne toutefois une inquiétude persistante :
« La question reste entière pour les animaux situés en zone vaccinale I. Dans des départements comme les Pyrénées-Atlantiques, où la concentration d’animaux est forte et très orientée vers l’export, beaucoup d’éleveurs restent sans solution claire. »
L’enjeu du prix et de la non-discrimination
Au-delà de la reprise des flux, JA insiste sur les conditions de marché. « Il faut atteindre rapidement 100 % de vaccination dans les zones concernées. Ce sera un argument supplémentaire pour rassurer nos clients et obtenir un assouplissement des règles », estime Manon Pisani. Mais la responsable syndicale alerte surtout sur le risque économique : « Il ne doit pas y avoir de discrimination sur l’origine des animaux. Un bovin issu d’une zone vaccinale ne doit pas être payé moins cher. Les animaux sont vaccinés, immunisés, et ne présentent plus de risque de diffusion de la maladie. Il n’y a pas de raison qu’ils perdent de la valeur. » Dans un contexte où l’export reste un moteur essentiel pour de nombreuses exploitations, elle rappelle que « nos clients ont besoin de remplir leurs ateliers d’engraissement, et les bovins français répondent à leurs critères de qualité ».
Vers un assouplissement progressif ?
Jeunes Agriculteurs plaide désormais pour une adaptation des règles sanitaires à l’évolution du risque. « Nous comprenons les exigences de nos partenaires, mais aujourd’hui le risque est devenu très faible. Il faut que les conditions s’allègent progressivement », poursuit Manon Pisani. En cas de blocages persistants, la piste de l’engraissement en France est évoquée, mais elle reste complexe à mettre en œuvre à court terme. « L’idéal serait de pouvoir développer davantage l’engraissement sur notre territoire, ce qui répond aussi aux enjeux de souveraineté alimentaire. Mais cela ne se met pas en place du jour au lendemain. »
Un signal positif, mais un dossier loin d’être clos
La réouverture des marchés espagnol et kosovar marque une avancée concrète pour les éleveurs touchés par les restrictions liées à la DNC. Elle traduit aussi la reconnaissance, par plusieurs partenaires commerciaux, de l’efficacité de la stratégie vaccinale française. Pour autant, tant que toutes les zones vaccinales ne bénéficieront pas des mêmes débouchés et que la question des prix restera sensible, la filière bovine continuera d’avancer sur une ligne de crête entre soulagement sanitaire et fragilité économique.