Céréales : marchés sous tension, le maïs en tête de la volatilité
Entre tensions géopolitiques, recomposition des flux commerciaux et ajustements de bilans, les marchés céréaliers évoluent dans un climat instable. Si le blé reste guidé par ses fondamentaux, le maïs, lui, réagit fortement aux signaux énergétiques, dans un contexte de hausse des stocks en France.
Un choc géopolitique qui rebat les cartes des marchés. Depuis fin février, l’escalade au Moyen-Orient agit comme un révélateur des fragilités des marchés agricoles. Le quasi-blocage du détroit d’Ormuz, par où transite une large part des flux céréaliers vers le Golfe, a fait bondir les prix de l’énergie, avec un Brent à plus de 93 $/baril début mars. Si le fret de vrac sec reste maîtrisé, les routes commerciales se rallongent, les navires contournant les zones à risque. Dans ce contexte, les prix des céréales ont progressé en deux temps. Avant le conflit, la hausse restait modérée. Depuis, les trajectoires divergent : le maïs accélère nettement, tandis que le blé évolue de manière plus contenue. En Europe, la remontée du prix du gaz et des engrais azotés renforce les tensions sur les coûts de production.
Le maïs tiré par l’énergie, le blé ancré dans ses fondamentaux
À Chicago, le maïs tente de se stabiliser autour de 184 $/t, malgré une forte volatilité. Les rachats massifs de positions par les fonds non-commerciaux — les plus importants depuis sept ans — traduisent une nervosité persistante. Sur le marché physique européen, les prix franchissent même les 200 €/t pour atteindre ponctuellement 210 €, portés par les marchés du bioéthanol et des hydrocarbures. Le blé suit une dynamique différente. Ses cours oscillent autour de 185 €/t, guidés avant tout par l’abondance de l’offre mondiale et des stocks élevés. Le dernier rapport de l’USDA confirme cette tendance, avec une production mondiale de maïs revue à la hausse (1 297 Mt) et des stocks également en progression. Ces éléments pèsent davantage sur le blé que sur le maïs, plus sensible aux facteurs exogènes.
Des équilibres mondiaux contrastés
Dans l’hémisphère sud, les ajustements se poursuivent. Au Brésil, les retards de semis du maïs safrinha réduisent les surfaces, mais la production est maintenue à un niveau élevé. En Argentine, les conditions climatiques améliorent les perspectives des semis tardifs, sans effacer les pertes initiales. En mer Noire, l’Ukraine revoit sa production de maïs à la hausse, malgré un contexte de guerre toujours contraignant. Les stocks élevés pourraient toutefois poser sur la prochaine campagne. Par ailleurs, le Moyen-Orient, grand importateur de céréales, a déjà couvert une large part de ses besoins, limitant à court terme l’impact du conflit sur la sécurité alimentaire.
Flux commerciaux : une campagne européenne contrastée
À l’échelle européenne, la campagne 2025/26 suit une trajectoire globalement conforme aux attentes. Les exportations de blé tendre atteignent 17,3 Mt sur huit mois, tandis que celles d’orge progressent également. En revanche, le maïs reste marginal à l’export, avec un peu plus de 1 Mt expédié, essentiellement depuis la Roumanie. Dans le même temps, l’Union européenne demeure fortement importatrice de maïs, avec 12 Mt déjà achetées depuis juillet, principalement en provenance du Brésil et des États-Unis. Ce déséquilibre souligne la dépendance structurelle du marché européen.
France : des prix soutenus mais une demande fragile
Sur le marché français, les prix restent fermes. Sur Euronext, l’échéance juin 2026 progresse de 6,5 €/t début mars. Les prix sortie ferme demeurent toutefois inférieurs aux coûts de production, limitant l’impact de cette embellie pour les producteurs ayant déjà commercialisé leur récolte. Les débouchés apparaissent contrastés. Si les exportations progressent vers l’union européenne, la demande intérieure, notamment en alimentation animale, montre des signes de repli. Cette situation pèse sur les équilibres du marché national.
Des stocks en hausse selon les prévisions du 11 mars
Les dernières estimations de FranceAgriMer, présentées le 11 mars 2026, confirment cette tendance. En blé tendre, le stock final est désormais attendu à près de 3,4 Mt, sous l’effet d’une hausse des disponibilités et d’un recul de la consommation intérieure. Les exportations vers pays tiers sont légèrement revues à la baisse, à 7,1 Mt. En maïs, le stock de fin de campagne est porté à 2,3 Mt, conséquence d’une collecte réévaluée à la hausse. Malgré des exportations dynamiques vers l’Union européenne, proches de 4,7 Mt, les utilisations domestiques et les ventes vers pays tiers reculent. En orge, le stock final reste stable, à moins de 1,4 Mt. Au total, ces ajustements traduisent un marché français plus offreur, dans un environnement international incertain, où le maïs et le blé continuent d’évoluer selon des logiques désormais bien distinctes.
Face à la flambée des coûts énergétiques, Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire a annoncé, le 23 mars, une série de mesures pour soutenir la trésorerie des exploitations (Communiqué de presse ci-après). Allègements de charges, facilités de paiement et accompagnement ciblé doivent permettre d’amortir le choc à court terme, dans un contexte de forte volatilité des marchés. « Face à la hausse brutale des prix de l’énergie, nous devons être au rendez-vous pour soutenir nos agriculteurs », a déclaré la ministre, évoquant des réponses « concrètes et immédiates » tout en appelant à renforcer, à plus long terme, la résilience et la souveraineté du secteur agricole. Ces annonces interviennent alors que la hausse du gaz et des engrais pèse déjà sur les coûts de production, notamment en grandes cultures.
Sur X, Pierrick Horel, président Jeunes Agriculteurs a réagi aux annonces :
« Il faut revoir la copie ! Nous n'avons pas besoin de mesures court-termistes mais d'une stratégie aux niveaux français et européen à la hauteur de la crise. Le conflit nous fait rentrer dans une crise durable : d'autres leviers sont possibles pour aider nos agriculteurs et anticiper. »