Politique et société

300 millions pour calmer la colère : Le gouvernement déroule son « paquet de justice agricole »

Après plusieurs semaines de mobilisation des agriculteurs, Annie Genevard a voulu envoyer un signal clair au monde agricole. Vendredi 09 janvier, la ministre de l’Agriculture a présenté un ensemble de onze mesures censées répondre à l’urgence économique, sanitaire et sociale des exploitations. Un plan chiffré à plus de 300 millions d’euros, entre soutien immédiat et réformes de fond.

Annonces en faveur du monde agricole le 09 janvier 2026 au Ministère de l'agriculture. Crédit : Masa.

Devant la presse, Annie Genevard a choisi l’entrée directe. « Voilà maintenant plusieurs semaines que les agriculteurs français réinvestissent les routes et les rues de notre pays », a-t-elle rappelé, décrivant un secteur pris en étau entre « revenus en berne, charges croissantes et distorsions de concurrence ». La colère est aussi nourrie, selon elle, par une « perte de confiance dans les institutions », qui justifie la réponse gouvernementale. « Votre message est reçu 5 sur 5 », a-t-elle lancé aux agriculteurs, en ouverture d’un plan présenté comme « un véritable paquet de mesures de justice agricole » .

Dermatose nodulaire : contenir la crise, avec des indemnisations renforcées

Première urgence, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui frappe les élevages bovins du Sud-Ouest. L’État met en avant l’efficacité de la stratégie vaccinale : « 87 % des bovins ont été vaccinés en trois semaines etaucun nouveau foyer n’a été détecté depuis plusieurs jours ». Pour la suite, une mission scientifique pilotée par le CIRAD doit dire si l’atteinte d’une immunité collective permet d’alléger le protocole sanitaire. « Si le gouvernement a l’ambition de faire évoluer le protocole en cas d’immunité collective, la réponse est oui », a affirmé Annie Genevard, tout en s’appuyant sur l’expertise de l’ANSES et de l’INRAE. En parallèle, un test de dépistage fiable est en développement pour détecter les animaux porteurs asymptomatiques.

La DNC est aussi un choc économique. Les animaux bloqués coûtent plus cher et perdent de la valeur. Le fonds d’urgence, initialement de 11 millions d’euros, est doublé à 22 millions pour les acteurs pénalisés par le blocage des bovins. Autre signal fort du gouvernement, ce sont « toutes les indemnisations liées à la DNC seront exonérées de cotisations et d’impôts à partir de 2026, avec effet rétroactif au 1er janvier, sous réserve de l’adoption du budget ».

Revenu agricole : Pac sécurisée, engrais soulagés

Sur le front européen, deux annonces structurantes. D’abord, la Pac 2028-2034 est sécurisée. « Pas un seul centime ne manquera aux agriculteurs dans la future Pac », a martelé la ministre, avec l’objectif de maintenir le niveau d’aides, de tenir compte de l’inflation et de préserver les Outre-mer via le POSEI. Ensuite, la France a obtenu la suspension du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) pour les engrais importés, afin d’éviter une flambée des coûts. Cette suspension sera rétroactive au 1er janvier 2026.

Produits importés : fin du deux poids deux mesures

Un arrêté du 7 janvier interdit l’importation de produits contenant des résidus de cinq substances interdites en Europe. Trois d’entre elles ont déjà été reprises à l’échelle européenne, preuve, selon la ministre, que « les positions françaises font bouger l’Europe ». Pour faire respecter ces règles, une brigade spéciale pérenne sera créée. Elle interviendra dans les ports, les aéroports et sur tout le territoire pour contrôler les denrées importées.

Viticulture et Grandes cultures : un soutien d’urgence

La filière viticole bénéficie d’un plan de sortie de crise. L’État engage 130 millions d’euros pour l’arrachage afin d’adapter le potentiel de production à la réalité du marché. Le dispositif sera ouvert rapidement via FranceAgriMer. À cela s’ajoutent des prêts de consolidation, des allégements de charges sociales et une demande d’activation de la réserve de crise européenne pour financer la distillation de crise.

Les grandes cultures, fragilisées par la conjoncture, bénéficieront de 40 millions d’euros d’aides ciblées, destinées aux exploitations les plus en difficulté. Là aussi, la France sollicite la réserve de crise européenne.

Loup : plus de protection pour les troupeaux

Face à la multiplication des attaques, le gouvernement veut durcir la régulation. Le plafond de tirs autorisés passe de 19 % à 21 %, soit une vingtaine de loups supplémentaires pouvant être prélevés. Les conditions d’accès au tir seront simplifiées pour permettre une défense plus efficace des élevages. « Notre régime de régulation doit être revu, car il n’est plus adapté », a insisté Annie Genevard.

Eau : débloquer et investir

Le fonds hydraulique agricole est triplé, de 20 à 60 millions d’euros après adoption du budget. Tous les projets bloqués seront réexaminés au niveau national. L’accompagnement des porteurs de projets sera renforcé et les règles de contentieux simplifiées. Les recours abusifs pourront même être sanctionnés par des dommages et intérêts.

30 millions pour préparer l’avenir

Les plans Agriculture Méditerranée, Fruits et légumes et Protéines sont abondés de 30 millions d’euros supplémentaires. L’objectif, selon la ministre, est d’adapter les filières au changement climatique et renforcer la souveraineté alimentaire, en portant les crédits de la planification écologique agricole à plus de 50 millions d’euros.

Loi Duplomb-Menonville : lever les freins

Les décrets de la loi visant à lever les entraves à la production seront signés avant la fin janvier. Ils concernent notamment les ICPE, avec des seuils révisés pour les élevages et des procédures de consultation simplifiées.
Le gouvernement veut aussi faire de l’homologation des produits phytosanitaires une compétence européenne, pour en finir avec les distorsions de concurrence.

Fiscalité, retraite et visibilité

Plusieurs leviers sont actionnés pour améliorer durablement le revenu agricole : la réforme des « 25 meilleures années » pour la retraite est entrée en vigueur au 1er janvier 2026. Le choc fiscal de 500 millions d’euros est prolongé, avec notamment la défiscalisation des indemnisations liées aux abattages sanitaires. Une mission d’inspection va analyser la hausse des charges, filière par filière. De nouveaux rendez-vous de la simplification sont annoncés.

Un cap à dix ans

Au-delà de l’urgence, le gouvernement veut fixer une trajectoire. Les conférences de la souveraineté alimentaire se poursuivent pour définir la production française à horizon dix ans.
Les assises du sanitaire animal devront, elles, être conclues avant la fin du premier semestre 2026 pour anticiper les épizooties émergentes. Au total, l’ensemble de ces mesures représente plus de 300 millions d’euros d’engagement public. Un mélange de réponses immédiates et de chantiers structurels que la ministre résume ainsi : « Il doit permettre d’apaiser les tensions et de redonner de la visibilité ». Reste maintenant à savoir si, sur le terrain, ces annonces suffiront à faire retomber la pression. 

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