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Cadmium : comprendre un contaminant discret au cœur des sols agricoles

Présent naturellement dans les sols mais amplifié par les activités humaines, le cadmium s’invite dans la chaîne alimentaire et suscite une attention croissante des autorités sanitaires. Entre encadrement réglementaire des engrais et enjeux de santé publique, décryptage d’un métal encore mal compris.

Le cadmium est l'élément chimique de numéro atomique 48, de symbole Cd.

Un métal naturellement présent… mais amplifié par l’activité humaine. Le cadmium est un élément trace métallique que l’on retrouve naturellement dans les roches, à l’origine des sols agricoles. À faible dose, sa présence est donc inhérente à l’environnement. Mais depuis plusieurs décennies, les activités humaines en augmentent sensiblement les concentrations. Industries métallurgiques, chimiques ou électriques, incinération des déchets, recyclage des batteries : autant de sources d’émissions qui diffusent du cadmium dans l’air et dans l’eau. À cela s’ajoute l’agriculture elle-même, à travers l’utilisation de matières fertilisantes. Les engrais minéraux phosphatés constituent la principale source d’apport en cadmium dans les sols agricoles. Issus de roches phosphatées naturelles — souvent importées d’Afrique du Nord — ils contiennent des niveaux variables de ce métal, impossibles à éliminer totalement lors des procédés industriels. Les effluents d’élevage, les boues et certains composts participent également à ces apports.

Comment le cadmium entre dans notre alimentation

Une fois présent dans le sol, le cadmium suit un chemin discret mais efficace : il est absorbé par les racines des plantes. Il s’intègre ainsi progressivement dans les cultures, puis dans l’alimentation humaine et animale. Ce phénomène explique pourquoi l’exposition au cadmium est majoritairement alimentaire. Selon les données sanitaires, plus de 80 % des apports en cadmium dans les sols agricoles proviennent des fertilisants, avec une prédominance des engrais phosphatés (environ 55 %), devant les effluents d’élevage. À l’échelle de la chaîne alimentaire, cette contamination diffuse reste difficile à percevoir. 

Elle ne modifie ni l’aspect ni le goût des aliments, mais s’inscrit dans une exposition chronique, à faible dose, sur le long terme.

Les aliments les plus contributeurs : des produits du quotidien

Contrairement à certaines idées reçues, les principales sources d’exposition ne sont pas les produits les plus « à risque », mais ceux que nous consommons le plus souvent. En France, les aliments les plus contributeurs sont d’abord les produits à base de céréales : pain, pâtes, riz, biscuits, viennoiseries ou encore céréales du petit-déjeuner. Leur poids dans l’alimentation quotidienne explique leur contribution majeure, même si leur teneur en cadmium reste modérée. Les pommes de terre et certains légumes complètent cette liste des produits courants impliqués dans l’exposition. À l’inverse, certains aliments présentent des concentrations plus élevées en cadmium — notamment les mollusques, crustacés, algues ou abats. Moins consommés en moyenne, ils peuvent néanmoins devenir des sources significatives pour les populations qui en consomment régulièrement.

Un encadrement renforcé des engrais phosphatés

Face à cet enjeu sanitaire, les pouvoirs publics accélèrent. Le gouvernement prépare un nouveau cadre réglementaire visant à réduire progressivement les teneurs en cadmium dans les engrais phosphatés. Porté par le ministère de l’Agriculture, dirigé par Annie Genevard, ce dispositif prévoit une trajectoire de baisse claire : « de 90 mg/kg aujourd’hui à 60 mg/kg en 2027, puis 40 mg/kg en 2030, avec un objectif de 20 mg/kg à horizon 2038, sous réserve d’une étude d’impact favorable ». Ces orientations s’appuient sur les recommandations de Anses, qui préconise depuis plusieurs années un abaissement rapide des seuils afin de limiter l’accumulation dans les sols. Pour le ministère, cette trajectoire se veut « exigeante et réaliste », permettant aux filières agricoles d’adapter progressivement leurs pratiques. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large de textes réglementaires visant à « uniformiser et renforcer l’encadrement de l’innocuité des matières fertilisantes ».

Surveillance alimentaire et recommandations ciblées

En parallèle, les autorités insistent sur le niveau de sécurité actuel des denrées. Les plans de surveillance menés chaque année montrent une conformité supérieure à 99,5 % des produits contrôlés. Pour 2026, l’État prévoit même un renforcement significatif des contrôles, avec une hausse annoncée de 180 %. Une manière de mieux cibler les produits les plus contributeurs et d’affiner la connaissance des expositions. Des réflexions sont également en cours avec le ministère de la Santé pour formuler des recommandations spécifiques, notamment à destination des consommateurs réguliers de produits de la mer.

Un enjeu à la croisée de l'agriculture et de la santé

Derrière le cadmium se dessine un équilibre délicat. D’un côté, la nécessité agronomique de fertiliser les sols pour maintenir la production. De l’autre, l’exigence sanitaire de limiter l’exposition à un contaminant persistant. La réponse publique s’organise autour de cette double contrainte : agir à la source, via les engrais, tout en surveillant l’aval, c’est-à-dire l’alimentation. Un travail de fond, progressif, qui implique l’ensemble de la chaîne agricole.