Annie Genevard annonce un plan d’urgence face à la canicule, les éleveurs restent sur leur faim
À la suite de la vague de chaleur historique qui a mis à genoux les élevages du Grand-Ouest et paralysé le système d'équarrissage, la ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a dévoilé ce mercredi 1er juillet un ensemble de mesures d'urgence et d'anticipation. Ce plan d'action national vise à débloquer la crise sanitaire dans les cours de ferme et à apporter un soutien aux exploitations asphyxiées par la sécheresse. Si la rue de Varenne affiche sa mobilisation, Jeunes Agriculteurs pointe déjà d'importantes lacunes économiques face à la perte sèche de leurs animaux.
Face à l’urgence absolue que représente l'accumulation des cadavres d’animaux dans les exploitations, le ministère de l’Agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire s'est résolu à activer des leviers logistiques d'exception. « Des mesures pragmatiques destinées à accompagner au plus près les agriculteurs, protéger les élevages, préserver les ressources en eau et anticiper les conséquences du changement climatique », précise le communiqué. Annie Genevard a ainsi ordonné aux Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt « d'identifier, dans chaque région, les sites, susceptibles d'être mobilisés si des opérations d'enfouissement d'animaux morts devaient s'avérer nécessaires en urgence ».
Parallèlement, pour soutenir les éleveurs confrontés au manque de fourrage brûlé par le soleil, l'État étudie la mise en place d'un dispositif d’appui financier au transport des aliments afin de faciliter les élans de solidarité entre les régions. Sur le plan social et humain, la Mutualité sociale agricole réactive ses cellules de crise pour déployer « un dispositif d’accompagnement psychologique des agriculteurs soumis à une forte pression compte tenu de la situation difficile pour les animaux et les végétaux ; une sensibilisation accrue aux risques liés aux fortes chaleurs ; la réactivation de son dispositif de crise afin d'accompagner les exploitations confrontées à des difficultés de trésorerie, notamment par la mise en place, le cas échéant, d’échéanciers de paiement ». Enfin, pour préparer l'avenir et adapter les bâtiments d'élevage aux futurs pics de chaleur, un dispositif d'aide est mis à l'étude pour financer des outils de brumisation et de ventilation par le biais de prêts de trésorerie.
L’anticipation des ressources et les dispositifs à long terme
Au-delà de la gestion de crise immédiate, les annonces ministérielles cherchent à anticiper les tensions climatiques des semaines à venir, notamment sur la gestion de l'eau. « La réunion du Comité d’anticipation et de suivi hydrologique a été avancée au 1er juillet », informe le communiqué, afin de dresser un état des lieux précis des nappes et d’ajuster les éventuelles restrictions à venir en préservant la capacité productive agricole. La ministre a également rappelé le renforcement des conventions entre les services d'incendie et le monde agricole pour encadrer les travaux des champs en période de risque. Pour le long terme, le gouvernement s'en remet aux outils existants en poursuivant le déploiement de plusieurs appels à projets, à l'image du fonds hydraulique agricole lancé en avril pour soutenir le stockage de l'eau, ou des guichets ouverts fin juin pour la rénovation des vergers et le « plan d’adaptation Agriculture-Méditerranée ».
Le grand angle mort des charges et le procès en lenteur de l'administration
Si ce catalogue de mesures apporte des réponses logistiques bienvenues, l'analyse du texte et les réactions à chaud des professionnels révèlent que le compte n'y est pas sur le terrain. Invité en direct sur BFMTV juste après les annonces ministérielles, Jordy Bouancheau a exprimé la profonde frustration des éleveurs face à l'inertie de l'État. Le vice-président de Jeunes Agriculteurs, en charge du dossier productions animales dénonce un décalage flagrant entre le rythme de la bureaucratie et l'urgence du vivant. « Nous manquons cruellement de réactivité. Il a fallu attendre quinze jours pour obtenir les arrêtés nous autorisant à récolter nos jachères. En deux semaines, l'herbe s'est transformée en paille et a perdu toute valeur nutritive pour nos animaux. » Le représentant syndical illustre ce manque crucial de réactivité administrative par l'exemple de l'arrêté d’assouplissement pour l’enfouissement des petits volumes dans l'Ouest, « qui devient caduc ce mercredi soir à minuit », sans perspective claire de prolongation malgré une crise loin d'être résorbée.