Politique et société

À Baigneaux, le gouvernement lance la planification agricole

En déplacement en Eure-et-Loir, vendredi 30 janvier, le Premier ministre Sébastien Lecornu a officiellement adoubé les plans et contrats d’avenir portés par Jeunes Agriculteurs. Une méthode de planification agricole pensée pour adapter les productions au climat, sécuriser les exploitations et renforcer la souveraineté alimentaire française.

Mouhamed Ben Diene

Une visite placée sous le signe de l’anticipation. Dans la plaine beauceronne, à Baigneaux, l’image était symbolique ; celle d’une exploitation qui se diversifie avec un verger d’amandiers, là où dominaient autrefois céréales et betteraves. C’est ici que le Premier ministre Sébastien Lecornu, accompagné de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et d’autres ministres en charge des questions territoriales, de consommation et des pouvoirs publics, a choisi de mettre en lumière une nouvelle boussole pour l’agriculture française : les plans et contrats d’avenir. Dès l’ouverture de son discours, le chef du gouvernement a planté le décor. Face à l’accumulation des crises, il appelle à lever la tête du guidon : « S’il y a beaucoup de crises qui sont en train de nous prendre du temps, il faut quand même arriver à se projeter un tout petit peu sur l’avenir. » Climat, consommation, géopolitique, pour lui, l’agriculture se trouve au cœur des équilibres stratégiques du pays. « On touche ici à quelque chose d’encore plus sensible, encore plus central. »

De la gestion de crise à la planification

Le Premier ministre assume un changement de méthode, passer d’une réponse ponctuelle aux urgences à une vision organisée de long terme. « Il faut réduire le décalage entre la brutalité de la crise géopolitique et notre organisation intérieure. » C’est dans cette logique qu’il a salué la proposition portée par Jeunes Agriculteurs : « Revenir au fond de la planification. » Une planification qu’il décrit comme tripartite, associant producteurs, transformateurs et consommateurs, avec un objectif clair : « Être capable de produire de manière régulière, prévisible dans les quantités agréées et contractualisées. »

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris l’engagement de faire des plans et contrats d’avenir, portés par le réseau Jeunes Agriculteurs depuis plusieurs années.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a pris l’engagement de faire des plans et contrats d’avenir, portés par le réseau Jeunes Agriculteurs depuis plusieurs années. Crédit : Mouhamed Ben Diene

Plans et contrats d’avenir : de quoi parle-t-on ?

Le dispositif défendu par Jeunes Agriculteurs repose sur deux piliers. Les plans d’avenir sont des feuilles de route territoriales. Ils s’appuient sur un diagnostic pour identifier les productions viables à moyen et long terme face au changement climatique, puis orienter les investissements, les infrastructures et l’organisation des filières. L’idée est simple : adapter les systèmes agricoles dès aujourd’hui pour éviter les impasses de demain.

Les contrats d’avenir, eux, concernent directement les exploitations. Signés pour plusieurs années entre agriculteurs, pouvoirs publics et acteurs économiques, ils apportent un soutien financier et technique pour accompagner les transitions : diversification, changement de pratiques, nouveaux équipements. Le principe est de partager le risque lié à ces évolutions.

Pour Maxime Buizard-Blondeau, vice-président de Jeunes Agriculteurs, l’origine de cette réflexion est limpide : « Ces dernières années nous constatons une multiplication et une intensification des aléas climatiques (…) On peut se raconter une belle histoire en se disant que cela ira mieux l’année prochaine mais c’est une illusion. » Face à cette réalité, la planification devient un outil de survie économique et de souveraineté : « C’est l’outil qui nous permettra d’anticiper les conséquences du changement climatique sur l’agriculture au lieu de les subir et donc de garantir notre souveraineté alimentaire sur le long terme », insiste, le vice-président de Jeunes Agriculteurs, sur l’utilité du dispositif. Le dispositif s’appuie aussi sur les Conférences de la souveraineté alimentaire, lancée à Rungis le 8 décembre 2025. Elles posent les bases d’un plan de production et de transformation à dix ans, pensé pour sécuriser l’alimentation du pays et offrir un cap clair aux Jeunes Agriculteurs, au cœur de cette reconquête.

Un engagement politique fort

À l’issue de la visite, Jeunes Agriculteurs a salué un tournant. Dans un communiqué, le syndicat estime que le gouvernement fait des plans et contrats d’avenir « l’outil de reconquête de notre souveraineté alimentaire » et attend désormais une traduction législative dans la future loi agricole. Son président, Pierrick Horel, parle d’un changement de paradigme : « Ces annonces sont un engagement fort du Gouvernement (…) Une reconnaissance majeure du travail de notre réseau. »

Au-delà des outils techniques, Sébastien Lecornu a replacé le débat sur un terrain politique : « C’est une question culturelle (…) de savoir ce qu’on veut avoir dans son assiette, quelle part d’argent on est prêt à y mettre et quelle part de dépendance avec l’étranger nous sommes prêts à avoir. » À Baigneaux, au milieu Des jeunes amandiers, le message était clair : l’agriculture française entre dans une ère de planification assumée. Reste désormais à transformer l’intention en moyens durables pour les exploitations.